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›› Politique intérieure
La chute énigmatique et embarrassante du Général Zhang Youxia, premier militaire du pays
Zhang Youxia à l’époque de sa puissance le 29 août 2024, accueillant sereinement Jack Sullivan, Conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis de Joe Biden, au bâtiment Ba YI, siège de la Commission Militaire centrale dans le district de Haidian au Nord-ouest de Pékin.
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Choquant la plupart des observateurs, le 24 janvier, le ministère chinois de la Défense annonçait l’ouverture d’une enquête pour « graves violations de la discipline du Parti », visant le général Zhang Youxia张又侠, 75 ans, 1er vice-président de la Commission Militaire Centrale (CMC) et le général Liu Zhenli 刘振立, 61 ans, ancien commandant des forces terrestres (de juin 2021 à septembre 2022) et ancien chef de l’état-major interarmées.
La structure de l’état-major interarmées, maillon capital de la modernisation de l’APL voulue par Xi Jinping en 2016, est chargée, au sein de la CMC, des études, de la planification, de la préparation des unités et du soutien aux forces, en lien direct avec les cinq commandants des théâtres opérationnels eux aussi créés par la réforme de 2016 (lire : Vaste réorganisation des forces armées).
La chute de Zhang Youxia, marquée par la brutalité, sans l’habituelle phase opaque de la disparition de l’intéressé « secrètement avalé » par l’appareil avant la nouvelle publique de sa mise en examen, est aussi enveloppée du drame déconcertant du soupçon de félonie d’un très proche allié de Xi Jinping avec lequel la proximité date de leur enfance commune de « fils de princes » dans le sérail protégé de Zhong Nan Hai.
Alors que, comme celle de Xi Jinping, la famille de Zhang, son aîné de trois ans, est issue de la région de Weinan au Shaanxi, 60 km au nord-est de Xi’an, les deux ont grandi à l’ombre de leurs pères, Xi Zhongxun et Zhang Zongxun qui furent camarades de combat pendant la guerre civile.
La mise en examen de Zhang Youxia et Liu Zhenli de onze ans son cadet qui signe leur mort politique, frappe aussi deux officiers ayant eu l’expérience, aujourd’hui très rare dans l’APL, du combat lors des guerres contre le Vietnam en 1974 et 1979 pour Zhang et en 1986 pour Liu Zhenli.
Au total, il ne fait aucun doute qu’en octobre 2017, lors du 19e Congrès du Parti, correspondant au début du deuxième mandat de Xi Jinping, Zhang avait dû sa nomination au poste de Vice-président de la CMC et au Bureau politique, à cet ensemble de raisons, catalysant à la fois sa proximité d’enfance avec Xi Jinping, sa loyauté politique au président, sa connaissance approfondie de l’APL, y compris au sein du très sensible département général de l’armement (2012-2016) et sa rare expérience du combat, faisant de lui une figure respectée par ses pairs de l’APL.
Mais dans ce contexte contradictoire où la destitution brutale du premier militaire du pays percute de plein fouet un passé de complicités familiales, l’opacité de l’appareil chinois est telle que les vraies raisons de la destitution ne sautent pas aux yeux.
Le 26 janvier dans une longue analyse prudemment conclue par « nous ne savons pas » pour l’Institut Montaigne, François Godement explorait les arcanes scabreux de la secousse.
A cet effet, il rappelait même le mystère délétère de la disparition brutale de Lin Biao en septembre 1971 d’abord longtemps cachée par le régime et symbole emblématique de l’hermétisme manipulateur du régime dont chacun sait qu’il est loin d’avoir disparu.
Ministre de la défense et premier Vice-président du Parti, puis successeur désigné de Mao, alors que Liu Shaoqi et Deng Xiaoping étaient écartés, Lin Biao joua un rôle crucial, aux ordres de Mao, dans la remise en ordre répressive du pays et des « gardes rouges » pendant la révolution culturelle.
Après quoi, il suscita la défiance de Mao qui, jaloux de son audience dans le Parti, l’aurait fait éliminer en attribuant sa mort à un accident fortuit de l’avion à bord duquel il fuyait vers l’URSS, après un coup d’État manqué.
Alors que la thèse de l’assassinat dans l’enceinte même de Zhong Nanhai gagne en crédibilité chez nombre d’historiens, une version plus brutale de l’accident d’avion avance que l’appareil transportant Lin Biao vers Moscou, aurait été abattu par un tir de missiles sur ordre de Mao ou de Zhou En Lai.
Tout comme l’affaire Lin Biao, l’élimination de Zhang suscite des rumeurs de rébellion. Tout le monde en parle avec plus ou moins de sérieux. Le 24 janvier, un article du Wall Street Journal faisait même état d’une très improbable et très rocambolesque fuite de secrets nucléaires vers les États-Unis organisée par Zhang.
En même temps, le journal, repris le même jour par le South China Morning Post, avançait que Zhang aurait accepté d’importantes sommes d’argent en échange de la promotion de fonctionnaires favorisant au passage un réseau d’influence sapant l’unité du parti et de Xi Jinping.
Xi Jinping l’autocrate hanté par l’exigence de la prévalence absolue du parti.
Deux figures qui furent éliminées par Xi Jinping. A gauche Hu Chunhua, opposant sèchement écarté du Bureau Politique en 2022. A droite son ami d’enfance, le général Liu Yuan, fils de Liu Shaoqi et de Wang Guangmei, poussé sur une voie de garage en 2016.
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Au milieu de ce brouillard, il est cependant possible en examinant la trajectoire de carrière et le style politique de Xi Jinping de dégager au moins deux constantes. La première est qu’il ne supporte pas la concurrence au sein de l’appareil, ni même la critique.
La deuxième renvoie à ses convictions bien ancrées et visibles depuis son accession à la tête de l’appareil à l’automne 2012. Pour être modernisée en une force apte au combat, l’armée chinoise doit être débarrassé de ses passe-droits d’État dans l’État et nettoyée de la gangrène de corruption qui la mine.
En somme, la modernisation de l’APL suppose d’abord de nettoyer les écuries d’Augias et d’inverser le paradigme maoïste valable pendant la guerre civile « Le pouvoir est au bout du fusil - 枪杆子里面出政权)- ». L’objectif, somme toute vertueux, est de remplacer le slogan par celui que, Mao lui-même, un fois installé au pouvoir avait inscrit dans son « Petit Livre rouge » publié en 1964, « Le Parti commande aux fusils 党派指挥步枪. ».
Certes, le paradigme se rapproche de celui en vigueur dans tous les États modernes selon lequel l’armée doit se placer sans murmures aux ordres du pouvoir politique. Avec cependant dans la Chine telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, l’important hiatus, source de conflit avec certains chefs militaires, que l’Armée Populaire n’est par l’armée de la Nation, mais du Parti.
Plus encore, la dissonance avec la relation armée-nation en vigueur dans les démocraties est qu’aujourd’hui en Chine, l’APL est aux ordres d’un appareil incarné sans nuance depuis 2012 par Xi Jinping ayant tourné le dos aux conseils de prudence de Deng Xiaoping qui, après le radicalisme maoïste, ferment de vastes catastrophes, prônait la collégialité du pouvoir et le rejet du culte de la personnalité.
L’élimination sans nuance des critiques, même parmi ses fidèles proches, est une des constantes les plus connues du style politique autocrate de Xi Jinping. Elle transparait clairement dans la composition de l’actuel Bureau Politique où il apparait que la loyauté politique à sa personne fut un élément clé de ses choix.
En octobre 2022, lors du 20e Congrès du Parti qui autorisa par un vote presque unanime la reconduction de Xi Jinping pour un troisième mandat après la modification constitutionnelle de mars 2018, Hu Chunhua alors jeune et brillant membre très en vue du Bureau Politique, avait fait les frais de la tendance de Xi Jinping à éliminer les concurrents pouvant lui faire de l’ombre.
Ancien Vice-premier ministre du cabinet de Li Keqiang et ancien nº1 en Mongolie intérieure et à Canton, émule de Hu Jintao, appartenant à la mouvance rivale de la Ligue de la jeunesse, Hu Chunhua avait été sèchement écarté du Bureau politique, alors qu’à l’époque, à 60 ans, il figurait encore parmi les plus jeunes et, résultats à l’appui notamment à Canton, les plus talentueux de l’élite politique chinoise.
Un autre exemple d’élimination de possibles concurrents par Xi Jinping, cette fois non parmi ses adversaires comme Hu Chunhua, mais parmi ses très proches camarades, est son ami d’enfance Liu Yuan fils de Liu Shaoqi et Wang Guangmei, avec qui il avait, de 1960 à 1969, fréquenté l’école de l’APL « Ba Yi » n°25 à Pékin. Promu général en 2003, Liu Yuan devint le Commissaire politique adjoint du département de logistique de la Commission Militaire Centrale.
Après quoi on le retrouve Commissaire politique de l’Académie des Sciences militaires de 2005 à 2011. Au sommet de la hiérarchie des officiers généraux depuis 2009, il joua un rôle éminent dans la lutte contre la corruption dans les armées, en particulier dans la chute de Xu Caihou, le tout puissant qui fit fortune en monnayant les promotions de ses subordonnés.
Pourtant, alors qu’il était pressenti pour intégrer la future Commission de discipline de l’APL réformée par Xi jinping, il a pris sa retraite en 2015, à l’âge de 65 ans. En 2016, il a été nommé vice-président de la Commission des affaires économiques et financières de l’Assemblé Nationale. C’était une voie de garage, tout comme celle concédée à Hun Chuhua, nommé en 2023, Vice-président de la Conférence Consultative du Peuple chinois.
François Godement cite aussi le jeune, brillant et très nationaliste Qin Gang.
En juillet 2023, après moins de sept moins au poste de Ministre des Affaires étrangères où il avait été promu par une ascension fulgurante voulue par Xi Jinping lui-même, il fut limogé sans état d’âme pour inconduite, après le scandale de sa liaison adultère avec Fu Xiaotian, la vedette très occidentalisée de Phoenix TV (lire : Destitution de Qin Gang. Une brutalité suspecte).
Le fait est que depuis son accession au pouvoir en 2012, Xi Jinping a orchestré une vaste et impitoyable campagne anticorruption qui a déjà sanctionné plus d’un million de fonctionnaires. Une récente étude de la BBC révèle que plus de 170 ministres et vice-ministres ont été limogés et nombre d’entre eux emprisonnés sous son mandat, accusés de corruption, de malversations et de violation de la discipline du Parti.
Mais s’il est exact que le prétexte de corruption est souvent avéré décrit par certains comme une fatalité culturelle dont les exemples fourmillent dans la bureaucratie impériale, quand d’autres l’analysent comme la conséquence de dysfonctionnements structurels de l’appareil, l’absence de séparation des pouvoirs produit mécaniquement une collusion entre d’une part l’éthique d’une répression nécessaire et vertueuse et d’autre part la tentation d’éliminer les opposants presque toujours après une dénonciation anonyme.
(A ce sujet lire nos deux analyses déjà anciennes explorant les débats en Chine même sur la corruption endémique du système. Sans prétendre à une conclusion définitive, ils abordent le difficile sujet des causes structurelles de la corruption liées a l’organisation du pouvoir (Réflexions sur les origines de la corruption et ses remèdes & Guerre contre la corruption : le Parti s’interroge sur lui-même).
Dans le cas de Zhang Youxia on se gardera d’éliminer l’hypothèse de sa corruption d’autant qu’il a exercé durant presque cinq années (octobre 2012 - août 2017) des responsabilités à la tête du « département général de l’armement » de l’APL, puis du « Département du développement des équipements de la Commission Militaire Centrale » qui, par destination même de leurs missions de modernisation des forces, brassent de considérables sommes d’argent.
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Nettoyer les écuries d’Augias.
Xu Caihou à gauche et Guo Boxing deux figures parmi les plus corrompues éliminées par Xi Jinping. Le premier est décédé d’un cancer de la vessie ; le 2e est en prison à vie.
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A son arrivée à la tête de l’appareil en 2012, Xi Jinping fut confronté à la puissance politique, d’État dans l’État de la commission militaire centrale d’autant plus intouchable que de 1983 à 1990, elle avait servi à Deng Xiaoping de position retranchée pour extraire le pays du radicalisme idéologique de Mao.
Le « Petit Timonier » navigua d’abord habilement entre, d’une part, les tenants de la ligne politique inflexible comme Li Peng, Chen Yun et Yang Shang Kun alors président de la République, et d’autre part, les forces prônant la sincérité et l’ouverture dont le flambeau fut Hu Yaobang. (lire : L’obsédant héritage de Hu Yaobang) ou Zhao Ziyang (lire : Le défi d’outre-tombe de Zhao Ziyang menace-t-il le Parti ?).
Mais la conscience marxiste-léniniste inflexible de Deng, garante de l’absolu « rôle dirigeant du Parti », le poussa le 4 juin 1989 à une extrémité dont le souvenir hante toujours les militaires chinois. Il noya dans le sang par l’engagement brutal sur la place Tian An Men de l’équivalent d’une division blindée, la protestation des étudiants qui, à la suite de la mort de leur mentor Hu Yaobang, le 15 avril 1989, réclamaient la 5e modernisation démocratique du pays.
Presqu’un quart de siècle plus tard, à son arrivée à la tête du Parti à l’automne 2012, Xi Jinping trouva le pouvoir parallèle de l’armée, resté intact. Plus encore, il avait proliféré sans mesure dans tout le pays par un enchevêtrement d’innombrables tentacules affairistes.
Sous Jiang Zemin et Hu Jintao écrit le général Henri Eyraud ancien Attaché de Défense à Pékin, auteur de « La réforme autoritaire » Ed. Bleu de Chine, 2001, créateur de Question Chine, « Les régions militaires et les grandes unités de l’ALP se sont lancées sans limites dans des activités commerciales et de services de grande envergure. » (…), extrait de « L’armée chinoise au cœur du système » (avril 1997) (lire : L’armée chinoise au coeur du système).
(…) Henri Eyraud poursuit son constat funeste révélant le fossé existant entre l’APL et une armée moderne, normalisée et professionnelle : « L’armée de l’air créait les nouvelles sociétés de transport aérien civil, la marine, des sociétés de transport fluvial et de cabotage, l’armée de terre des entreprises de travaux publics ou de transport. Toutes essayaient d’investir dans les industries de transformation et les technologies nouvelles, plus récemment encore dans le développement des réseaux de téléphone mobile. »
« Tout étant permis, l’armée et la police développèrent aussi – surtout dans le Sud – certaines activités plus discutables, voire franchement inavouables : hôtellerie, bars karaoké, contrôle de réseaux de prostitution ou de contrebande, etc. »
Ainsi décrite, la situation conduisit logiquement Xi Jinping, le 15 mars 2014, à la brutale offensive publique de l’arrestation télévisée de général Xu Caihou, 徐才厚, Vice-président et Chef du département politique de la Commission Militaire Centrale, alors qu’il se mourrait d’un cancer de la vessie à l’hôpital militaire 301, dans le district de Haidian au nord-ouest de Pékin (lire : Coup de balai à la tête de l’APL).
La spectaculaire arrestation de Xu Caihou, fut suivie en février 2015, par la mise en examen pour corruption du Général Guo Boxiong 郭伯雄 déjà à la retraite depuis 2013.
Lui aussi avait été membre du Bureau Politique et premier militaire du pays au poste de Vice-Président de la CMC (2003-2013), après avoir servi à la tête de grandes unités opérationnelles, y compris le 47e groupe d’armées, comptant 90 000 hommes, dont le cœur est à Lanzhou. A ce titre, preuve qu’il avait la confiance de la hiérarchie, il avait la charge de la défense du nord-ouest et de la vigilance contre « les séparatistes » qui désignent le Xinjiang comme le Turkestan oriental, pourtant complètement passé sous la domination des Qing (1644-1911) en 1750.
En somme la destitution brutale de Zhang Youxia est un des points d’orgue de la normalisation de l’APL en force militaire opérationnelle moderne voulue par Xi Jinping soucieux de la dépouiller de son pouvoir occulte retranché au sein de la Commission Militaire centrale.
La CMC réduite à néant. Dangereuse fuite en avant.
Le général Zhang Sheng Min est le seul survivant de la CMC. Nommé le 23 octobre 2025, Commissaire politique de longue date, sa fonction n’est pas opérationnelle mais disciplinaire. Sa mission traquer les corrompus et le manque de loyauté à Xi Jinping.
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Après la récente vague de destitutions spectaculaires (Li Shangfu, Ancien ministre juin 2024, He Weidong ancien Vice-président de la CMC et Miao Hua Amiral Directeur du département politique de la CMC, tous deux révoqués en octobre 2025 et Zang Youxia et Liu Zhenli destitués dans la même charrette en janvier 2026), la Commission Militaire Centrale, creuset de l’ancien pouvoir occulte au sein de l’APL vidée de ses membres, est réduite à la portion congrue d’un seul survivant.
Encore s’agit-il du Général Zhang Shengmin 张升民, 68 ans, nommé le 23 octobre 2025, par Xi Jinping pour dénoncer ses pairs, alors que le Bureau Politique lui-même a, au passage de ce vaste coup de balai, été débarrassé des deux seuls militaires présents Zhang Youxia et He Weidong, aujourd’hui aux arrêts avec tous les autres.
Après une carrière presque exclusivement centrée sur la fonction de Commissaire politique de la force missiles (ancienne 2e artillerie), Zhang Shangmin est le seul rescapé de la purge. Cumulant désormais les fonctions de premier militaire du pays et de Secrétaire de la Commission d’inspection disciplinaire de la CMC, il est à l’origine de la dernière vague de destitutions.
L’obsession de Xi Jinping qui, sans y parvenir, vise depuis douze ans à nettoyer complètement l’APL de toute trace de corruption dans le but d’en faire une force moderne et fiable aux ordres du Parti, porte en elle, par la répétition scabreuse et désespérante des destitutions, le poison délétère de la défiance généralisée qui ne peut que miner la cohésion et l’efficacité au combat des armées chinoises.
Le 26 janvier, Deng Yuwen, 邓聿文 politologue chinois, essayiste, ancien éditeur du Study Times 学习时报 organe officiel de l’École Centrale du Parti, contraint de se réfugier avec sa famille aux États-Unis, après avoir écrit que la Chine devrait abandonner son soutien à la Corée du Nord, faisait le point dans « Forgeign Policy », des probables effets néfastes des purges incessantes.
Il relevait notamment que cette fois, l’accusation renvoyait non seulement à la corruption dont il reconnait lui-même qu’elle est endémique, mais surtout à une lutte de pouvoir avec Xi Jinping lui-même dont la réalité est clairement apparue dans un communiqué du porte-parole de l’APL.
Pour ce dernier qui s’exprimait au nom de la hiérarchie alignée sans réserve au Parti, Zhang et Liu avaient « gravement bafoué et sapé le système de responsabilité ultime qui incombe au président de la CMC » et, par la même ils ont menacé « le leadership absolu du Parti sur les forces armées ». Tout est dit ; Xi Jinping qui ne tolère aucune critique se sentait menacé dans son pouvoir absolu.
Une rupture de l’armée avec Xi Jinping ? A propos de Taiwan ?
La question essentielle restée opaque est quel était l’objet de cette dissension entre les chefs militaires et Xi Jinping ?
Nombre d’analystes qui sans preuves tangibles, tentent de lire dans les feuilles de thé, avancent que Zhang Youxia et Liu Zhenli, deux militaires ayant connu l’expérience du feu faisaient, à l’inverse des jeunes turcs va-t’en guerre, partie des responsables militaires ayant régulièrement mis en garde contre les risques de l’agressivité de l’APL dans le Détroit de Taïwan et en Mer de Chine du sud.
L’hypothèse a déclenché des avalanches de commentaires sur les risques aggravés ou non de conflit dans le Détroit. La mise à l’écart des officiers les plus pragmatiques opposés à une action de force pourrait en effet ouvrir une période d’incertitude et accroitre les risques d’une erreur de jugement, par des « jeunes turcs » courtisans aux tendances belliqueuses attisées par le refus du Président taïwanais, Lai Qing De de reconnaitre le consensus d’une seule Chine.
La décision finale appartiendra à Xi Jinping dont il n’est pas certain que, sans le secours de ceux qu’il vient d’éliminer, il puisse résister aux va-t’en guerre. Heureusement il lui restera le garde-fou de la cohorte des retraités qui pourraient modérer tout aventurisme.
Enfin, pour sortir de la pensée à la fois désespérante et insultante que toutes les hiérarchies militaires chinoises ne seraient que corrompues, dépourvues de la moindre conscience nationale, et même de l’éthique des exigences militaires à l’égard des ordres dangereux du pouvoir politique, il faut se souvenir de la rébellion des généraux de l’APL qui refusèrent d’intervenir à Tian AnMen contre les manifestants, le 4 juin 1989.
Souvenir de quelques chefs rebelles lucides.
Extrait de la vidéo devenue virale du procès en cours martiale du général Xu Qinxian 徐勤先 qui, le 4 juin 1989, refusa d’engager la 38e armée dans Pékin. Elle circule sous le titre 抗命军 长 – le général qui a refusé les ordres.
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Le 18 mai 1989 le général Xu Qinxian 徐勤先 commandant le 38iéme Armée stationnée dans les faubourgs de Pékin, décédé en 2021 à l’âge de 81 ans avait refusé d’engager ses troupes contre les étudiants.
A son procès il avait déclaré : « L’armée populaire n’a jamais été utilisée pour réprimer le peuple dans son histoire, je refuse absolument, préférant être décapité plutôt que de devenir un criminel de l’histoire. » Il avait été aussitôt été demis de son commandement et condamné à cinq ans de prison.
Il ne fut pas le seul. Le 20 mai sept généraux dont six à la retraite et un en activité signèrent une pétition demandant que l’APL n’entre pas dans Pékin. Tous étaient des hommes d’expérience ayant eu d’éminentes responsabilités dans l’APL. Certains avaient connu la Longue Marche, la plupart la guerre civile, la lutte contre le Japon. Certains la guerre de Corée.
Il s’agissait de Zhang Aiping, ancien ministre de la Défense, Yang Dezhi, ancien chef d’état-major, suivis des généraux Ye Fei, ancien commandant de la marine et gouverneur du Fujian, Xiao Ke, ancien vice-ministre de la défense et très respecté Directeur de l’académie militaire, Chen Zaidao, ancien commandant de la région militaire de Wuhan, Song Shilun ancien président de l’Académies de Sciences Militaires, vétéran de la guerre contre le Japon, de la guerre civile et de la guerre de Corée, et Li Jukui, vétéran de la Longue Marche, ancien ministre du pétrole.
Le plus malin fut le jeune général d’active Xu Feng Commandant de la 116e division de le 39e Armée. Sans opposer un refus catégorique, mais feignant une panne radio pour éviter les ordres de ses supérieurs, il n’a pas mené ses troupes dans le centre de Pékin. Il avait quand même été démis de ses fonctions.
Enfin, relançant en Chine le débat sur la légalité des ordres militaires et le dogme souvent contesté dans l’histoire récente de l’allégeance de l’APL au Parti plutôt qu’au peuple et à la Nation, en novembre 2025, un anonyme a mis en ligne les six heures de vidéo du procès en cour martiale du général Xu Qinxian en 1990.
Alors que 37 ans après, les discussions sur le massacre de Tian Anmen par l’APL, sont toujours strictement censurées, le pavé dans la marre a mis mal à l’aise le dogmatisme rigide du parti.
Une des réponses du Général Xu que l’actuelle direction politique pourrait méditer fut parlant des manifestants de Tian An Men « Je voulais que cela se gère mieux » (…) « Qu’on le règle correctement, qu’on évite le conflit, qu’on évite l’effusion de sang. [Mais] vous avez amené des armes, des chars, des véhicules blindés, des mitrailleuses. »
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