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Nouveau durcissement de la Chine. Malgré une inflexion stratégique, à Pékin, l’obstination radicale pour la réunification reste inchangée
Comprenant l’effet répulsif de la brutalité des tirs de missiles dans le Détroit, Pékin semble infléchir sa stratégie. La nouvelle approche qui augmente la participation des garde-côtes au côté des forces navales, exerce l’APL à des manœuvres d’interdiction. Leur but est double : 1) Mettre en place un blocus de l’Île et 2) Tenir à distance les renforts américains.
A l’occasion, le président Xi Jinping joue de la fibre conviviale. Le 17 octobre, la première page du Quotidien du Peuple rendait compte de sa visite au Fujian les 15 et 16 octobre où il a fait la promotion d’une zone de développement intégrée dédiée à une coopération d’affaires de part et d’autre du Détroit.
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Sept mois après l’investiture de Lai Qing De, la situation dans le Détroit vient de s’enflammer à nouveau.
Pékin, pour qui l’élection à la présidence de l’Île du dirigeant du DPP dans le passé clairement positionné en faveur de l’indépendance, fut un événement hautement répulsif, a de nouveau réagi par la menace militaire à un transit de Lai à Hawaï et Guam, en escale vers les Iles Marshall, Tuvalu et Palu.
A Honolulu, s’affichant comme un chef d’État – inacceptable provocation pour Pékin - il a été officiellement accueilli par le Gouverneur de Hawaï Josh Green et s’est entretenu par téléphone avec Mike Johnson, le Président de la chambre des représentants américains.
Alors que le Président taïwanais s’efforce, en dépit des pressions de Pékin d’affirmer l’autonomie diplomatique de l’Île, l’ambiance à Taïwan est au branle-bas de mise en alerte militaire et à l’incertitude face à la perspective de l’arrivée au pouvoir de D. Trump, le 20 janvier.
Depuis les cérémonies d’investiture du Président Lai, les démonstrations de force de l’APL autour de l’Île se succèdent.
En mai d’abord, quelques jours après l’installation officielle du nouveau chef de l’État qui, au passage commençait le troisième mandat de la mouvance de rupture à la tête de l’Île en ne reconnaissant pas « le consensus d’une seule Chine » ;
Puis en octobre, après le discours de la fête nationale du « Double Dix » au cours duquel Lai avait affirmé que Taïwan n’était pas subordonnée à la Chine (lire : « Double dix » : Sur fond de connivence sino-russe, ripostant au discours du Président Lai, Pékin met en scène le blocage militaire de l’Île).
Enfin dernièrement, après le voyage du Président Lai dans le Pacifique, ponctué par la provocation de ses « stop-overs » à Hawaï et Guam.
Provocation de Lai au cœur de l’appareil de défense américain du Pacifique.
Lai Qing De, le 30 novembre à son arrivée à Hawaï, courte escale vers les îles Marshall, Tuvalu et Palu, trois des pays ayant encore des relations officielles avec Taipei. Le passage au cœur du dispositif militaire américain dans le Pacifique, défiant Pékin, soulignait à la fois l’attachement taiwanais à la relation avec Washington en amont de l’investiture de D. Trump le 20 janvier et la détermination de l’Île à résister aux pressions chinoises.
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Le symbole était sans équivoque possible. Les deux territoires américains concentrent en effet un important dispositif des forces américaines, dont à Hawaï le vaste commandement interarmées du Pacifique (United States Pacific Command - USPACOM -) et à l’île de Guam, 1400 Nautiques à l’Est de Taïwan, puissamment militarisée, abritant les structures de commandement des Sous-marins, des Forces spéciales, de la 7e flotte, des Transmissions, du Génie maritime et de la logistique.
Formellement, Pékin qui considère ses déploiements menaçants autour de l’Île comme des « punitions » sanctionnant « des actes séparatistes », les a baptisés « Joint Sword-2024 A et B - 联合利剑 »
Récemment, plusieurs centres de recherche dont le Jamestown Foundation de Washington et l’IISS (International Institute of Strategic Studies) de Londres ont étudié dans le détail les différences majeures entre les deux versions A & B des exercices « Joint Sword ».
L’exercice a le mérite de passer en revue l’éventail des stratégies chinoises depuis celles des démonstrations de forces directes jusqu’à la très improbable réunification pacifique spontanément acceptée par les Taïwanais, en passant par celles de la zone grise des chantages commerciaux, des intimidations par emprisonnements temporaires, ou même des pressions juridiques avec menaces de peine de mort, pesant sur les indépendantistes les plus radicaux.
Au passage, l’appareil qui depuis deux séries de démonstrations de forces en octobre et en décembre, s’est abstenu de déclencher des tirs de missiles « Dong Feng – 东风- » dans le Détroit, semble avoir pris conscience que leur répétition enferme sa stratégie dans une rigidité militarisée d’escalade réduisant sa marge de manœuvre.
Sans compter que, et c’est peut-être le plus important, l’effet répulsif dans l’opinion taïwanaise démocratisée des tirs de missiles ne fait que creuser le fossé avec le Continent en rehaussant l’esprit de résistance d’une partie de la population de l’Île (lire notre article : A l’ombre de Pékin, un « Double Dix » à l’esprit de résistance).
Analyse des inflexions stratégiques chinoises. Préparation au blocus de l’Île. Durcissement légal contre les indépendantistes purs et durs
Le 17 octobre, derrière un bâtiment taiwanais, un des nombreux garde-côtes chinois déployés dans les parages du Détroit aux côtés de la marine de l’APL.
Lors d’une audience au parlement taiwanais, Loh Meei-ling (羅美玲), député du DPP a déclaré que, lors de Sword-2024 B, la Chine avait déployé le plus grand nombre de garde-côtes observé depuis 2020, lors d’une seule opération.
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Examinées depuis les premiers jours d’août 2022, quand l’extrême colère de l’appareil réagissant à la visite à Taipei de Nancy Pelosi avait déclenché des salves de missiles non seulement dans le Détroit, mais également tout autour de l’Île, les différences entre les trois démonstrations de force qui suivirent (lors de l’investiture ; cinq mois plus tard, lors de la fête nationale du « Double Dix » et récemment en réaction à la visite de Lai à Hawaï et Guam), sautent aux yeux.
En résumé, les contrastes semblent résulter d’une prise de conscience par l’appareil, ayant compris que le succès de sa stratégie à l’égard de Taïwan dépendra de sa capacité à gérer l’escalade de manière à la fois rationnelle - sans provoquer une effet répulsif dans l’Île - et englobante – en Chinois « 控制战局 – mot à mot : contrôle des situations de guerre » -.
La réflexion imbrique tout à la fois les domaines militaire, politique, diplomatique et celui de l’opinion publique, sans négliger les aspects nationalistes pouvant justifier le bien fondé des pressions du Continent autocrate sur l’Île qui se réclame d’un système politique démocratique, principal argument de Lai dont la stratégie globale en appelle aux « démocraties » de la planète dont, avec Washington, il se fait le porte-parole.
La panoplie comprend aussi une refonte de l’arsenal juridique permettant de condamner sans mesure les indépendantistes les plus radicaux.
Concrètement, l’analyse montre par exemple que les réactions planifiées par l’APL en mai et en octobre étaient d’une ampleur décroissante, comme si l’appareil entendait signaler à l’opinion publique son intention de désormais mesurer l’emploi de la force.
En octobre, malgré l’engagement d’un nombre élevé de chasseurs de combat ayant franchi 111 fois la ligne médiane du Détroit, l’exercice Sword-2024 B qui ne dura que 13 heures, n’a impliqué que 12 bâtiments de combat de premier rang au lieu de 46 en mai, tandis que la majorité des forces navales était cette fois composée d’une vingtaine de garde-côtes, au lieu de 9 au mois de mai.
En bref, l’exercice Sword-2024 B ne fut pas une escalade des démonstrations de force. En revanche, il est clair qu’il était une manœuvre simulant un blocage économique de l’Île, notamment par l’interdiction des routes maritimes et aériennes.
Selon les analyses de la Jamestown Foundation et de l’IISS de Londres, une des preuves les plus évidentes de l’intention de blocus, fut la diffusion par l’appareil de la fausse information destinée à l’opinion publique taïwanaise de l’Île d’une rupture des livraisons de gaz qui en réalité n’a jamais eu lieu.
La dernière version des pressions militaires chinoises qui durèrent du 9 au 11 décembre, dont l’appareil de défense taïwanais dit qu’elles furent d’une ampleur inédite, confirme l’intention d’interdiction à grande échelle.
Sept zones de restrictions aériennes furent en effet instaurées pour 72 heures face à Taïwan, dans l’espace à l’est du Zhejiang et du Fujian. En même temps, une flotte de 90 navires – dont 30% de garde-côtes - avait pris position dans les eaux proches de Taïwan et à proximité des îles du sud du Japon.
Alors que la stratégie taïwanaise de la Chine évolue sous nos yeux, réduisant les démonstrations de forces directes pour se concentrer sur l’interdiction aérienne et navale en vue d’un blocus, l’appareil augmente ses pressions juridiques, influant directement sur les relations humaines et commerciales dans le Détroit.
Pressions juridiques extrêmes. Persistance de la démesure.
Fin décembre 2023, l’appareil a amendé sa loi « anti sécession » pour durcir la répression contre les indépendantistes « purs et durs ». Prise au pied de la lettre, la nouvelle description des crimes implique la peine de mort.
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Point clé de la nouvelle stratégie globale où la menace d’affrontement direct prend moins de place, la réinterprétation en décembre 2023 de la loi anti-sécession de 2005 (lire : La Loi anti-sécession présentée à l’Assemblée nationale à Pékin provoque une crise inutile).
Connue dans l’opinion publique taïwanaise sous le nom de « 22 articles - 22 項目- xiangmu - », le durcissement, menace des sanctions pénales les partisans de l’indépendance dans l’Île en décrivant précisément le crime de sécession, applicable non seulement aux citoyens taïwanais, mais aussi à des personnalités non taïwanaises.
Dans la foulée le parti, appelant l’opinion de part et d’autre du Détroit à la délation des coupables, a établi une liste d’une dizaine de séparatistes taïwanais « purs et durs - 铁杆台独 – mot à mot indépendantiste de la branche de fer - » groupe dans lequel il n’est pas inutile de rappeler que l’appareil communiste avait inclus l’actuel président Lai Qing De.
(Voir le § « Lai Qing De, l’ancien enfant chéri de l’dépendance » de l’article de François Danjou qui, en juin 2023, passait en revue les candidats à la présidentielle du 13 janvier 2024 : Élections présidentielles du 13 janvier 2024. Revue des candidats).
Dans ce contexte, ces derniers mois, le nombre de citoyens taïwanais détenus en Chine a sensiblement augmenté.
En septembre, par exemple un cadre supérieur du groupe taïwanais Formosa Plastics a été bloqué sur le Continent par la police, tandis que, dans les aéroports chinois plusieurs visiteurs en provenance de Taïwan dont les appareils électroniques ont été saisis furent soumis à des interrogatoires de plusieurs heures.
Le malaise des Taïwanais retenus en Chine par la police et de leurs familles restées dans l’Île est d’autant plus inconfortable que le 21 juin dernier, Pékin, passant des extrêmes pressions militaires, au chantage juridique sans mesure, avait menacé de condamner à mort les « indépendantistes purs et durs ».
La nervosité inquiète des Taïwanais impliqués dans des affaires en Chine date d’une directive du Parti d’il y a six mois.
Selon Xinhua, elle exigeait que « pour défendre résolument la souveraineté nationale, l’unité et l’intégrité territoriale, la sécurité publique punisse sévèrement et conformément à la loi les partisans de l’indépendance de Taiwan qui divisent le pays et incitent aux crimes de sécession (punissables de la peine capitale dans la loi chinoise). »
Enfin, alors qu’à Taïwan, l’inconfort se nourrit de l’obstination radicale de l’appareil qui remplace l’excès des pressions militaires directes au moyen de tirs de missiles par la démesure des intimidations juridiques, surgit parmi les stratèges de l’Île une nouvelle angoisse née des incertitudes de la stratégie à venir de Donald Trump.
Le 20 janvier 2025 : Donald Trump. L’incertitude.
A Taiwan, les déclarations de campagne de D. Trump, incitant l’Île à payer plus pour sa défense, alors que depuis 1977, elle acheté plus de 20 milliards de $ US au complexe militaro-industriel américain ont créé un sérieux malaise entre Washington et Taipei.
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Au cours de son premier mandat ce dernier était largement considéré comme un ami de Taiwan, ayant clairement exprimé son soutien renforcé à l’île en augmentant ses ventes d’armes et en autorisant les visites informelles de responsables de haut rang.
Sept ans plus tard cependant, l’a priori favorable s’est moins clairement manifesté au cours de la campagne électorale.
A plusieurs reprises il a notamment déclaré que l’Île devrait payer plus pour obtenir la « protection de l’Amérique ». Au cours d’un discours électoral, jamais avare d’une outrance il a même évoqué que la part défense du budget Taïwanais devrait atteindre 10% du PIB.
En même temps il répétait que les Taïwanais tenaient leur supériorité du secteur des microprocesseurs d’un transfert illégal des technologies en réalité inventées par des savants américains. Ce qui est factuellement exact.
Dans le cénacle des stratèges taïwanais l’inquiétude est palpable.
« La plupart des gens sont anxieux », a récemment déclaré à CNN le professeur Chen Ming-chi, ancien membre du Conseil de sécurité nationale à Taiwan. « L’imprévisibilité de Trump est telle que nous ne savons pas si sous son deuxième mandat, l’Île sera plus en sécurité ou aura au contraire à faire face à des risques plus importants. »
Logiquement à Taïwan, la classe politique et les experts réagissent aux accusations de Trump de vol de technologies. « L’Île », disent-ils « a développé sa propre industrie des semi-conducteurs de manière structurée en combinant prévoyance, travail acharné et investissements ».
Quant aux efforts financiers jugés insuffisants par Trump, à Taipei, au ministère de la défense on rappelle que le 22 août, le gouvernement a annoncé une hausse de 7,7% du budget de la défense 2025, qui sera porté à 20,2 Milliards de $ US, soit 2,45% du PIB.
Les efforts permettront notamment le financement de sept sous-marins supplémentaires et l’achat « sur étagère » aux États-Unis de nouveaux équipements, dont des chasseurs de combat, directement profitables à l’industrie de défense américaine.
Au total, depuis les années Carter (1977-1981), les Taïwanais ont investi 19 milliards de $ dans les achats d’armes aux États-Unis.
Ironiquement les plus grosses dépenses ont eu lieu au cours des mandats de Trump (2017 – 2021, 4.9 Milliards de $) et de Biden (2021 – 2024, 6,5 milliards de $) qui correspondent au durcissement des discours de Xi Jinping à l’égard de Taïwan.
Il n’empêche la diatribe installe un doute sur la solidité stratégique du partenariat entre Washington et Taïwan. Malgré les réticences de l’opposition du KMT, majoritaire au Yuan Législatif, l’effet collatéral pourrait-être une hausse significative des dépenses militaires de l’Île.
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