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›› Chine - monde

En Asie de l’Est, Trump le bravache et Xi Jinping prudent et discret endiguent l’escalade commerciale

A Pusan, la rencontre entre Xi Jinping et D. Trump n’a pas suscité chez le nº1 chinois le même enthousiasme que chez le président américain. Au-delà du volontarisme de façade du président faiseur de paix en quête du prix Nobel, de nombreux désaccords, dont certains explosifs, comme celui de Taiwan restent dangereusement en suspens.


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Délaissant l’Europe, l’Ukraine et la Russie, à propos desquels il multiplie les zig-zags stratégiques, D. Trump était en Asie du 26 au 30 octobre. Le voyage l’a d’abord conduit à Kuala Lumpur où, au sommet de l’ASEAN – c’était sa deuxième participation depuis 2017 - il a, pour s’en attribuer les mérites, présidé à une cérémonie de cessez-le-feu entre le Cambodge et la Thaïlande [1].

A l’étape suivante, Trump était au Japon pour rencontrer la nouvelle première ministre Sanae Takaichi, nommée par la Diète tout juste une semaine avant. Héritière de l’ancien premier ministre conservateur libéral démocrate Shinzo Abe dont elle se réclame, assassiné le 8 juillet 2022, Taikaichi n’a pas seulement accueilli Donald Trump avec l’apparat officiel des 21 coups de canon.

Elle a également salué ses efforts pour résoudre les conflits dans le monde et fait savoir qu’elle appuierait le Président américain dans sa quête du prix Nobel de la paix.

En même temps, se pliant sans réserve aux exigences de la Maison Blanche, son gouvernement a publié une liste de projets d’investissements aux États-Unis à hauteur de 400 milliards de dollars, dans les secteurs de l’énergie, de l’intelligence artificielle et des minéraux critiques.

Ces promesses faisaient suite à une annonce antérieure de Tokyo qui, pour tenter d’atténuer la brutalité des droits de douane punitifs de Washington, s’engageait à garantir 550 Milliards de $ de prêts pour des investissements en Amérique. En retour D. Trump n’a pas ménagé ses éloges, qualifiant l’élection de Takaichi par la Diète d’événement majeur. « D’après ce que je sais de Shinzo et d’autres vous serez l’un des plus grands Premiers ministres du Japon ».

Les échanges de compliments ont quelque peu fait passer sous le radar les injonctions de la Maison Blanche exigeant que le Japon accélère l’augmentation de son budget de la défense – actuellement à seulement 1,4% du PIB – pour le porter à 2% d’ici 2027.

Trump et Takaichi se sont ensuite rendus à bord de l’hélicoptère présidentiel américain sur le porte-avions George Washington, amarré à la base navale de Yokosuka, PC de la 7e flotte américaine près de Tokyo.

A cette occasion, ponctuant un foisonnant discours d’une heure qui, devant une assistance qui commençait à s’assoupir, évoqua des sujets aussi variés que la frontière sud des États-Unis, le football américain et le golf, Trump a, devant 6000 marins américains rassemblés, à nouveau fait l’éloge de Takaichi, montée avec lui sur l’estrade : « Cette femme est une gagnante ».

En réponse, Takaichi première ministre du pays qui, face à la menace chinoise jamais évoquée mais omniprésente, ponctuée par la montée des tensions avec Pyongyang, abrite la plus importante concentration de forces militaires américaines à l’étranger, a remercié l’US Navy pour sa « contribution à la défense de la région. »

Pour faire bonne mesure, Trump a ajouté – irritant de première grandeur pour Pékin - que la livraison des missiles américains air-air courte et moyenne portée AIM-9X Sidewinder et AIM-120 AMRAAM, commandés de longue date par le Japon pour ses avions de chasse F-35, débuterait dans la semaine.

Le 29 octobre, Trump était en Corée du Sud pour une visite éclair de 24 heures. Comme la Japonaise Takaichi, le président sud-coréen Lee Jae-myung, en fonction depuis juin dernier, n’a pas lésiné sur les hommages et les flatteries qui émaillèrent l’accueil officiel réservé par Séoul à Donald Trump.

Après l’arrivée spectaculaire de l’appareil présidentiel Air Force One escorté par des chasseurs de combat américains et sud-coréens, une fanfare militaire a interprété sur le tarmac de l’aéroport de Pusan, l’air populaire YMCA de « Village People », devenu l’hymne des campagnes électorales MAGA.

Pour faire bonne mesure, l’entourage de Lee a fait savoir qu’en reconnaissance du rôle de Trump comme « artisan de la paix » dans la péninsule coréenne, il avait reçu le « Grand Ordre de Mugunghwa », qui tire son nom de l’hibiscus rose, la fleur nationale sud-coréenne.

La louange cachait cependant une réalité moins flatteuse. En 2018, le Nord-Coréen Kim Jong-un était resté insensible aux menaces de Trump et n’avait pas non plus répondu à ses avances noyées dans une bienveillance chimérique qui prétendait faire plier Kim par les sentiments (lire : Xi Jinping, D. Trump, Kim Jong-un, brutal retour aux réalités).

Cette fois encore, Kim Jong-un, courtisé par Moscou et Pékin a fait la sourde oreille aux avances du Président américain. Plus encore, en guise de salut, Pyongyang a même, en amont de la visite de Trump, procédé à des tirs d’essai de missiles de croisière à l’ouest de la péninsule coréenne.

Le hiatus nord-coréen et la fragile mise en scène d’un apaisement.

L’un des signes les plus flagrants que le poids de l’Amérique a reculé en Asie du nord-est est que Kim Jong-Un émancipé et reconnu par la Chine et Moscou affirme clairement son statut d’état nucléaire. Désormais insensible aux pressions de Washington, il fixe lui-même les conditions d’un prochain rendez-vous avec D. Trump.


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Mais il y a bien pire. Depuis 2018, le rapport de forces et l’attitude de Moscou et Pékin à l’égard de la prolifération nucléaire militaire de Pyongyang ont radicalement changé.

Alors que le 3 septembre dernier, au cœur de Pékin, Kim, extrait de son statut d’ermite isolé, se tenait aux côtés de Xi Jinping et de Vladimir Poutine, lors d’un défilé militaire historique qui fut une démonstration d’unité sans précédent contre l’Occident, tandis que l’inamovible ministre des Affaires étrangères russe Serguei Lavrov en personne expliquait que la question du nucléaire militaire nord-coréenne était close, la pression sur le petit-fils de Kim Il Song a disparu.

Lui-même a clairement exposé ses conditions pour qu’il accepte une nouvelle rencontre avec D. Trump. Washington devrait abandonner « l’obsession absurde » de la dénucléarisation [2]. En septembre dernier, Kim avait réitéré sa ferme intention de ne jamais renoncer à l’arme nucléaire en échange de la levée des sanctions.

Autrement dit, l’accord proposé par Trump il y a six ans – allègement des sanctions contre le désarmement nucléaire – est caduque. S’il est exact qu’elle vise toujours la fin de l’armistice de 1953 et un traité de paix avec Washington, la Corée du Nord exige désormais d’être officiellement reconnue comme un État doté de l’arme nucléaire.

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Après les courtes escales chez les voisins de Pékin, visités en coup de vent, le point d’orgue du périple asiatique de Trump, attendu par tous les observateurs, fut sa rencontre avec le Président XI Jinping à Pusan en Corée du sud, en marge du sommet de l’APEC qui eut lieu du 31 octobre au 1er novembre, mais auquel il n’a pas participé.

Les comptes-rendus officiels de la rencontre furent marqués par un extravagant contraste entre les dithyrambes enflammés de D. Trump et la prudente discrétion de Pékin dont il n’est cependant pas exact de dire que l’appareil aurait accordé moins d’importance que Washington au succès de l’entrevue.

La meilleure indication que les deux ont cherché un accommodement raisonnable essentiellement commercial est que le sujet explosif de la question de Taiwan n’a été évoqué, ni par Pékin qui reproche pourtant à la Maison Blanche ses ventes d’armes à l’Île, ni par Washington préoccupé par la recrudescence des pressions des chasseurs de combat chinois aux limites sud-ouest de la Zone d’Identification et d’Alerte aérienne de l’Île (Sigle anglais : ADIZ).

Face à la dissonance des enthousiasmes, le mieux qu’on puisse dire est que la rencontre de Pusan qui eut lieu après la revue par D. Trump de ses alliés aux abords directs de la Chine, marque une trêve dans l’escalade de la guerre commerciale.

Le 30 octobre depuis Air-Force One qui le ramenait aux États-Unis, D. Trump a déclaré qu’au cours d’un échange de près de deux heures avec Xi Jinping – le premier depuis 2019 qu’il a qualifié de « d’incroyable – Amazing - » lui attribuant la note de 12 sur 10 -, il avait conclu « une série exceptionnelle de décisions », dont un accord réduisant les droits de douane sur les produits chinois tombés de 57 à 47, en échange d’abord d’une accentuation de la lutte de Pékin contre le trafic illicite de fentanyl (lire :Entre volonté d’apaisement et rivalité systémique, Pékin et Washington sur le fil ambigu de la coopération anti-drogue.) ; ensuite - crucial pour ses électeurs du Middle-West - de la reprise des achats de soja américain et, enfin, du maintien des exportations de terres rares.

Selon le porte-parole du Waijiaobu, qui s’efforçait de mettre en perspective l’euphorie, l’accord comprend également l’engagement des États-Unis de reporter d’un an l’entrée en vigueur d’une nouvelle mesure – à laquelle la Chine s’oppose fermement – interdisant à des milliers d’entreprises chinoises d’acquérir des technologies américaines quand elles sont détenues même en partie par une entreprise sous sanctions.

Le 1er novembre, une analyse de CGTN qui se voulait optimiste clarifiait la position chinoise et sa vision de l’évolution des relations sino-américaines.

« Depuis des décennies, les États-Unis se considèrent comme un acteur majeur des relations internationales, habitués à négocier en position de force. L’approche de Pékin a toujours été différente. La Chine estime que les grandes puissances doivent dialoguer sur un pied d’égalité, principe garant de la stabilité, de la prévisibilité et de l’équité.

À Busan, cette philosophie transparaissait tant dans le ton que dans le fond. Plutôt que de réagir sur la défensive face à l’évolution de la politique commerciale de Washington, la Chine a insisté sur la nécessité d’une interaction équilibrée, où les intérêts légitimes des deux parties sont reconnus. »

C’est pourquoi Pékin a clairement indiqué que « tout en restant attachée au développement de la coopération avec Washington, elle ne transigera jamais sur son droit, au progrès technologique et à la modernisation, conditions de sa puissance. »

Alors qu’à Washington on envisage une visite de D. Trump en Chine en 2026, que pour l’instant Pékin n’évoque pas, CGTN insistait sur le principe de respect mutuel et d’égalité.

« À mesure que les discussions se poursuivront, l’attention se portera sur la manière dont les deux parties mettront en œuvre ces premiers accords. L’espoir est que l’esprit d’égalité qui a caractérisé le dialogue de Busan se prolongera dans les négociations futures, qu’il s’agisse des cadres commerciaux, de la coopération en matière d’économie numérique ou de l’action climatique....

« En réaffirmant que la Chine et les États-Unis peuvent dialoguer, s’écouter et faire des compromis sans renoncer à leurs principes, la réunion de Busan a tracé la voie d’une coexistence dans un monde interdépendant. L’égalité n’est pas un slogan ; elle est la pierre angulaire d’un partenariat durable. Si les deux nations restent attachées à cette voie, la poignée de main de Busan pourrait bien marquer le début d’une ère plus stable et plus coopérative dans les relations internationales. »

Le hiatus de ce volontarisme de l’apaisement est qu’il jette un voile sur le cœur des tensions qui nourrissent la défiance américaine. Elles sont non seulement commerciales (perception par Washington de subventions jugées déloyales et transferts de technologies forcées) ;

Elles sont aussi légales (violations de la propriété intellectuelle) et stratégiques telles que la montée en puissance militaire notamment nucléaire [3] et, sujet resté tabou lors de la rencontre, au sommet en Corée, la très explosive question de Taiwan (lire : Dans le détroit, la tension monte).

Note(s) :

[1L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) est un groupement disparate traversé par de fortes divergences politiques et d’importants contrastes économiques. Le dernier exemple en date de cette absence d’harmonie a eu lieu au cours du sommet du 26 au 28 octobre 2025 à Kuala Lumpur.

Hormis la visite de D. Trump ayant parrainé le cessez-le feu entre Phnom-Penh et Bangkok, l’autre événement majeur du sommet a été la cérémonie grandiose marquant l’adhésion de Timor-Leste au statu de onzième membre de l’Association. Petit pays démocratique, plus jeune nation de la région et l’une de ses économies les plus pauvres, il a consacré plus d’une décennie à obtenir son adhésion et à mettre en œuvre les réformes nécessaires.

Mais le dernier obstacle fut de surmonter les objections du régime militaire sanguinaire du Myanmar qui, par son veto, bloquait le consensus de l’ASEAN au motif que le Timor-Leste avait violé le principe de non-ingérence de l’Association en apportant son soutien au Gouvernement d’union nationale, la coalition d’opposition qui conteste le pouvoir brutal de la junte birmane.

Enfin, ajoutant à l’image d’un groupement marqué par la superficialité stratégique qui s’ajoute au goût de la posture de D. Trump, le parrainage du cessez-le-feu entre le Cambodge et la Thaïlande, ne fut qu’un faux-semblant qui manquait d’importantes parties de l’image.

Alors que Bangkok n’a pas restitué comme prévu les 18 soldats cambodgiens prisonniers en Thaïlande, que des centaines de réfugiés khmers sont entassés dans un camp de fortune, expulsés des zones frontalières réclamées par la Thaïlande mais, conséquence de la période khmère rouge - toujours fortement minées, le fond des contentieux entre les deux voisins est très loin d’être réglé.

Bangkok reproche en effet au clan Hun Sen qui gouverne le royaume Khmer presque sans interruption depuis 1978 à la manière d’une mafia familiale dépravée par une intense corruption devenue l’ADN toxique de la gouvernance du Royaume, d’abriter les auteurs en fuite de la gangrène des jeux en ligne pourchassés par la police thaï.

[2Selon ses propres termes relayés par le cinéaste américain et directeur de « Young Pioneer Tours », Justin Martell, qui venait de rentrer d’un voyage de huit jours à Pyongyang, où il assistait à un festival international du film coïncidant en grande partie avec le voyage de Trump en Asie.

[3Selon les estimations neutres du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) – Yearbook 2025 -, « Depuis 2023, la Chine accroît son stock nucléaire d’environ 100 ogives par an depuis 2023. »

Logiquement, l’institut met en garde « qu’une nouvelle et dangereuse course aux armements nucléaires se profile, sur fond d’affaiblissement généralisé des cadres de contrôle. » Dans ce contexte préoccupant, « Le nombre d’ogives nucléaires chinoises est passé de 200 en 2006 à 350 en 2023 et à 600 aujourd’hui. D’ici 2030, elles pourraient dépasser 1000. »

 

 

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