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›› Editorial
L’ombre d’une « guerre froide »
Voilà déjà plusieurs années que les « grandes puissances » de ce monde infligent à l’illusion de la « mondialisation heureuse » de constants et cinglants démentis. En Europe, l’affaire ukrainienne et la réappropriation de la Crimée par la Russie de Vladimir Poutine qui réagissait à l’élargissement vers l’Est de l’OTAN après la chute du « mur », plongèrent dans une profonde perplexité l’Occident tétanisé par le retour d’une stratégie de la force et du fait accompli.
Simultanément en Asie, la Chine, en quête de ressources, fait passer sa revendication de souveraineté en mer de Chine du sud du statut de réclamation latente « à bas bruit » qui était déjà celle de Tchang Kai-chek en 1947, à celui très inflammable de ses « irréductibles intérêts vitaux ».
La même intransigeance souveraine chinoise datant de 1949, ignore les chocs démocratiques survenus à Taïwan en 1988 à la mort de Jiang Jingguo, le fils de Tchang Kai-chek et plus encore ceux de 2000 et 2016, quand les élections libres portèrent au pouvoir la mouvance de rupture indépendantiste.
A Hong-Kong, le Parti Communiste chinois pris de court, à la fois perplexe et inflexible, observe depuis six mois une révolte qui, sans faiblir, conteste son emprise sur l’ancienne colonie britannique. En même temps, comme à Taïwan, les rassemblements – provisoirement moins violents [1] - portent aujourd’hui la controverse à hauteur des principes de liberté et de droit.
Le 7 décembre, une vaste foule de Hongkongais vêtus de noir évaluée à 800 000 par les organisateurs et à 183 000 par la police, rassemblés à l’appel du « Front civil des droits de l’homme » 民間 人權 陳 線, chantait son combat pour « Hong Kong et pour la liberté ».
A nouveau les défilés qui marchèrent du Parc Victoria vers « Central » avaient mobilisé, non seulement les étudiants, mais également des membres moins jeunes de la société civile. Après le scrutin local du 24 novembre ayant balayé la mouvance pro-Pékin de la R.A.S, ce consensus de générations bat en brèche le discours politique de Pékin et de Carrie Lam qu’à Hong Kong une « majorité silencieuse » serait opposée aux revendications pour les droits.
Exemple que la fracture de générations existe peut-être moins que ne le croient le PCC et la Gouverneure de HK, le 9 décembre une dame de 40 ans disait à un journaliste du HKFP « Je me battrai pour la liberté jusqu’à la mort, car je suis une hongkongaise ».
Autre indication que la revendication pour les droits s’est dilatée au-delà de la jeunesse, parmi la dizaine de personnes arrêtées détenant des feux d’artifice, des couteaux, des munitions et même un pistolet semi-automatique (une première), certains avaient plus de 60 ans.
A la mi-mars, ajoutant au sentiment d’une faille s’aggravant entre des idéologies hostiles retranchées dans des camps opposés, Bruxelles dénonçait la « menace systémique » posée par la Chine.
Enfin, 8 mois plus tard, le 27 novembre, provoquant la fureur de Pékin, D. Trump, sous pression du Congrès presque unanime, signait le « Hong Kong Human Rights and Democracy Act ».
Ayant une légitimité juridique fédérale, le décret, en suspens depuis le mouvement « Occupy Central » de 2014, mais jusque là rejeté par le Congrès, impose désormais à la Maison Blanche d’infliger des sanctions aux responsables chinois et hongkongais coupables de « violations de droits » à Hong Kong.
La disposition exige aussi de l’exécutif américain qu’il vérifie chaque année si l’évolution du statut de la R.A.S devrait ou non conduire à modifier les privilèges commerciaux accordés par les États-Unis à la R.A.S. Après l’accusation « de grave ingérence dans les affaires intérieures de la Chine », la riposte de Pékin fut, à tout prendre, assez mesurée.
Interdisant une nouvelle fois les escales militaires américaines – mesure récurrente à chaque regain de tensions bilatérales -, Pékin a aussi accusé plusieurs ONG des droits financées par Washington (National Endowment for Democracy, the National Democratic Institute for International Affairs, the International Republican Institute, Human Rights Watch, et Freedom House.) d’avoir attisé les révoltes à Hong Kong et d’être responsables du chaos.
Le 28 novembre, lors de sa conférence de presse quotidienne, le Waijiaobu a, par la voix de Hua Chunying une nouvelle fois exhorté Washington à « corriger ses erreurs, et cesser d’interférer dans les affaires intérieures de la Chine. »
Ce n’est pas fini. Voilà que même la vieille alliance militaire occidentale qui se cherche à la fois un nouvel ennemi à sa mesure et un mode action mieux adapté aux menaces multiples et protéiformes, vient, pour la première fois de son histoire, il est vrai avec prudence, de tourner ses regards vers la Chine.
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Pour la 1re fois, l’OTAN cible prudemment la Chine.
Les pays de l’Alliance Atlantique, travaillés par les grandes fractures nées de la disparition du Pacte de Varsovie, étaient réunis à Londres les 3 et 4 décembre derniers.
Après les invectives égotiques des présidents français turc et américain, choqués par le cavalier seul d’Ankara qui achète ses missiles anti-aériens à Moscou et déploie ses forces contre les Kurdes de Syrie alliés de l’Occident dans la lutte contre Daesh, les 29 ont, chapitrés par Washington, pour la première fois de leur histoire commune, mentionné la Chine, dont dit le communiqué, « l’influence croissante dans le concert international présente à la fois des opportunités et des défis ».
Dans la déclaration officielle de l’Alliance, la désignation à la fois inédite et prudente de la Chine, mais pour la première fois associée à la Russie dans ses préoccupations de sécurité, faisait suite à l’évocation, sans nommément citer Moscou ou Pékin, de « tactiques hybrides » mêlant les « cyberattaques » et l’espionnage.
Après quoi, la mention explicite de la « 5G » renvoyait à la stigmatisation par Washington du groupe chinois Huawei dont la Directrice financière Meng Wanzhou, fille du PDG Ren Zhengfei est, depuis le 1er décembre 2018, en liberté sous caution à Vancouver.
En attente d’une audience d’extradition vers les États-Unis prévue dans la semaine du 20 janvier 2020, elle a mis en ligne une lettre de remerciement à ses soutiens.
L’initiative de l’OTAN en quête d’un nouvel ennemi alors que le centre stratégique de la planète bascule vers l’Est, semble certes véhiculer un consensus transatlantique anti-chinois depuis que Bruxelles, aligné sur Washington, avait, en septembre dernier, rangé la Chine dans la catégorie des « risques systémiques ».
Mais la différence de taille est cependant que, contrairement à l’époque du rideau de fer, l’Occident ne fait pas « bloc », ni derrière Bruxelles, ni derrière Washington.
16 pays des Pays de l’Europe Centrale et Orientale dont 10 sont membres de l’OTAN, + la Grèce, le Portugal et l’Italie, également membres de l’UE et de l’OTAN, ont, par leurs engagements aux « Nouvelles routes de la soie » chinoises, noué des relations avec Pékin, portant la perspective de projets d’infrastructures financés par des prêts chinois.
Au-delà des apparences. Une réalité complexe.
Dès lors, l’image qui se dessine est bien plus complexe que celle des monolithes de la guerre froide.
Alors que les méfiances anti-chinoises montent en Occident, les intérêts de Pékin avancent au cœur du Continent européen (Voir la Note de contexte). Ils sont portés par des investissements ou des prêts bancaires dispensés à 70% par des groupes publics.
S’il est vrai qu’aujourd’hui, ces derniers restent faibles comparés à la masse des investissements en cours en Europe, leur volume augmente rapidement. Lire : En Europe de l’Est et à Berlin, Li Keqiang manœuvre pour désamorcer la crainte du « péril jaune ».
Pour le sinologue François Godement et Abigaël Vasselier (lire : China at the gates : A new power audit of EU-China relations->https://www.ecfr.eu/publications/summary/china_eu_power_audit7242]), ils sont la pointe émergée d’une stratégie d’influence stratégique en Europe par le biais d’investissements qui ciblent les pays les plus faibles ou / et ceux qui expriment des méfiances politiques à l’égard de Bruxelles.
« La Chine est désormais fermement ancrée en Europe - non seulement sous la forme de biens et de visiteurs -, mais également grâce à ses investissements et prêts accordés aux groupements sous-régionaux et au renforcement des liens militaires et de défense. »
C’est aussi François Godement qui, dans une récente publication de l’Institut Montaigne, rappelle l’ADN autoritaire et marxiste léniniste du régime chinois.
La conclusion est éclairante et jette une lumière crue sur les réalités contradictoires de la Chine moderne : « Au fur et à mesure que la croissance s’essouffle, Xi Jinping devra mobiliser toutes les ressources du nationalisme pour justifier un régime qui est à la fois rigide et très intrusif pour l’une des populations les plus individualistes de la planète. »
En Europe, la Chine de Xi Jinping devenue nationaliste et politiquement intrusive avance donc de manière oblique sous couvert de coopération économique ; en Asie, son ADN centralisateur et impérial dont la racine renvoie au « Premier Empire » et à la longue « rumination bureaucratique » des Han s’exprime en mer de Chine du sud, à Taïwan et à Hong Kong.
Manifestant un rejet global de la démocratie perçue par le Parti unique comme une menace pour son magistère, Pékin a trouvé en Moscou un partenaire animé de la même méfiance envers Washington. En Asie du Sud-est la puissance économique chinoise exerce une attractivité encore plus forte qu’en Europe de l’Est.
Mais à l’exception du Laos et du Cambodge tombés dans l’orbite financière et politique de Pékin, la plupart des huit autres pays expriment – il est vrai à des degrés divers - un inconfort face à la tentation impériale de Pékin.
Le 6 décembre dernier dans le New-York Times, Fareed Zakaria reconnaissait qu’aux États-Unis la réputation de la Chine s’était considérablement assombrie aux yeux de presque toute l’oligarchie, toutes opinions politiques confondues. « Régime répressif, ennemi des libertés et des minorités religieuses à l’intérieur, elle est à l’extérieur un rival stratégique des États-Unis ». Il mettait cependant en garde contre la tentation illusoire d’une hostilité anti-chinoise systématique.
« Power of Siberia »
Coïncidence, alors que l’Alliance Atlantique ciblait pour la première fois directement la Chine, les Présidents chinois et russes mettaient en scène à la face du monde leur proximité stratégique par un jeu de vidéos croisées filmées à Pékin et Moscou.
Affirmant la consolidation d’un pôle opposé à l’Occident et d’abord à l’Amérique, les deux se congratulaient solennellement de la mise en service officielle du gazoduc russe de 2,900 km à 55 Mds de $ qui, aux termes d’un contrat conclu en 2014, livrera à la Chine 30 Mds de m3 par an pendant 30 ans (lire : Chine – Russie. Contrats de gaz..
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Pour autant, malgré les apparences nous n’en sommes pas encore à une nouvelle « guerre froide ». Les intérêts, les atouts et les faiblesses sont enchevêtrées comme jamais ils ne le furent durant l’après-guerre, jusqu’à l’effondrement du pacte de Varsovie.
Plus encore, s’il est vrai que la Chine empiète sur la sphère occidentale et qu’à bien des égards elle le fait en tournant le dos au droit et aux principes de la démocratie, la stigmatisation directe, qui plus est, par une alliance militaire est inopérante.
Plus encore, en engageant la relation sur le terrain d’un potentiel affrontement guerrier, elle prend le risque d’enflammer des émotions belliqueuses de part et d’autre.
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Patience et longueur de temps. Les pièges d’une belligérance directe.
Rappelant que le volume des relations commerciales sino-américaines avait été multiplié par plus de 5 en 20 ans, tandis que les échanges et les coopérations bilatérales restaient à un niveau très élevé en dépit des tensions, le NYT mettait en garde contre la très couteuse tentation de faire de la Chine un ennemi direct, comme si elle portait une menace existentielle pour l’Amérique.
Sa conclusion rappelait d’abord que la Chine n’était pas comme l’URSS un empire hétéroclite et fragile construit par la domination militaire, mais une « civilisation devenue une Nation ». Puissance émergeant aujourd’hui avec force dans le concert international, elle a abandonné ses transes idéologiques et cherche à se faire une place dans le monde.
Même si certaines de ses ambitions territoriales restent éloignées du droit international, la confrontation sans nuance avec la Chine serait un mauvais choix, tant elle serait compliquée par la richesse du réseau d’allégeances de Pékin.
A la fois culturelles, commerciales et financières, les anciennes connivences chinoises et celles plus récentes le long des « Nouvelles routes de la soie » en Europe, en Asie du Sud-est et en Afrique agissent en effet comme des contrepoids à front renversé capables de gêner l’efficacité d’une belligérance directe.
Les indices de la difficulté à dupliquer les anciens schémas d’alliance contre un ennemi désigné sont assurément les réticences, y compris dans nombre de pays de la sphère occidentale à se plier aux injonctions d’embargo contre le groupe Huawei. Pour l’heure la campagne globale de D. Trump pour boycotter le groupe chinois s’est soldée par un échec. Sur les 61 pays sollicités seulement une poignée dont le Japon et l’Australie ont répondu positivement à la Maison Blanche. Parmi les suiveurs, aucun pays européen, même pas Londres.
Plutôt que le raidissement semi-hostile portant le risque d’attiser en Chine des initiatives extrêmes, la meilleure stratégie reste donc la patience assortie des mesures dissuasives ayant jusque là fait leur preuve.
Il s’agit du rapprochement avec le Vietnam, de la réaffirmation des alliances avec la Corée du Sud, l’Australie et le Japon, du stationnement de 100 000 militaires en Asie-Pacifique, des ventes d’armes à Taïwan et des « passages innocents » de l’US Navy dans les eaux illégalement réclamées par Pékin en mer de Chine du sud.
Fragilités internes chinoises.
En Chine même, la classe moyenne qui n’ignore rien de la situation à Taïwan ou Hong Kong pourrait ne pas se contenter indéfiniment de l’immobilité politique, seul horizon du Parti obsédé par le contrôle, condition de la stabilité sociale.
En même temps, le sérieux freinage de la croissance indique que l’ancien schéma de développement ayant transformé à peu de frais la main d’œuvre rurale en travailleurs urbains arrive à bout de souffle.
Sans réforme du paradigme socio-politique pour, par l’innovation, restaurer la productivité, le pays risque « le piège du revenu moyen » figeant le PNB par habitant au niveau 15 000 $.
Déjà des voix s’élèvent critiquant le surgissement du nationalisme et les risques qu’il véhicule, alors que nombre de problèmes internes allant des retraites à la santé publique attendent toujours une solution équitable.
Alors que des généraux de l’APL à la retraite appellent à attaquer Taïwan au besoin « en coulant un porte-avions américain », Zhu Feng, président de l’Institut d’Eudes Internationales de l’Université de Nankin souligne que la montée en puissance de la Chine est une trajectoire pavée de risques stratégiques.
Inquiet, Shi Yinhong, conseiller du gouvernement et professeur de relations internationales à l’Université du Peuple, spécialiste des États-Unis, reconnaît que fort de son remarquable développement, Pékin a investi « trop vite et trop tôt la scène stratégique ». Même son de cloche du fils aîné de Deng Xiaoping, Deng Pufang qui, à l’automne dernier, incitait le pouvoir à plus de mesure.
En août 2018, QC avait anticipé les retranchements nationalistes destinés à protéger les « caractéristiques chinoises » dans un monde qui, quoi qu’on en dise, avance inexorablement vers l’attention portée aux droits des individus.
- Le dangereux face-à-face entre Pékin et Washington.
- « Force de Sibérie » : vers une domination gazière russe ?
Enfin pour compléter ce tableau des postures chinoises en partie affichées face aux États-Unis, il faut s’intéresser aux arrière-pensées de la proximité sino-russe. S’il est vrai que les apparences sont celles de la solidité, l’histoire offre une image moins rassurante.
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Sous la surface de la connivence sino-russe.
Considérée par Poutine comme un « événement véritablement historique », la mise en service du gazoduc baptisé « Force de Sibérie », vue par Xi Jinping comme « le point de départ d’une nouvelle coopération », faisait suite à l’exercice militaire de grande ampleur organisé chaque année par Moscou depuis 2009.
Impliquant 128 000 hommes, 600 avions de combat, 15 navires de guerre du 16 au 21 septembre entre le nord du Caucase et l’Ouest sibérien, l’exercice qui, compte tenu des participants hétéroclites ne pouvait être guère plus que l’affichage de l’influence dans la région – d’abord par le nombre – de la puissance militaire russe.
Excluant tout entraînement opérationnel tactique crédible, il a rassemblé la Chine qui avait dépêché 1600 hommes, l’Inde, le Pakistan et 4 pays d’Asie Centrale dont le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan.
Certes en Chine nombre de chercheurs adhèrent à l’idée que le rapprochement par un contrat de 30 ans à 400 Mds de $ pour 38 Mds de m3 livrés annuellement entre le premier producteur de gaz et le plus gros consommateur de la planète dont les besoins ne cessent d’augmenter, est le gage concret d’une connivence stratégique – qui n’est cependant pas une alliance militaire – devenant au fil des années de plus en plus crédible.
Mais ces analystes apportant chacun leur pierre à la parole publique ne disent pas tout de la pensée stratégique chinoise à l’égard du grand voisin russe.
Il en est qui, se souvenant de l’histoire heurtée des deux pays expriment des doutes. Censurés en Chine, ils s’expriment depuis l’étranger. Ainsi Chi Wang l’ancien Directeur de la librairie chinoise du Congrès des États-Unis qui a récemment fait l’objet d’un article dans le China Daily en Anglais
La longue mémoire des différends sino-russes.
Pour Chi Wang, le rapprochement sino-russe est une faute stratégique, sans autre intérêt pour la Chine que celle « d’antagoniser » inutilement les États-Unis. Il a la mémoire longue. Depuis les traités inégaux (1858, 1860) ayant révisé au profit de la Russie la frontière commune, les relations ont été souvent heurtées.
Pour ne citer que les plus récentes péripéties, aux dernières heures du second conflit mondial, Staline extorqua à Roosevelt malade, la rétrocession à la Russie des anciennes conquêtes japonaises en Chine. Un protocole secret consacra l’indépendance de la Mongolie extérieure et attribua à Moscou sans en référer à Tchang Kai-chek, la concession de Port Arthur ainsi qu’une participation à la gestion des chemins de fer du Nord-est et du sud de la Mandchourie.
En 1945, preuve de la duplicité de Staline qui avait promis d’évacuer la région, l’armée rouge trahit Tchang Kai-chek et envahit la Mandchourie commettant autant d’atrocités que les Japonais. Avant de battre en retraite pour laisser la place à l’APL, elle mit l’ancienne infrastructure industrielle japonaise en coupe réglée. Lire : Chiang Ching-kuo, le fils du Generalissimo.
De 1943 à 1949, Staline a également appuyé le Turkestan Oriental indépendant, fondé par le mouvement séparatiste Ouïghour. Dès la fin des années 50, enfin, les rivalités de puissance et les dissensions idéologiques provoquèrent la fracture du bloc communiste.
En 1969, en pleine guerre froide et au milieu de la révolution culturelle, la rupture conduisit à un conflit militaire direct sur la frontière de l’Oussouri. Celui-ci faisait suite à une première incursion de l’armée rouge en Mandchourie 40 ans plus tôt, qui força Pékin accepter la gestion conjointe sino-soviétique des chemins de fer du Nord-Est chinois.
Considérées sur le long terme, au cours des 100 dernières années, les relations sino-russes furent plus souvent marquées par des tensions et les conflits que par la coopération. En revanche, alors que pendant la 2e guerre mondiale, Washington et Pékin étaient alliés, la relation sino-américaine fut, à l’exception de la guerre froide, le plus souvent pacifique.
Ce n’est pas un hasard, si à partir des années 70 Deng Xiaoping brisa le carcan de la guerre froide pour normaliser les relations avec Washington.
Revenant à l’actualité, Wang qui accuse Xi Jinping de naïveté, conclut qu’un accord commercial négocié de bonne foi en faisant les concessions nécessaires remettrait la relation sino-américaine sur les rails, dans un contexte où pour sa modernisation « la Chine a bien plus besoin des États-Unis que de la Russie. »
Mise en garde de Kissinger.
A la mi-novembre, s’exprimant devant la Commission des relations sino-américaines à New-York, Henri Kissinger (96 ans) qui fut le maître d’œuvre du rapprochement sino-américain mettait en garde contre les risques de dérapage militaire si Pékin et Washington continuaient à refuser des concessions réciproques.
« Les conséquences », dit-il, « seraient plus graves que celles des deux guerres mondiales qui ruinèrent la civilisation européenne ». Il a cependant laissé filtrer une lueur d’espoir.
Les chemins d’un apaisement existent à condition de reconnaître que la domination sans partage de l’un sur l’autre n’est plus possible. Il faut se rendre à l’évidence : « La rivalité globale sera le lot des relations futures ». (…) « Les deux – il avait déjà exprimé cette idée il y a un an lors du forum économique de Bloomberg à Singapour – « doivent mieux définir leurs « lignes rouges » et les « concessions » qu’ils seraient prêts accorder ».
Plus facile à dire qu’à faire. Pékin réclame toute la mer de Chine du sud, menace la démocratie à Taïwan et exprime une rigidité inflexible à Hong Kong en dépit des signaux adverses de la population.
Quant aux États-Unis, craignant de perdre leur magistère, ils considèrent que leur présence militaire dans le Pacifique occidental au Japon, en Corée du Sud et à Okinawa, ainsi que l’appui qu’ils apportent à Taipei par leurs ventes d’armes – chiffon rouge pour Pékin – sont parties intégrantes de leur sécurité nationale.
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L’opportunisme chinois toujours à l’affut.
Ce n’est pas fini. Toujours à l’affut des opportunités stratégiques, voyant le résultat des élections britanniques confortant la position de Boris Johnson et la perspective d’une possible dislocation de l’UE, Pékin est déjà en ordre de bataille.
Ses objectifs : enfoncer par ses propositions commerciales et financières un coin non seulement dans la déjà très fragile cohésion européenne, mais également dans la relation Londres – Washington, épine dorsale même de l’alliance atlantique.
Un récent rapport du Conseil Européen des Relations internationales, cité par CNN analysait les réflexions des chercheurs chinois : « Ils espèrent que le Brexit affaiblira la capacité de l’UE à s’en tenir à ses valeurs fustigeant les abus du droit en Chine » (…) « Et estiment que la rivalité économique entre Bruxelles et Londres ouvrira la voie à de meilleures conditions pour les investissements chinois au Royaume Uni. »
La victoire électorale de Boris Johnson n’a pas échappé au China Daily qui pour l’heure reste pessimiste. Le lendemain du scrutin qui donna la majorité absolue aux conservateurs avec 364 sièges (43,6% contre 32,2% aux Travaillistes) on pouvait lire dans l’éditorial en substance que Washington pèserait sur Londres pour empêcher un accord de libre échange (ALE) avec la Chine.
Mais, ajoutait l’auteur, qui n’ignore pas que Pékin négocie depuis 7 ans sans succès un accord sur les investissements avec Bruxelles, Londres de l’après-Brexit souhaite aussi un accord avec la Chine.
Dernière observation à propos d’une situation en évolution rapide. S’il est exact comme dit le Dao, que « la réalité se construit du battement des contraires », à trop vouloir exploiter le Brexit, les stratèges chinois pourraient attiser encore les contrefeux qui déjà font rage aux États-Unis et en Europe.
Note sur les investissements chinois en Europe.
Comparés au stock des investissements occidentaux, la puissance financière chinoise en Europe où les investissements directs chinois sont en net recul depuis un an, pèse peu. S’il est vrai que le flux des capitaux évolue rapidement, il est nécessaire de le remettre en perspective.
Pour toute l’Europe, le stock chinois est en 2019 de 350 Mds de $, y compris les F&A concernant près de 400 groupes européens au cours de ces 10 dernières années. A quoi s’ajoutent les investissements dans les secteurs des énergies vertes. Mais au total les investissements chinois ne représentent que 2,2% du total, à comparer aux 38% que représentent les investissements américains.
Dans les PECO objets d’une récente controverse qui les identifie comme le » cheval de Troie chinois » en Europe, les investissements chinois ne représentent qu’un faible pourcentage des investissements dans toute l’Europe et une proportion tout aussi faible du total des flux de capitaux.
Il est vrai que de nombreuses économies européennes, pas encore complètement remises de la crise de la zone euro ont d’abord favorablement accueilli les investissements chinois, source de recettes fiscales, de capital financier et moyen d’une reprise de la croissance, de création d’emplois et de développement comprenant notamment la rénovation des infrastructures.
Ce n’est qu’au cours des dernières années que certaines inquiétudes sont apparues, les capitales européennes peinant à trouver le bon équilibre entre les principes fondamentaux d’ouverture économique et les problèmes de sécurité liés à l’empreinte croissante de la Chine en Europe.
Les préoccupations vont du rôle perçu de l’État chinois dans l’économie, aux problèmes de sécurité plus traditionnels liés aux infrastructures critiques, aux actifs stratégiques et aux technologies de défense, en passant par le manque de réciprocité et la crainte de perdre la compétitivité dans le secteur des technologies de pointe.
En septembre 2018, à la demande de l’Allemagne, de la France et de l’Italie, la Commission européenne a proposé d’établir un cadre européen commun pour le filtrage des Investissements Directs Étrangers (I.D.E).
La législation se concentre sur les actifs stratégiques essentiels à la sécurité et à l’ordre public, y compris les acquisitions étrangères de technologies, d’infrastructures ou de sources d’informations sensibles.
Étant donné la naissance en Europe de sentiments moins ouverts à l’étranger et aux flux migratoires, le thème du contrôle des investissements est devenu central pour de nombreux pays européens. Dans les petits États, le poids des nouvelles règlementations de filtrage est parfois perçu comme un instrument d’influence de Bruxelles et un moyen de les priver des investissements chinois.
Les divergences de vues au sein de l’UE concernant une présence chinoise accrue dans les économies sont représentatives d’intérêts divergents en Europe par rapport aux forces et aux besoins de leurs économies nationales.
Les économies axées sur l’innovation et le développement auront tendance à rechercher une plus grande protection combinée à une exposition prudente aux investissements chinois. Les économies plus dépendantes de la consommation, du tourisme et des capitaux étrangers bénéficieront davantage de l’investissement chinois et, par conséquent, évalueront différemment les risques liés aux investissements chinois.
En l’absence d’une coordination européenne , le schéma « 16 + 1 » dans les PECO - souligne la préférence de Pékin pour une approche régionale ou bilatérale avec des partenaires choisis, favorisant en même temps la concurrence et la division entre eux au bénéfice de la Chine.
Cette stratégie est un défi pour l’avenir du processus décisionnel de l’UE.
Au total, l’influence croissante de Pékin en Europe souligne à la fois la puissance en augmentation rapide de la Chine et le risque de fragmentation de l’UE.
Note(s) :
[1] Nous disons « provisoirement » car selon la presse libre de Hong Kong (HKFP), le 9 décembre, la police, alertée par le concierge de l’établissement, aurait désamorcé 2 engins artisanaux contenant chacun 10 kg d’explosifs dissimulés dans l’enceinte d’un lycée de Wan Chai. Selon la police, les explosions auraient pu causer des dommages dans un rayon de 50 à 100 m.
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