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›› Editorial

Par sa visite d’État, Xi Jinping revient dans le jeu à Pyongyang

Xi Jinping était à Pyongyang les 20 et 21 juin derniers. L’événement est d’importance.

Il conclut en effet une période récente commencée le 27 mars 2018 quand, signalant un brutal dégel de la relation entre Pyongyang et Pékin, Kim Jong-un s’était rendu à Pékin en train à l’invitation du Président chinois, tout juste trois mois avant le sommet de Singapour. Lire : Péninsule coréenne. Brutal dégel entre Pékin et Pyongyang.

Par la suite, Xi et Kim se sont encore rencontrés 3 fois, toujours en Chine, tandis que se déroulaient les tractations entre Pyongyang et Washington pour le 2e sommet Trump - Kim à Hanoi les 27 et 28 février 2019.

On se souvient que ce dernier prit fin de manière abrupte au milieu des déclarations contradictoires de deux parties sur les causes réelles du départ impromptu de Donald Trump.

Au cœur de la polémique, d’une part l’éventail réel des dénucléarisations proposées par les Nord-coréens à Yongbyon sur lesquels, selon la partie américaine, Kim Jong-un est resté flou et, d’autre part, les sanctions dont les Nord-coréens disent que Kim Jong-un n’aurait pas exigé une levée totale, mais seulement l’abrogation de celles prises en 2016 et 2017 pesant le plus sur la vie quotidienne des Nord-Coréens.

Au total, l’impression qui dominait était que Pyongyang ne souhaitait pas couper les ponts des négociations, ce qui laissait espérer un 3e sommet. Lire : Chronique nord-coréenne. Au-delà des polémiques, les réalités du sommet de Hanoï.

Malentendus et rigidités.

Pour autant, selon les analyses plus pessimistes du professeur Ri, expert en économie de l’académie des sciences sociales nord-coréenne, rencontré par F. Danjou début juin dans le cadre de son voyage en Corée du nord, le point dur reste les sanctions américaines toujours en place, alors que Pyongyang a tenu ses promesses de démantèlement du site missiles et cessé ses expériences nucléaires.

Pire encore, dit le professeur Ri, Washington menace de dénoncer le moratoire des manœuvres conjointes avec Séoul décidées à l’occasion des jeux d’hiver en février dernier.

Tel est le contexte de malentendus sur fond de polémique autour des promesses non tenues par Washington et de défiance américaine à l’égard du régime de Kim Jong-un, dans lequel eut lieu la première visite officielle d’un chef d’État chinois à Pyongyang depuis celle de Hu Jintao en 2005.

Pékin sort de l’ambiguïté.

Pour bien marquer qu’une page était tournée, donnant à Kim Jong-un une nouvelle crédibilité internationale, Pékin et Pyongyang ont conféré à la visite un lustre particulier en la haussant protocolairement, pour la toute première fois de leur histoire commune de l’après-guerre, au niveau d’une visite d’État.

Soulignant l’arrivée de Xi Jinping comme l’aurait fait un puissant coup de cymbale, Kim Jong-un a mobilisé une foule de plus de 200 000 personnes qui sur le trajet de la voiture découverte des deux dirigeants chantaient les louanges de la Chine.

L’initiative par laquelle le régime chinois sort définitivement de son ambiguïté à l’égard de Pyongyang, laisse supposer que, désormais, Pékin exigera avec encore plus de force la suspension au moins partielle des sanctions.

La prochaine carte que Xi Jinping garde dans sa manche – deuxième temps de la stratégie chinoise et irritant de première grandeur pour les caciques de l’Alliance conjointe Séoul – Washington -, est, on l’aura deviné, la question sensible de la présence des troupes américaines en Corée du sud.

Un sujet que la Maison Blanche refuse pour l’heure bec et ongles d’inclure dans la négociation. Autant dire qu’un accord pour un traité de paix n’est pas pour demain.

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La carte sauvage des tensions sino-américaines.

Enfin, si on aborde la question de la visite de Xi Jinping à Pyongyang sous l’angle de la relation sino-américaine empêtrée dans une querelle commerciale dilatée en une rivalité stratégique globale, on ne peut manquer de noter que le moment de la visite du n°1 chinois est intervenu tout juste une semaine avant le sommet du G.20 à Osaka.

Face aux quatre autres membres permanents du Conseil de Sécurité, Xi Jinping aura beau jeu de se présenter comme un facilitateur pacifique, face à l’intransigeance de la Maison Blanche.

Mettant Washington au pied du mur, Xi pourrait – c’est une hypothèse - tenter d’utiliser le levier nord-coréen pour chercher à tenir à distance les exigences américaines prétendant l’obliger à réformer l’essence même de son système socio-politique articulé au contrôle étatique des groupes publics (lire : Pékin – Washington : Les raisons des crispations chinoises. Plongée dans les arcanes du Parti.)

*

A tout le moins, la manœuvre a t-elle la vertu de replacer Pékin sans équivoque aucune dans la position de médiateur, avec cependant une inclination nette en faveur de Pyongyang. Telle est en tous cas la nouvelle donne stratégique surgie après la visite de Xi Jinping dans l’héritier du « pays ermite ».

Andrei Lankov, le spécialiste russe bien connu de la question nord-coréenne éditorialiste au journal sud-coréen Korea Times, ancien auditeur à l’Université Kim Il Sung de Pyongyang, est plus prosaïque.

S’il est vrai qu’il juge que la visite de Xi le replace en position de médiateur, il estime que malgré la qualification de « visite d’État » ne signifie pas un rapprochement sans conditions et que les contours de sa stratégie à venir ne sont pas clairs.

Tout au plus peut-on considérer qu’il tentera de forger un compromis pour faciliter un assouplissement de la position américaine sur les sanctions, notamment en éliminant l’exigence préalable d’une dénucléarisation complète et vérifiable par l’ONU. Ce qui – note de la rédaction – sera difficile compte tenu de l’état actuel de la relation entre Pékin et Washington.

En même temps, Xi cherchera à persuader Trump de faire un geste d’apaisement qui – note de la rédaction - pourrait être l’ouverture d’un Bureau de représentation américain à Pyongyang.

La Chine dont le commerce avec Pyongyang compte pour la plus grande part des échanges extérieurs nord-coréens, est d’ores et déjà la mieux placée pour soutenir économiquement Pyongyang, mais, toujours selon Lankov, il n’est pas certain que Pékin ira jusqu’à réclamer la fin des sanctions à l’ONU comme le voudrait Kim Jong-un.

En revanche tout indique que Xi Jinping encouragera les échanges non officiels des entreprises chinoises de la frontière avec leurs homologues nord-coréennes. Enfin, Pékin offrira une aide humanitaire sous forme de livraisons de céréales pour compenser les pénuries récemment soulignées par le Programme Alimentaire Mondial. (Voir la note de contexte)

Note de Contexte.
Crise alimentaire.

Selon des experts du P.A.M et de la F.A.O, ayant effectué une mission d’enquête en Corée du nord en mars et avril 2019, plus de 10 millions de nord-coréens (40% de la population) souffriraient actuellement de privations de nourriture, dues à de mauvaises conditions climatiques, notamment une sècheresse prolongée, une canicule anormale et des inondations ayant réduit la récolte de l’automne 2018.

Les rations alimentaires individuelles du système de distribution public ont été réduites de 380 g à 300 g par jour et le contexte général laisse présager une aggravation des restrictions. Globalement le déficit de céréales après importations serait de 1,36 millions de tonnes.

 

 

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