Cliquez ici pour générer le PDF de cet article :
›› Editorial
APEC : Xi Jinping – Joe Biden, spectaculaire mise en scène d’une volonté partagée d’apaisement
Les deux hommes se connaissent depuis août 2011, quand Joe Biden Vice-président de Barack Obama avait été invité à Pékin par Xi Jinping, lui-même Vice-président de Hu Jintao. A cette époque, l’alchimie personnelle entre les deux paraissait au beau fixe et véhiculait l’espoir d’une « normalisation » à l’occidentale où les inclinations de sympathies réciproques peuvent jouer un rôle dans les stratégies des États.
Moins d’un an plus tard, en février 2012, et à huit mois de son investiture à la tête de l’appareil, Xi avait fait un voyage remarqué dans l’Iowa abondamment commenté en Occident et en Chine. On se souvient de sa visite à Muscatine au bord du Mississippi où il venait en pèlerinage nostalgique.
A cette époque, la presse officielle chinoise évoquait « une amitié ouverte, vivante et et chaleureuse de Xi Jinping, avec les habitants de Muscatine ». Les médias citèrent notamment Sarah Lande qui fut l’hôte du futur Président venu en voyage d’études agricole en 1985. Elle se disait convaincue que « les deux peuples pouvaient respecter les différences et trouver des moyens d’apprendre et de travailler ensemble. »
Quarante ans plus tard, le 15 novembre dernier, suite à la rencontre de quatre heures entre les deux Présidents et leurs délégations, à la maison de campagne de luxe de Filoli à 40 km de San Francisco, dans le cadre du 35e sommet annuel de l’APEC, le discours commun n’a pas changé : « Il est possible de se respecter et de travailler ensemble ».
Mais l’ambiance et les rapports de forces ont changé. Aujourd’hui, les deux se défient dans une très féroce hostilité commencée par la guerre des taxes lancée par Donald Trump en 2017, illusoire tentative pour réduire le déficit commercial abyssal américain (370 Mds de $ en 2022).
Les récriminations commerciales aggravées par l’impitoyable guerre technologique, l’obsédante rémanence de la question taïwanaise et les tensions des réclamations chinoises en mer de Chine du sud, s’est dilatée en rivalité stratégique globale. Lire : La guerre de tranchées sino-américaine.
Au point qu’au milieu de la menace du réchauffement de la planète, de l’explosion des conflits en Ukraine et au Moyen Orient, solidaire de Moscou, Téhéran, Ankara et d’un très hétéroclite « Sud Global » entré en effervescence migratoire vers l’Europe, la Chine de Xi Jinping qui accuse Washington de l’arrière-pensée de vouloir freiner sa montée en puissance s’est, avec Vladimir Poutine, affirmé comme le principal défi à la dominance de l’Amérique et de l’Occident.
Alors qu’en 1985, moins de dix ans après la mort de Mao porteur d’un projet de révolution mondiale, Deng Xiaoping guéri des emphases idéologiques de la révolution culturelle, avait adopté une stratégie internationale dissimulant le potentiel de la montée en puissance chinoise dite 掏光养晦 – Tao Guang Yang Hui - mot à mot « cacher ses brillances et cultiver l’ombre » -, Xi Jinping a, depuis 2012, fait le choix du défi.
Sa stratégie des « caractéristiques chinoises » élaborée par Wang Huning actuel nº4 du Bureau Politique (lire : Wang Hunning, l’architecte « du rêve chinois. » Par Théophile Sourdille. (IRIS)), dont les épines dorsales sont l’absolue prévalence de la souveraineté nationale et la centralisation politique opposée à l’ouverture individualiste des « lumières », analysée par Wang comme un « détournement de l’esprit de l’État Nation », prend clairement le contrepied autoritaire du Libéralisme des démocraties occidentales.
L’épisode de San Francisco, où perçait la volonté commune d’apaisement, était une prise de conscience. Après cinq années d’une impitoyable rivalité portant, à force de surenchères, le risque d’une montée aux extrêmes, Xi Jinping et Jo Biden ont ensemble décidé de stopper la chute libre de leurs relations.
L’un des explosifs les plus détonants reste cependant l’incandescente et très nationaliste question de Taïwan, où se fabriquent 55% des microprocesseurs de la planète et la presque totalité des modèles les plus avancés dont la finesse atteint 3 nanomètres.
Volonté partagée de stopper la chute de la relation vers les abîmes
Le volontarisme de l’apaisement était perceptible dans les attitudes conviviales des chaleureuses poignées de mains ou de la promenade côte à côte dans les jardins de Filoli, d’où semblait avoir disparu toute hostilité. A côté de la gestuelle cordiale, les paroles prononcées furent tout aussi amicales.
Malgré la nuance du porte-parole du Waijiaobu « la route vers San Francisco n’est pas lisse, et nous ne pouvons pas rester en “pilote automatique” », le ton d’ouverture positive avait été donné en amont du voyage par le vice-président Han Zheng. « Nous sommes prêts à renforcer la communication et le dialogue avec les États-Unis à tous les niveaux, à faire progresser la coopération mutuellement bénéfique, à gérer correctement les différends et à relever conjointement les défis mondiaux ».
Signe que l’intention de Xi Jinping était à l’apaisement, il fit d’emblée référence à son voyage de 2012 dans l’Iowa, alors que lui et Biden étaient encore vice-présidents « C’était il y a douze ans et je me souviens encore clairement de nos échanges à cette époque. Chaque fois ces souvenirs me donnent à réfléchir. »
Selon un témoin direct, s’adressant à Xi, Biden s’efforça d’afficher le même état d’esprit amical : « Nous n’avons pas toujours été d’accord, ce qui n’a surpris personne, mais nos réunions ont toujours été franches, directes et utiles ». (…) « Il est primordial que vous et moi nous nous comprenions clairement, de leader à leader, sans idées fausses ni problèmes de communication ».
La bonne volonté réciproque fut même perceptible quand, à la conférence de presse de Biden le 16 novembre, un journaliste lui demanda s’il considérait toujours que Xi Jinping était un « Dictateur ». Le Président confirma son jugement, prenant cependant soin de préciser qu’il s’agissait d’une « forme de gouvernement diffèrent », et que « de toutes façons [ils] avaient progressé. »
Après une première réaction offusquée qualifiant « d’inacceptable », la remarque que Xi Jinping est un dictateur, la porte-parole Mao Ning corrigea le tir pour s’ajuster au ton conciliant de Biden : « Il faut souligner, qu’il y aura toujours des personnes ayant des arrière-pensées pour tenter de saper les relations sino-américaines. Ils n’y parviendront pas ». On ne saurait mieux dire.
Le parti pris amical tranchait radicalement avec l’ambiance très sévèrement dégradée de juin dernier (lire : Pékin face aux États-Unis, à l’Europe et au « sud-global ») quand la même Mao Ning parlait « d’une provocation politique flagrante, grave violation des fondements du protocole diplomatique et de la dignité politique de la Chine. »
Autre signe potentiel de sentiments plus chaleureux, le 16 au soir, Xi a fait savoir qu’il ferait envoyer à Washington de nouveaux pandas géants au zoo National de Washington pour remplacer ceux rapatriés en Chine le 8 novembre dernier, afin dit-il « d’approfondir les liens entre les deux peuples » [1]
Persistance de la défiance américaine.
Il reste qu’au-delà de l’affichage des convivialités, les rancœurs, sources des tensions ne sont pas éteintes. Aux États-Unis où la défiance antichinoise traverse le clivage partisan, nombre de commentateurs sceptiques suggèrent que l’adoucissement du discours de Pékin est directement lié aux actuelles vulnérabilités de l’économie.
Entrée, en partie faute de réformes de fond, dans une phase de décroissance structurelle, cette dernière est aussi affaiblie par la chute des investissements étrangers, conséquence des tensions sino-américaines et des mises aux normes politiques génératrices de la défiance qui monte contre la Chine.
Pour la première fois depuis 1998, les données statistiques de la balance des paiements internationaux montrent que les investissements entrants sont moins importants que leur recul. Au troisième trimestre 2023, le différentiel était de 11,8 Milliards de $.
Autrement dit, les investisseurs étrangers retirent leurs capitaux du pays plus rapidement qu’ils n’y investissent.
Les raisons invoquées incluent les faibles taux d’intérêt et la méfiance des investisseurs dans un contexte de ralentissement économique continu. Surtout, certains qui en Chine même, condamnent les raidissements de la stratégie du « Loup guerrier », suggèrent un réajustement de la stratégie internationale [2].
Articulée à une doctrine d’affirmation inflexible de souveraineté, y compris contre le droit international, la marche de la Chine a, depuis 2012, allumé dans le monde de nombreux contrefeux antichinois au moment même où la transition socio-économique dans laquelle le pays hésite à s’engager (lire : Essoufflement de la reprise. Coagulation des vulnérabilités systémiques. Baisse durable de la confiance) aurait exigé un environnement international apaisé.
En amont de la rencontre, et compte-tenu de ces antécédents, Jake Sullivan, conseiller de Biden pour la sécurité nationale s’était montré plus circonspect que le Vice-Président Han Zheng et au moins aussi prudent que le porte-parole du Waijiaobu qui laissait entendre que rien n’était acquis.
Le 12 novembre, Sullivan déclarait en effet que la Maison Blanche exigerait des preuves concrètes qu’une rencontre du Président avec Xi Jinping, serait « dans l’intérêt de l’Amérique et de son peuple », tandis qu’au fil des incidents avec les Philippines (lire : ASEAN : Retour au premier plan des tensions avec Manille. Vigilance et pragmatisme de Djakarta), les critiques de la Chine des deux bords politiques américains rappelaient l’ampleur des revendications souveraines de Pékin en mer de Chine du sud.
A Pékin, le parti, satisfait d’être respecté, affichant face à son opinion publique complètement sous contrôle, l’image de Xi Jinping dialoguant d’égal à égal avec le leader du Monde occidental, capable de maîtriser les tensions qui montent, n’a cédé que sur trois sujets.
++++
Trois résultats concrets. Dialogue de défense, ligne directe au sommet et bonne volonté chinoise sur le Fentanyl.
Le premier résultat tangible du sommet concerne la nécessité de reprendre les échanges entre les deux appareils de défense pour éviter qu’un incident en mer de Chine du sud ou dans le détroit de Taïwan, ne dégénère.
Le deuxième reconnaissait l’urgence de rétablir, au-dessus des échanges militaires, une ligne directe entre les deux exécutifs, garantie d’un dialogue sans intermédiaire au cas où la situation de tensions s’approcherait du gouffre.
Le troisième enfin, moins classique, hors des rapports de forces stratégiques, renvoie à un enchevêtrement de facteurs complexes où se croisent à la fois le souvenir des humiliations infligées à la Chine par les guerres de l’opium, le contraste politique entre les deux systèmes, la manière dont les élites de l’appareil chinois perçoivent les vulnérabilités occidentales portées par l’excès de libertés démocratiques, les contraintes de l’état de droit, freins à l’efficacité répressive et les limites des sanctions infligées par Washington.
Tel est le contexte dans lequel Xi Jinping qui n’ignore pas les ravages aux États-Unis du Fentanyl [3], a accepté de prendre des mesures pour lutter plus efficacement en Chine contre la production illégale des « précurseurs » chimiques qui permettent sa fabrication.
Un salutaire accord sur le Fentanyl.
Le sujet est d’autant plus un objet de tension entre les deux qu’il y a seulement sept mois, Pékin, encore habité par un féroce esprit de rivalités, avait, non sans mauvaise foi, officiellement refusé de coopérer : « Les États-Unis doivent affronter leurs propres problèmes… Il n’existe pas de trafic illégal de fentanyl… La Chine appuie fermement le Mexique dans la défense de son indépendance. »
Le blocage chinois qui date du printemps 2023, avait entrainé une passe d’armes dont la virulence permet, par contraste, de mesurer le chemin de conciliation accompli par les deux en seulement quelques semaines.
Après la décision début octobre de Washington de sanctionner 25 entreprises et individus basés en Chine impliqués dans la production de produits chimiques utilisés pour fabriquer du fentanyl, Pékin, relayé par l’AFP, avait réagi avec aigreur : « Nous nous opposons fermement aux sanctions et aux poursuites engagées par les États-Unis contre des entités et des individus chinois, ainsi qu’à toute violation grave des droits et intérêts légitimes des entreprises et des personnes concernées. » (…)
« La crise du fentanyl aux États-Unis est enracinée dans le pays lui-même. » (…) « [En Chine], le gouvernement chinois réprime sévèrement les crimes liés à la drogue et déploie les contrôles les plus sévères sur les “précurseurs chimiques”. (…) « Imposer des pressions et des sanctions [non seulement] ne résoudra pas les problèmes aux États-Unis, [mais] créera [en plus] des obstacles à la coopération sino-américaine en matière de contrôle des drogues ».
En suspens, deux sujets non réglés : Les sanctions américaines sur les transferts de haute technologie et la question de Taiwan.
Au-delà de ces accords et de la bonne volonté réciproque dont l’affichage ostensible a contribué à faire baisser les tensions d’un cran, deux des plus lourds contentieux sino-américains continueront à peser sur la relation.
Alors que selon une déclaration américaine, confirmée par la presse iranienne Joe Biden a exhorté Xi Jinping à exercer son influence sur Téhéran pour que le régime s’abstienne d’initiatives risquant de provoquer une escalade du conflit entre Israël et le Hamas, Pékin et Washington n’ont rien cédé sur la question taïwanaise et les sanctions américaines infligées au secteur des hautes technologies chinoises (lire : Les guerres de l’espace et des microprocesseurs, deux secteurs clé de la rivalité sino-américaine).
Il n’est pas impossible que les spectaculaires efforts réciproques pour calmer l’hystérie des rivalités attisée par la visite à Taïwan de Nancy Pelosi (lire : La 4e crise de Taïwan. Quels risques d’escalade ?) et, six mois plus tard, l’affaire du « ballon espion » abattu par la chasse américaine (lire : Le psychodrame de la chasse aux ballons espions chinois) aient un effet bénéfique sur la manière moins prudente dont les investisseurs étrangers pourraient considérer l’environnement des affaires en Chine.
Mais à ce stade, rien n’indique que l’administration américaine acceptera de revenir sur les embargos du secteur des hautes technologies destinés à réduire les violations chinoises du droit de propriété, alors que la Chine les considère comme un machiavélisme destiné à freiner sa montée en puissance.
« Étouffer le progrès technologique de la Chine n’est rien d’autre qu’une mesure visant à contenir ses progrès qualitatifs et à priver le peuple chinois de son droit au développement ». (…) « Le développement et la croissance de la Chine, motivés par sa propre logique interne, ne seront pas arrêtés par des forces extérieures. »
Enfin, le point d’incandescence le plus sensible sur lequel aucun des deux n’a fait la moindre concession reste la question de Taïwan. La virulence des échauffements récents, répliques des trois premières crises dans le Détroit, a été enfiévrée par une dialectique de rivalités radicales entre Pékin et Taipei.
Taiwan, une dangereuse dialectique de rivalités.
La première prend racine dans le durcissement du discours de Xi Jinping, qui depuis plusieurs années, évoque avec insistance le caractère inéluctable d’une réunification quel qu’en soit le prix, y compris par l’usage de la force.
Dans cette conception nouvelle, un emballement militaire ne serait plus seulement destiné à réagir à une déclaration d’indépendance, mais l’ultime recours de l’élan historique de réunification élevé au niveau d’une « exigence mystique de la Nation chinoise. »
Le deuxième élément de la rivalité inflammable est la réaction de l’Île. Devenue démocratique à la fin des années quatre-vingt, elle est, après un premier épisode de 2000 à 2008, depuis 2016, à nouveau gouvernée par le Min Jin Dang, - 民進黨 – Parti pour le progrès démocratique -.
Exprimant une évolution constante de l’opinion « plus taïwanaise que chinoise », fond de tableau du refus par le Minjindang du « consensus d’une seule Chine » de 1992 et du principe de réunification, la mouvance de rupture aujourd’hui au pouvoir est depuis peu confrontée à l’alliance électorale entre le vieux Guomindang et le jeune parti du peuple taïwanais créé en 2019 qui pourrait le battre aux élections présidentielles du 13 janvier 2024.
Lire : Promouvoir la démocratie et les libertés pour échapper au face-à-face avec Pékin.
Enfin, récemment, l’augmentation des tensions attisées par les démonstrations de force chinoises autour de l’Île ont rapproché les États-Unis de l’Île et renforcé l’hypothèse contenue dans le « Taiwan Relation Act » de 1979, obligation de droit interne votée par le Congrès qui oblige l’exécutif américain à ne pas rester inerte en cas d’agression chinoise de l’Île sans une déclaration d’indépendance proclamée par Taipei.
Tel était l’arrière-plan des échanges sur Taïwan entre Joe Biden et Xi Jinping dont les témoins disent qu’ils ont été « sereins et dépassionnés. » Selon un proche de la Maison Blanche, le Président chinois a, là aussi, tenu à calmer le jeu, en assurant que la Chine n’avait pas l’intention d’envahir militairement l’Île.
Quant à Biden qui a appelé Xi Jinping à ne pas tenter d’influencer les élections présidentielles de l’Île de janvier 2024, il a répété qu’il continuerait à lui vendre des armes pour dissuader toute tentative de réunification par la force. Washington a-t-il rappelé, adhère au « Principe d’une seule Chine », à la condition que la résolution du conflit soit négociée.
*
Au total, la rencontre de San Francisco n’a pas réglé le fond structurel de la rivalité, ni à propos de Taïwan, ni sur le rejet essentiel par Pékin des valeurs et des structures internationales ayant gouverné le monde depuis 1945, principal facteur de blocage du Conseil de sécurité dont la fonction régulatrice aux normes de l’Occident est durablement en panne.
Mais le ton convivial des échanges voulu par Pékin dont l’économie ne peut faire l’impasse sur les débouchés des marchés européen et américain, a contribué à réduire notablement le niveau d’hostilité des relations bilatérales.
Les bases encore fragiles sont fixées pour plus d’échanges entre les structures opérationnelles, militaires ou civiles qu’il s’agisse des secteurs économiques et commerciaux ou scientifique et technologique.
Mais désormais, la route vers un apaisement devra se frayer un chemin dans un paysage stratégique global dévasté par les fractures et les défiances, où la trentaine de pays démocratiques dont les valeurs ne font plus recette et ne constituent plus un idéal à atteindre, abrite moins de 10% de la population mondiale [4].
Note(s) :
[1] « La diplomatie des pandas » symbole de paix a été inaugurée en 1972 à l’initiative de Zhou Enlai qui proposa le transfert à long terme au zoo national de Washington, de deux pandas géants Hsing-Hsing et Ling-Ling peu après la première visite de Nixon en Chine du 21 au 28 février 1972. Il y avait un symbole politique et un but thérapeutique.
Sept années avant la reconnaissance de la Chine Communiste par Washington, en pleine révolution culturelle, les pandas géants furent le symbole du dégel de la relation sino-américaine. En même temps, 11 années après l’arrivée d’un premier panda à Londres, il s’agissait de coordonner les efforts des biologistes chinois et américains pour tenter de sauver l’espèce menacée. Depuis, le zoo de Washington accueille des couples de pandas.
Début novembre, coïncidant avec le sévère refroidissement de la relation sino-américaine, les trois pandas du zoo de Washington, héritiers du couple de 1972, Tian Tian, Mei Xiang et leur « petit » Xiao Qi Ji, ont quitté le zoo national de la capitale américaine.
Dans une note du 9 novembre, Frédéric Arnoud qui fut correspondant de Radio Canada à Washington mettait la situation en perspectives : « Ce n’est certes pas la première fois que des pandas quittent la capitale, mais c’est la première fois en 23 ans que l’enclos de pandas du zoo est vide [NDLR : il y eut des périodes de « vide » temporaire. Mais au moment où Arnoud écrivait son papier, c’était la première fois qu’aucun retour n’était prévu.] » (…)
(…) « Après les rapatriements successifs des pandas prêtés par la Chine aux zoos de San Diego et de Memphis, il ne reste maintenant plus que ceux d’Atlanta. Toutefois, dès l’an prochain, ils retourneront eux aussi dans leur pays d’origine. »
Selon WWF qui travaille depuis quarante ans (y compris en Chine) à la conservation des pandas géants, hybrides entre les ursidés et les félins, leur population est passée de 1114 à 1864 soit +17%. On les trouve dans les monts Minshan, dans les provinces du Sichuan et du Gansu, ainsi que dans les monts Qinling en Chine centrale.
[2] La volte-face d’attitude qui passe de l’agressivité stratégique aux amabilités diplomatiques renvoie aux critiques adressées au pouvoir par nombre d’intellectuels chinois.
Jia Qingguo, professeur de relations internationales à Beida, avait dès 2020, dans un forum public, reproché au pouvoir de créer une atmosphère de compétition exacerbée avec Washington au point de laisser croire que la Chine était sur le point de supplanter le modèle américain. Se référant aux anciennes injonctions de prudence stratégique de Deng Xiaoping, il ajoutait que Pékin devait adopter un profil international plus discret.
[3] Le Fentanyl est un puissant stupéfiant analgésique, dont la dose létale est de 0,25 mg, 50 fois plus efficace que l’héroïne, introduite en fraude aux États-Unis par le Mexique et fabriquée à partir de « précurseurs » chimiques produits illégalement dans les laboratoires clandestins en Chine, en dépit du durcissement des répressions.
Le 7 juillet 2023, Le Figaro International décrivait les ravages aux États-Unis de cette drogue. Décrite par Libération comme « la drogue la plus mortelle ayant jamais menacé les États-Unis » et tuant chaque année 70 000 personnes, elle est devenue « la principale cause de décès du pays », (…)
A deux pas du centre de conférence de l’APEC, les descriptions exhalent les miasmes d’une décadence nourrissant la critique chinoise des effets pervers des démocraties « Des populations de zombies occupent les rues de [certains] quartiers de New-York, Los Angeles ou San Francisco. »
[4] Souligné par un article du Magazine Géo du 15 juin 2023, « moins d’une personne sur dix réside dans une démocratie « totale ».
C’est le constat alarmant tiré par l’Economist Intelligence Unit (EIU) lors de la dernière publication de son indice de démocratie, en avril dernier. Malgré une légère amélioration en 2022 par rapport à 2021, l’indice est le deuxième pire score enregistré depuis sa création en 2006. »
• À lire dans la même rubrique
En Chine, Cheng Li-wun, accuse Lai Qing De de fomenter la guerre et célèbre la paix « d’Une seule Chine » prônée par Xi Jinping
[15 avril 2026] • François Danjou • 1
La diplomatie de conciliation des contraires à l’épreuve de la guerre en Iran
[30 mars 2026] • François Danjou
Chine – Iran. Contre l’Occident, l’alliance de l’agnostique et du martyr
[5 mars 2026] • François Danjou
Le durcissement anti-occidental et les risques du Cheval de Feu
[19 février 2026] • François Danjou
La longue saga du rapprochement révolutionnaire entre Caracas, Pékin et Téhéran
[19 janvier 2026] • François Danjou