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›› Editorial

两会 2017. Stabilité interne. Puissance régionale et volonté d’apaisement avec Washington

La session annuelle des deux assemblées (两会lianghui) s’est terminée le 15 mars clôturée par Zhang Dejiang, président de l’ANP et n°3 du régime après une conférence de presse de Li Keqiang (la quatrième du premier ministre depuis 2013).

Avec le rapport de la Commission pour la recherche et développement et celui du ministère des finances, le compte-rendu du premier ministre à l’ouverture de la session sur le travail du gouvernement en 2016, suivi de sa rencontre avec les journalistes le 15 et la conférence de presse du ministre des affaires Wang Yi le 8 mars, furent les événements les plus marquants de cette séquence.

Adjuvant du pouvoir de l’État – Parti, cette mise en scène millimétrée des rapports entre le gouvernement et ses parlementaires a cette vertu irremplaçable de diffuser, même par vents contraires, le sentiment rassurant de la cohérence et de la maîtrise, non seulement sur les questions intérieures, mais également sur la scène internationale.

Freinage de la croissance, risques financiers, réformes de la machine industrielle et ses risques sociaux, tels sont les principaux défis internes que le Conseil des Affaires d’État affronte en affichant une étonnante sérénité. Cette année l’ANP a clos la session en adoptant un projet baptisé « déclaration des droits » qui entérine par le droit un resserrement idéologique et politique.

A l’extérieur, les débats ont confirmé que la Chine continuera à affirmer sa place de première puissance régionale. Tout en rappelant fermement ses positions et ses revendications en mer de Chine du sud, à Taiwan, et sur la péninsule coréenne, Pékin se dit prêt à dialoguer de manière apaisée et d’égal à égal avec les États-Unis. En revanche, la décision de Tokyo de projeter son plus grand bâtiment de guerre dans une tournée des pays de l’ASEAN provoque un raidissement de la direction politique qui demande des explications et promet une riposte au cas où la mission aurait pour objet de contester la souveraineté de la Chine sur les îlots.

Enfin, se préparant à organiser en mai prochain une réunion internationale de grande ampleur autour de son projet des nouvelles routes de la soie, « une initiative chinoise, mais appartenant à tous », Pékin réaffirme sa volonté de continuer à porter le flambeau de la mondialisation et du libre commerce à l’avantage de tous.

A l’intérieur un souci de stabilité économique et sociale.

Confronté à un freinage de sa croissance et à la montée des défiances internes attisées par les risques de l’accumulation des dettes des entreprises ; contraint de puiser dans ses réserves pour freiner la fuite illégale des capitaux engouffrés dans la frénésie d’investissements extérieurs ; bravant les tendances adverses d’un commerce mondial en récession et les nouvelles idées protectionnistes américaines [1], Pékin continue cependant à défendre avec optimisme, le modèle des échanges planétaires ouverts avec moins d’entraves pour ses exportations qui fut l’un des principaux stimulants de sa croissance depuis 2001.

Mais, l’optimisme affiché par Li Keqiang dans sa conférence de presse n’empêche pas la prudence. Conscient que les 6,7% de croissance de l’année 2016, furent la conséquence conjointe de l’explosion des prêts bancaires et de la spéculation immobilière, le gouvernement se fixe pour 2017 un taux de croissance resserré à 6,5%, inférieur à la fourchette 6,7 – 7% adoptée pour l’année 2016. A l’intérieur, les autres préoccupations du régime, sont les défis, étroitement connectés, des restructurations du tissu productif et de l’emploi.

Réformer en tenant à distance les risques sociaux.

Ayant toujours à l’œil les risques sociaux posés par une population d’1,3 milliard d’habitants, parallèlement aux décisions sociales difficile de la fermeture des entreprises « zombies » (僵尸公司 jiangshi gongsi), de la réduction de la production de charbon et des surplus d’acier, à quoi s’ajoute l’arrêt de la construction des centrales électriques de plus de 50 millions de KW et le freinage de la croissance des investissements d’infrastructure à 9%, - un point et-demi de moins qu’en 2016 -, le gouvernement prévoit de créer 11 millions d’emplois urbains, soit un million de plus qu’en 2016. Simultanément il réduira les taxes des entreprises rentables de 47 Mds d’€ tandis que, dit le rapport du premier ministre, une centaine d’entreprises publiques auront achevé leur restructuration à la fin 2017.

Quant aux risques financiers dont Li Keqiang dit qu’ils sont sous contrôle [2], ils seront tenus à distance par le resserrement du crédit et une priorité accordée à la stabilité, conformément aux directives de la conférence économique centrale de décembre 2016 dont l’objectif était de rétablir la confiance : lire Conférence économique centrale. Alerte à l’évasion de capitaux. Un objectif : rétablir la confiance.

Persistance probable de la dette interne.

Il reste qu’en dépit des promesses de rigueur essentiellement appliquées à l’immobilier et à quelques secteurs mis sous surveillance, il est probable que les relances sectorielles de 2016 continueront en 2017, provoquant une lente montée de l’inflation et la persistance de l’endettement. Le budget prévoit en effet 75 Mds d’€ de baisses de taxes pour appuyer les créations d’entreprises privées et 600 Mds d€ d’investissements d’infrastructures (transports publics, télécom, irrigation et barrages).

Ces efforts augmenteront probablement le déficit budgétaire qui pourrait passer le seuil annoncé des 3%. A ces investissements s’ajoute l’épidémie d’émissions d’obligations par les gouvernement locaux estimés par les experts d’UBS à plus de 100 Mds d’€ pour l’année 2017 qui s’ajoutent à la croissance des financements mixtes publics-privés de la réforme des entreprises publiques estimés pour la seule année en cours à plus de 500 Mds d’€. Au total il est probable qu’en 2017 les soucis financiers du gouvernement ne disparaîtront pas, toujours ponctués par la crainte de la fuite des capitaux.

Lire : Le bilan de l’année du Singe et les défis du Coq.

Coup de frein aux investissements à l’étranger.

Un indice qui ne trompe pas, le 10 mars, en pleine réunion de l’ANP, Zhou Xiaochuan critiquait certains investissements « non conformes à la ligne gouvernementale et n’apportant aucun bénéfice au pays ». Le lendemain, le ministre du commerce Zhong Shan fustigeait la multiplication des « investissements aveugles et irrationnels à l’étranger qui nuisent à l’image de la Chine » et annonçait un resserrement du contrôle des flux sortants. Il s’agissait là du signe le plus clair que Pékin a décidé de mettre un frein à la débauche d’investissements à l’étranger qui en 2016 ont dépassé 200 Mds d’€.

Déclaration des droits et contrôle politique.

Le 15 mars, dernier jour de la session des deux assemblées, l’Assemblée Nationale a officiellement entamé la longue route très controversée, y compris à l’intérieur du parti, pour la l’adoption d’une « déclaration des droits », partie d’un arsenal législatif qui n’avait pas été toiletté depuis 1987. Sur le feu, depuis la réunion des assemblées de 2016, le projet, présenté le 8 mars par Zhang Dejiang le n°3 du régime et président de l’ANP ayant cette fois l’appui du parti et de Xi Jinping lui-même, a, avec ses 126 amendements, été approuvé en bloc par la presque totalité des députés de l’ANP.

Mais rien n’est gagné. A côté d’une séries d’amendements sociaux comme la clarification des obligations et droits familiaux à l’égard des enfants confiés aux grands parents, ou les responsabilités des enfants envers leurs parents, le projet touche plusieurs sujets sensibles que sont les droits individuels fondamentaux, le droit de propriété rural et la question très politique des relations de la justice avec le pouvoir.

Le lendemain, les réactions en Chine et hors de Chine étaient diverses. A New-York, Jerome Cohen expert du droit chinois soulignait la volonté du parti de progresser sur la voie de l’État de droit. Mais en Chine même, l’occurrence a ravivé les dissensions internes qui compliquent les efforts du pouvoir pour moderniser son dispositif légal et judiciaire. Zhou Guangquan, professeur de droit à Qinghua soulignait la nécessité de revoir le code encombré d’incohérences et de redites. Mais He Weifang, son collègue à Beida, activiste connu des droits, dénonçait un artifice destiné à inscrire dans la loi l’alourdissement de la censure, comme cet amendement qui, désormais, condamne pour diffamation la critique des héros et martyrs de la révolution.

Régression dogmatique plutôt que modernisation légale, cette révision s’inscrit dans le courant de pensée développé par Xi Jinping depuis 2012 par lequel il a à plusieurs reprises marqué sa ferme opposition à toute critique du maoïsme, soulignant même que la chute de l’URSS avait été provoquée par la déstalinisation. Plus généralement, le projet touche à la contradiction d’une situation où bien que garantis par la constitution, les droits fondamentaux des citoyens restent soumis à la discrétion du parti qui gouverne le pays non pas en fonction du droit des individus, mais selon ses propres priorités de sécurité, de cohésion et de stabilité sociale.

Le dilemme qui taraude la direction du pays est concrètement exprimé par Liang Huixing, chercheur à l’Académie des Sciences Sociales qui, depuis des années, prévient que l’inscription des droits individuels dans un corpus législatif conduirait inévitablement à une révolution de couleur comme celles qui avaient touché les anciens pays de l’URSS au début des années 2000.

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Affirmation de puissance et quête d’apaisement avec Washington

A l’international, le discours des responsables à l’ANP est marqué par le même contraste entre, d’une part, les paroles apaisantes de Li Keqiang et Wang Yi faisant la promotion du projet de nouvelles routes de la soie [3], épine dorsale de l’élan international de la Chine articulé autour de l’expansion des entreprises chinoises le long des anciennes ligne de communication vers l’Europe et quelques directions adjacentes vers l’Asie du sud-est et vers l’Afrique et, d’autre part, les inquiétudes autour des sujets de friction que sont les risques de guerre commerciale avec les États-Unis, la mer de Chine, le Japon, la Corée du sud et Taiwan.

Sur chacun de ces points, Pékin reste inébranlable. En même temps le premier ministre et son MAE affichent leur confiance que les relations avec Washington aujourd’hui tendues iront en s’améliorant. Le discours chinois est inchangé. Les relations sino-américaines doivent sortir de l’ancien schéma de la prééminence américaine pour entrer dans une phase normale de respect mutuel entre grandes puissances où chacun tient compte de la position de l’autre.

Au passage, après avoir marqué qu’elle gagnerait une guerre commerciale avec les Etats-Unis et répété son opposition aux alliances militaires américaines dans la région, la Chine rappelle sans faiblir ses lignes rouges stratégiques : politique d’une seule Chine à Taiwan, souveraineté non négociable en mer de Chine du sud, opposition à l’unité de l’ASEAN sous influence américaine et prévalence de la négociation contre les pressions et l’installation du THAAD en Corée du Sud.

Pour l’heure, la Maison Blanche qui laisse filtrer des rumeurs sur une possible invitation de Xi Jinping en Floride en avril prochain et vient d’envoyer Rex Tillerson en tournée dans la région, distille des messages contradictoires. Après avoir prudemment entrouvert une porte à Tokyo, le Secrétaire d’État l’a aussitôt refermée à Séoul.

Le 16 mars à Tokyo, Il a en effet officiellement admis que, durant les 20 dernières années, les efforts diplomatiques et « les autres stratégies » (il n’a pas précisé lesquelles) avaient échoué, soulignant que Washington devait aborder la question sous angle nouveau, dont il n’a cependant rien dit.

Mais le lendemain à Séoul, il a administré une douche froide en excluant toute négociation avec la Corée du Nord, ajoutant pour la première fois que les États-Unis seraient contraints de lancer une frappe préventive si Pyongyang haussait sa menace missiles et nucléaire à un niveau inacceptable.

Des tensions rémanentes.

D’autres sérieux points de friction subsistent. Après avoir exhorté le « peuple nord-coréen » à ne pas craindre Washington, laissant entendre sans le dire que la cible des États-Unis était seulement le régime de Pyongyang, Tillerson a, contredisant les promesses de désengagement répétées par Trump durant sa campagne, et à la suite du général Mattis, rassuré Séoul et Tokyo sur la solidité des alliances militaires.

Enfin, en observant les coulisses de cette situation, contrastant avec les promesses d’apaisement qui flottent autour d’une future rencontre entre Trump et Xi Jinping, force est de constater que le niveau sonore des « bruits de ferraille » augmente.

Tandis que Washington et Pékin augmentent leur budget de la défense (+7% pour la Chine +10% proposés par la Maison Blanche), la marine chinoise termine la construction de son 2e porte-avions, le Pentagone poursuit le projet violemment critiqué par Pékin, d’installer le système anti-missiles de théâtre en Corée du sud, tandis que le Japon, qui envisage d’améliorer l’efficacité de son système anti-missiles vient de décider pour la première fois depuis la guerre d’envoyer en mer de Chine du sud [4], son plus gros navire de guerre, le porte hélicoptères, Izumo, entré en service il y a trois ans.

Comme à son habitude, ménageant Washington, c’est vers Tokyo que Pékin a tourné sa colère. Le 16 mars, le porte-parole du Waijiaobu, retrouvant une rhétorique moralisatrice, a mis en garde : « Si le Japon persistait à “mal se conduire“, allant même par ses initiatives militaires jusqu’à menacer les intérêts et la souveraineté de la Chine (ndlr : sous entendu dans les mers de Chine du sud et de l’est), nous serions contraints de riposter avec fermeté ». Pour une revue rapide de l’historique des relations sino-japonaises et de l’arrière plan psychologique des tensions, lire : Relations Chine-Japon. Les non-dits de l’irrationnel.

Note(s) :

[1Le total des prêts accordés en 2016 a atteint un record de 12 000 Mds de Yuan (1630 Mds d’€). En janvier 2017, ils se sont élevés à 2000 Mds de Yuan (270 Mds d’€), ce qui laisse penser qu’en dépit de l’optimisme exprimé par Li Keqiang, les mesures de resserrement du crédit annoncées pour 2017 seront douloureuses.

[2Selon « Xerfi Previsis », la croissance économique mondiale ne devrait pas dépasser 3% cette année. Les perspectives sont assombries par l’accumulation des risques (tensions sur le marché des capitaux internationaux avec le décalage des politiques monétaires entre les grandes banques centrales ; risques financiers avec le niveau élevé des bourses en partie déconnecté des fondamentaux ; risques politiques avec un calendrier électoral surchargé dans la zone euro, avec à la clé un possible éclatement de l’Union économique et monétaire ; De quoi rendre tous les acteurs (consommateurs et entreprises) très prudents, ce qui pèsera inévitablement sur la croissance.

[3Pour Wang Yi, le projet des nouvelles routes de la soie est devenu « la plateforme de coopération internationale la plus prometteuse au monde ». Cette prééminence résultat d’une « initiative chinoise, devenue la propriété de tous », sera confirmée quand, en mai prochain, 50 chefs d’états et de gouvernement, plus d’une centaine de ministres et 1200 délégués venus de la plupart des pays du monde se rassembleront à Pékin à l’invitation du gouvernement chinois sur le thème des « nouvelles routes de la soie ».

[4Le porte hélicoptères Izumo (jaugeant 25 000 tonnes pouvant embarquer 28 appareils) fera escale à Singapour, en Indonésie, aux Philippines, au Sri Lanka, avant de se joindre en juillet prochain à un exercice naval avec les marines indienne et américaine, au large de la côte de Malabar sur la côte sud-ouest de l’Inde, portion de la route chinoise du pétrole, à mi-chemin entre le Sri Lanka et le port pakistanais de Gwadar, tenu par la Chine. Lire notre article Le Pakistan, premier souci stratégique de Pékin. Les faces cachées de l’alliance.

 

 

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