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Davos 2026. Un craquement stratégique et le double visage de la Chine
A Davos, le 20 janvier 2026, le discours de Mark Carney, le premier ministre canadien a soulevé l’enthousiasme de l’auditoire en appelant « les puissances moyennes » à résister à la coercition des superpuissances. Sans citer D. Trump, alors que ce dernier avait menacé le Canada d’être ravalé au rang de 51e État américain, puis de lui infliger 100% de droits de douane, Carney a martelé que « le Groenland et le Danemark ont le droit absolu de déterminer leur futur ».
L’intervention de Mark Carney faisait suite à son voyage en Chine du 14 au 17 janvier derniers, sept années après l’apogée des tensions entre les deux pays quand, pendant l’arrestation par le Canada de Meng Wanzhou, fille de Ren Zhengfei, PDG de Huawei, Pékin avait formellement accusé d’espionnage Michael Kovrig, ancien diplomate canadien, correspondant pour l’Asie du Nord-est de l’International Crisis Group et Mike Spavor, consultant impliqué dans les relations avec la Corée du Nord ayant facilité la visite à Pyongyang du basketteur américain Dennis Rodman en 2013 et 2014.
Ce n’est pas tout, le 14 janvier 2019, un mois après l’arrestation de Meng Wanzhou à Vancouver, la haute cour du Liaoning qui rejugeait l’affaire après avoir décidé en appel d’une première sentence de 15 années de prison était trop laxiste, condamnait à mort pour trafic de drogue le canadien Robert Schellenberg qui, depuis son arrestation, clamait son innocence.
Autant dire que l’expression « réinitialiser la relation sino-canadienne » employée par Ottawa pour définir les buts du voyage de Mark Carney en Chiner était appropriée. Au passage, l’ampleur de la volonté mutuelle d’apaisement des relations bilatérales sino-canadiennes donnait du poids à la riposte de Carney aux coercitions de D. Trump.
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Il faut se rendre à l’évidence. En Amérique, la longue cohorte des laissés pour compte, ceux qui refusent le lent déclassement stratégique de la première puissance mondiale, ceux aussi, profondément perturbés par l’invasion migratoire et la diffusion spirituelle et intellectuelle transgressive du relativisme de l’idéologie « Woke », ont, à deux reprises et contre l’attente des bienpensants, élu un chef de l’État hors normes.
Affairiste égocentrique, velléitaire et désordonné, insultant et, volontairement ou pas, ignorant de l’histoire, ses initiatives intempestives iconoclastes et brutales, cependant parfois efficaces et justifiées par la sécurité directe des États-Unis, comme ce fut le cas au Venezuela, heurtent la longue trace rassurante de l’organisation du monde depuis 1945.
(Sur la menace directe des révolutionnaires vénézuéliens rapprochés de l’Iran et de La Chine, lire notre article analysant les pensées férocement antiaméricaines de Pékin Téhéran et Caracas La longue saga du rapprochement révolutionnaire entre Caracas, Pékin et Téhéran).
Symptômes d’un Occident contesté qui ne veut pas mourir, les stratégies de déclarations péremptoires de Trump, portant la sidération chez ses alliés, et, en apparence, systématiquement apaisantes à l’égard de la cohorte des nouveaux empires qui le défient, viennent de profondément perturber l’ordonnancement du dernier forum de Davos du 19 au 23 janvier dernier en Suisse.
Il est rare que l’image que les organisateurs tentent de donner d’un événement contraste à ce point avec la réalité. Alors que dans le sillage des vertus de conciliation et d’apaisement [1] des origines, le dernier forum de 2026 avait en effet été placé sous le thème de l’esprit de dialogue - « A spirit of Dialogue » -, la bourrasque Trump l’a transformé en champ de bataille.
Le moins qu’on puisse dire est que le surgissement intempestif du « Président MAGA » dans un forum en ébullition boycotté par un nombre inhabituel de dirigeants de premier plan [2], contrastait en effet violemment avec l’idéal de Klaus Schwab, d’il y a un demi-siècle.
Pour autant, le 21 janvier, l’intervention de D. Trump marqua un tournant.
Reculade et improbable opportunisme financier.
Le 21 janvier lors de son discours, Trump a à la fois renoncé à l’usage de la force et maintenu son intention d’acheter le Groenland pour mieux contrôler les ressources de l’Île et les passages arctiques convoités par la Chine et la Russie. Il s’est heurté à la triple résistance du Danemark, des Groenlandais et de l’Union européenne qui a dépêché des observateurs symbolisant l’incohérence d’une prédation américaine exercée contre un pays de l’OTAN.
Au 28 janvier, après le départ des Allemands ayant quitté l’Île au bout de seulement 48 heures, mais restés présents dans la zone, les contingents toujours sur place appartenaient au Danemark, à la France, à l’Allemagne (surveillance maritime), à la Suède, à la Norvège, au royaume Uni, aux Pays-Bas, à la Finlande et à la Slovénie.
Il est probable que, dans un avenir proche, la zone, par ailleurs fortement menacée par le changement climatique, verra le déploiement plus important de forces militaires européennes dont l’étrange mission sera à la fois de résister aux prédations hostiles de D. Trump et d’augmenter la dissuasion face aux Russes et à l’intrusion chinoise (lire : Les longues stratégies chinoises dans l’Arctique).
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Quelques jours seulement après avoir menacé d’imposer des droits de douane aux pays européens opposés à son projet d’annexion du Groënland, claironnant qu’il n’y aurait « aucun retour en arrière », envisageant même un recours à la force, le Président a reculé.
Après le raidissement du Canadien Mark Carney à Davos ovationné par l’assistance quand il appela à la solidarité des puissances moyennes contre les contraintes brutales de D. Trump, suivi par la mise en place au Groenland de détachements miliaires européens symboliques, figurant concrètement la perspective dévastatrice que les troupes du pays fondateur américain de l’OTAN ouvrent le feu sur des membres de l’Alliance, D. Trump, a publiquement renoncé à la coercition militaire pour contrôler le Groenland.
Mais, la controverse n’était pas close.
Alors même que la population autochtone du Groenland manifestait son refus de devenir américaine et que le Danemark s’opposait officiellement et de manière catégorique au changement de statut, D. Trump, qui envisageait à l’évidence une transaction financière, a, au mépris de la souveraineté danoise, insisté sur le fait que les États-Unis devaient quand même être propriétaires de la grande Île glacée.
Au XXIe siècle, autre que l’hubris de puissance, l’inutilité stratégique logique d’une annexion territoriale saute aux yeux. Contrôlant l’Arctique, 4 fois grande comme la France et seulement peuplée de 56 000 habitants, le Groenland abrite déjà sur son sol, depuis 1951, en accord de coopération militaire avec le Danemark, la base américaine de Thulé.
Devenue depuis 2023 le centre spatial de Pituffik, elle est menacée par le dégel. Mais abritant déjà 100 à 150 militaires américains, elle pourrait, sans qu’il soit nécessaire d’acheter l’Île contre la volonté du Danemark et des Groenlandais, encore servir, si nécessaire, de point d’appui à l’extension de la présence militaire américaine.
Au passage, le schéma d’acquisition envisagé par D. Trump rappelle celui du rachat en mars 2025, aujourd’hui mis en attente par un désaccord chinois, des deux ports clés contrôlant le Canal de Panama au milliardaire hongkongais Li Ka-shing, PDG de Hutchison Port PC, par un consortium américain piloté par BlackRock, plus grand gestionnaire d’actif de la planète.
Fin mars 2025, Pékin a fait barrage à cette mainmise en évoquant sa loi anti-trust et en exigeant la participation du Chinois COSCO, 4e transporteur maritime mondial, au consensus de reprise (lire : BlackRock, un autre style de coercition antichinoise par la puissance financière).
Vue de cette perspective, la logique de l’opération proposée en dernier ressort par D. Trump à Davos apparait clairement quand on se souvient que Lary Fink, le PDG de BlackRock (11.600 milliards de dollars dans son portefeuille de gestion) était aussi cette année le coprésident par intérim du forum de Davos, avec l’homme d’affaires suisse André Hoffmann, milliardaire de l’industrie pharmaceutique, à la fortune dix fois plus vaste que celle de Lary Fink.
Moscou et Pékin qui promettent de remplacer la prévalence occidentale par une alternative qu’ils disent multipolaire, ne peuvent que se réjouir du chaos perturbant le paysage global, où les excentricités du Président américain menacent à la fois la stabilité de l’Alliance atlantique, tout en méprisant l’Europe désunie dont le réveil stratégique est laborieux, sinon aléatoire.
Notons cependant au passage que le dysfonctionnement de l’ONU à l’origine du « Concept de la paix » de Donald Trump est largement le résultat de la paralysie du Conseil de sécurité en partie provoquée par les vétos conjoints chinois et russes.
A ce sujet, s’il est exact que, derrière l’URSS devenue la Russie, championne des vétos à l’ONU (129 fois), les États-Unis, ne sont pas en reste, avec 89 blocages du Conseil de Sécurité dont 51 pour défendre Israël, depuis 2010, les vétos conjoints sino-russes se sont multipliés, marquant une solidarité stratégique des deux contre les pays occidentaux.
Ils ont d’abord concerné la Syrie (14 fois entre 2011 et 2019) pour protéger Bashar-el-Assad accusé d’avoir gazé sa population, puis en 2022, contre un résolution de sanctions accrues contre la Corée du Nord et ses essais de missiles balistiques en passant par le véto conjoint de Moscou et Pekin de février 2019 pour bloquer une résolution américaine appelant à de nouvelles élections au Venezuela.
Soutenant ainsi le gouvernement de Nicolas Maduro, le blocage conjoint a protégé son régime contre les pressions internationales, tandis que la Chine et la Russie se retranchaient dans une position de principe antiaméricaine dont l’effet fut de cautionner une mouvance authentiquement révolutionnaire, proche du Hezbollah, proxy iranien, aux portes de l’Amérique.
Ainsi apparait clairement une contradiction dans les discours de Pékin se posant en garant de la stabilité d’un ordre que son attitude contribue cependant à perturber.
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Les deux visages de la Chine.
A Gauche He Lifeng, lors de son discours d’apaisement à Davos, le 20 janvier. A droite la cérémonie lors mise à l’eau du Porte-avions Shandong à Dalian le 27 avril 2017. Premier PA entièrement construit en Chine, le Shandong, équipé d’une rampe de lancement comme le Liaoning construit à partir de l’épave du Varyag acheté à l’Ukraine en 2000 est le symbole des prémisses de la formidable montée en puissance de la marine chinoise.
Un quart de siècle plus tard, elles est, avec 370 navires, devenue la première force navale de la planète, avec 3 porte-avions dont le 3e, baptisé Fujian, est équipé de catapultes électromagnétiques, 40 destroyers modernes, huit croiseurs lourds de 10 000 tonnes sur les 16 planifiés (ire : Chassé-croisé de navires de guerre dans la zone « Indo-Pacifique » & La marine chinoise lance deux destroyers géants).
Avec un rythme de construction supérieur à l’US Navy, la marine chinoise vise la parité opérationnelle dans la zone Indopacifique d’ici 2030. D’ores et déjà elle est un outil de pression stratégique majeur dans sa revendication de souveraineté en mer de Chine du sud et dans le détroit de Taiwan.
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Le 20 janvier à Davos, en l’absence de Xi Jinping, c’est le Vice-premier ministre He Lifeng qui s’est exprimé au nom de Pékin.
Membre du bureau politique en charge de superviser l’économie, il est un des plus proches amis du nº1 chinois depuis leurs responsabilités communes à Xiamen au milieu des années quatre-vingt. Xi Jinping comme vice-maire nommé en 1985 et He, comme responsable des finances de la ville.
En 1987, il avait le témoin au remariage du futur nº1 avec la chanteuse vedette de l’APL Peng Liyuan 彭丽媛, bénéficiant du grade de Général, nommée en 2011 ambassadrice de l’OMS pour le sida et la tuberculose et, en 2014, envoyée spéciale de l’UNESCO pour l’éducation des filles et des femmes.
Sans surprise He a, rappelant le discours du président Xi Jinping au Forum de janvier 2017, répété la ligne édifiante de l’appareil selon laquelle la Chine serait à la fois une force stabilisatrice 稳定力 dans un monde de plus en plus incertain 日益不确定的世界 et le défenseur 维护 du libre-échange 自由贸易, du multilatéralisme 多边主义 et de la mondialisation 全球 化, face à la montée du protectionnisme 保护 主义.
Depuis 2017, Xi Jinping a même proposé, a rappelé He Lifeng quatre initiatives de portée globale 全球倡议 de développement 发展, de sécurité 安全, de gouvernance mondiale 全球治理 et de civilisation 文化) apportant dit-il des solutions chinoises aux problèmes collectifs auxquels le monde est confronté. 中国提出的解决世界共同面临问题的方案.
Le hiatus est cependant que la promesse ne correspond pas tout à fait à la réalité. Depuis son entrée dans l’OMC en 2001, où elle avait été admise après 15 ans de négociations, sans en remplir complètement les conditions de liberté des échanges, tandis qu’aujourd’hui subsistent encore des subvention massives du capitalisme d’État et de fortes controverses autour du droit de propriété, la position de la Chine est ambiguë.
(Au sujet du déficit de confiance inspiré par le paysage des affaires en Chine, où s’est développé un nationalisme exacerbé, lire nos articles « La société chinoise est une société de basse confiance. » & Orage nationaliste sur les réseaux sociaux).
Alors qu’elle a multiplié les accords commerciaux dont 23 ont été signés en 2025, notamment avec l’ASEAN qui complètent ceux du « Regional Comprehensive Economic Partnership – RCEP - de 2020 (lire : En l’absence de l’Inde, la Chine unique poids lourd du Partenariat Économique Régional), la Chine continue à pratiquer un protectionnisme ciblé.
Elle interdit notamment totalement les investissements étrangers dans les secteurs de la recherche scientifique sensible, de la sécurité et des services Internet, ainsi que dans ceux de l’information et des médias, y compris l’édition, les journaux, la radio la télévision TV et la production cinématographique.
Dans d’autres domaines – télécoms, transports, santé, services sociaux et éducation, à côté des zones franches permanentes ou temporaires (Shanghai, Hainan, Canton, Tianjin, Fujian) – , elle bloque les investissements étrangers majoritaires et leur impose des « JV ou Co-entreprises », dans un contexte où, malgré la loi de 2020, interdisant les transferts de technologies forcés, l’obligation tacite du « partage de savoir-faire » perpétue la pratique d’un chantage pour l’accès au marché chinois.
Récemment de nouvelles restrictions appliquées aux étrangers ont été rajoutées touchant la production industrielle des drones, la fabrication et la vente en ligne des cigarettes électroniques et des médicaments.
Enfin, en haussant l’analyse d’un étage on perçoit qu’au plan stratégique, la trajectoire de la Chine est à l’exact opposé du discours de He Lifeng à Davos, le 20 janvier dernier. La marche de la Chine n’est pas articulée a la coopération internationale ouverte, mais vers le maximum d’autosuffisance nationale destinée à réduire sa dépendance aux hautes technologies et aux ressources étrangères.
Ayant atteint un niveau crucial d’importance stratégique du fait des tensions géopolitiques en cours, les principaux axes d’effort chinois vers l’autonomie sont l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, l’énergie, et la fabrication de produits haut-de-gamme en partie destinés à l’export où subventionnés par l’appareil central ou les pouvoir locaux, leurs avantages de prix sont imbattables.
Quand, au-delà des discours officiels, on interroge les responsables chinois sur le hiatus entre le discours de coopération « gagnant-gagnant » et son nationalisme auto-suffisant, tous répondent que, comme dans le cas de sa décision de construire une station spatiale indépendante à l’écart de l’ISS, Pékin ne fait que réagir aux ostracismes infligés à la Chine par les États-Unis. Ce qui n’est pas tout à fait faux.
Enfin, le dernier domaine où les actions de la Chine contredisent de manière flagrante son discours de coopération pacifique universelle sont les théâtres de la mer de Chine du sud et du détroit de Taïwan.
Une rigidité impériale sans nuance.
L’obsession impériale en mer de Chine du sud méprisant le droit de la mer, et le projet dogmatique et sans nuances de réintégrer Taiwan au sein de la Chine continentale contre la volonté de la majorité des Taiwanais émancipés ont enfermé Pékin dans un dangereux piège stratégique. Articulé à la rivalité dogmatique avec l’Occident démocratique, il a poussé la Chine à se rapprocher de la Russie, de l’Iran et de la Corée du Nord, dans un mouvement à l’exact opposé des principes de prudence stratégique réfutant les alliances, prônés par Deng Xiaoping, il y a plus 36 ans, au lendemain des raidissements meurtriers du Parti le 4 juin 1989 sur la place Tian Anmen.
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Vers l’Île de Taïwan, sans considération pour l’opinion et les scrutins électoraux qui, pour Pékin, sont un « trou noir » politique, la Chine de Xi Jinping, considérant que la réunification est le seul destin possible des Taïwanais, a récemment augmenté ses harcèlements militaires.
Organisant régulièrement des exercices aéronavals d’envergure dans le Détroit, son intention, à mille lieues des promesses d’apaisement, est de simuler un blocus de l’Île pour la contraindre à abandonner progressivement le statuquo et se résoudre à se placer sous la souveraineté de Pékin.
En mer de Chine, Pékin agit par une stratégie de contrôle progressif pour, en violation du droit de la mer, affirmer sa souveraineté sur 80% de ce vaste théâtre maritime 1,4 fois plus vaste que la Méditerranée (3,5 contre 2,5 millions de km2).
Au total la fuite en avant impériale peut être analysée de deux manières non exclusives l’une de l’autre.
Se réclamant du passé y compris de la vision de Tchang Kai-chek qui, en 1947 avait publié la « Ligne en 11 traits » (aujourd’hui réduite à huit) revendiquant la souveraineté sur toute la mer de Chine et en même temps de l’Empire Qing (1644-1911) qui s’était rendu maître de Taiwan en 1683, elle entretient à contretemps de la marche du monde, des tensions avec tous les riverains du Pacifique, contredisant le discours d’apaisement de l’appareil à Davos.
En même temps, la contradiction pourrait signaler une fragilité doctrinale de Xi Jinping.
Ayant lui-même articulé son discours sur la montée en puissance de la Chine 中国崛起, en réaction hostile aux humiliations subies par les Qing au XIXe siècle, le nº1 chinois a radicalement tourné le dos aux conseils de prudence internationale de Deng Xiaoping, 韬光养晦 - cachez vos éclats et cultivez l’ombre – qui préconisait la modestie stratégique.
Aujourd’hui, alors que contrairement à l’opportunisme pragmatique de Deng Xiaoping qui se méfiait des alliances, il s’est ostensiblement rapproché de la Russie, de l’Iran et de la Corée du Nord, le voilà pris au piège d’une posture internationale dangereusement agressive et sans marge de manœuvre dont il aura du mal à se défaire vis-à-vis de l’opinion publique chinoise dont il a lui-même enflammé le nationalisme.
Note(s) :
[1] Fondé en 1971 par l’ingénieur et économiste allemand Klaus Schwab, le Forum portait l’espoir que la coopération renforcée en matière de sécurité, d’interdépendance économique, de cohérence institutionnelle et de gouvernance commune pourrait prévenir un nouveau conflit mondial et promouvoir une paix et une prospérité plus durables, tout en servant les intérêts des États-Unis qui, à l’époque, fondaient la marche du « monde libre ».
C’était en pleine guerre froide, après la guerre de Corée, première dissonance du mythe de l’invincibilité de l’Amérique, trente ans avant le cataclysme du 11 septembre 2001, mais à seulement cinq années des déboires militaires américains au Vietnam, suivis, trois années plus tard, de l’humiliation de l’administration Carter par les Ayatollahs iraniens, et plus récemment, sous Biden, par le retrait en désordre d’Afghanistan en août 2021, sans parler de la dizaine de récessions récurrentes depuis 1945 et des crises internes que furent les conflits raciaux et l’affaire du Watergate.
[2] Étaient notamment absents : Xi Jinping (Chine), Narendra Modi (Inde), Lula Da Silva (Brésil), Pedro Sanchez (Espagne, retenu par l’accident de train du 18 janvier), Mette Frederiksen du Danemark, Keir Starmer, Goirgia Meloni et enfin, Mohamed Ben Salman dont la stratégie explore une voie médiane entre la rémanence historique des liens avec Washington et ceux avec Pékin qui le courtise (lire : Un vent chinois s’est levé au Moyen Orient).
Pour expliquer la raison des défections, il est facile d’imaginer que les absents avaient été choqués par la violence du discours de Trump en vidéo lors de la session 2025 du Forum. Lire : Chine - États-Unis. La variable Trump et les talents chinois de stratégie oblique. Au passage, contrairement aux analyses qui les nient, l’article évoquait déjà les « stratégies obliques chinoises » au Mexique et au Groënland, bien réelles.
Quant à Antonio Guterres, Secrétaire Général de l’ONU, également absent cette année à Davos, après s’être fait porter pâle, il est logique d’imaginer que l’élitisme sélectif du « Conseil de la paix », proposé comme un substitut à l’ONU pour superviser le cessez-le-feu et la reconstruction de Gaza et contrôlé à vie par D. Trump, sans contrepouvoir réel, y compris après ses mandats, - sauf incapacité mentale ou physique - et moyennant le versement de plus d’Un milliard de $ de contribution pour les membres permanents, le rend mal à l’aise.
D’autant que le préambule de la Charte du « Conseil de la paix », désormais vu comme une institution pérenne valable pour toute la planète et non plus seulement à Gaza, mentionne explicitement l’ONU comme une « institution qui a trop souvent failli. »
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