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›› Chine - monde

Tir inédit d’un missile intercontinental à partir d’un SNLE. Un défi à l’Amérique

Le 6 juillet, la marine chinoise a, pour la première fois, procédé au tir d’essai d’un missile stratégique lancé depuis un sous-marin en direction de l’océan Pacifique. Selon des sources officielles japonaises, l’essai a eu lieu en dépit des exhortations de Tokyo invitant Pékin à s’abstenir.

Dans la foulée, la Chine déclarait que l’essai du missile, ultérieurement identifié comme un JL-2 (8000 km) ou un Jl-3 (10 000 km) (JL pour 巨浪Ju Lang - vague géante -) qui s’inscrivait dans le cadre d’entrainements annuels de routine, avait atteint sa cible, après que les riverains aient été informés au préalable.


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Tous les observateurs de la Chine ont relevé le tir du missile balistique Ju Lang-2 ou 3 巨浪 - « vague géante » portant une tête nucléaire inerte effectué le 6 juillet par la Chine.

Tiré depuis le golfe de Bohai au Nord de la péninsule du Shandong, à partir d’un sous-marin nucléaire lance engins (SNLE) de la classe Jin (Type OTAN 094), sa course s’est achevée 7500 km plus loin, dans le Pacifique Sud entre Hawaï et l’Australie, après avoir survolé le Japon et les Philippines (lire la montée en puissance de la marine chinoise : Rapide montée en puissance de la flotte de combat.).

Mais rares sont ceux ayant relevé que le tir du missile stratégique dont la portée estimée entre 9000 et 12 000 km pourrait atteindre le territoire américain, a été effectué moins d’un mois après que les forces armées taïwanaises avaient, le 10 juin, pour la première fois de leur histoire, ouvert le feu en tir réel en direction du détroit de Taïwan et de la Chine avec un système HIMARS, fourni par les États-Unis.

Au cœur des derniers projets de livraisons d’armes américaines à l’Île que Donald Trump en pleine négociation avec Xi Jinping avait retardées au printemps, le système HIMARS (High Mobility Artillery Rocket System) est un lance-roquettes multiple mobile, aérotransportable, monté sur camion peu sensible aux contre-frappes, dont la première qualité est sa précision.

D’une portée de 300 km largement suffisante pour toucher le Continent par-dessus le Détroit, les missiles, chacun directement guidé par GPS, ont une précision de quelques mètres. Réduisant les risques de dommages collatéraux, leur faible marge d’erreur les rend aptes à des frappes chirurgicales en profondeur contre des dépôts logistiques et des centres de commandement.

La carte sauvage taïwanaise.

Le 10 juin 2026, l’armée taiwanaise a procédé à des exercices à tirs réels avec ses systèmes de lance-roquettes multiples à haute mobilité (HIMARS) M142, récemment vendus à l’Île par Washington. Effectuées à partir de la côte ouest, les salves étaient dirigées vers le Détroit et le Continent. Photo du ministère de la Défense nationale de Taïwan.


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L’emploi des HIMARS dont les tirs ont pour la première fois été dirigés vers la Chine est d’autant plus sensible pour l’appareil chinois logiquement opposé à toute vente d’armes américaines que les « Trois communiqués conjoints » - 1972 - 1982 promettaient de les réduire (déclaration de Washington lors du 3e communiqué). Lire : ‚Les nouvelles eaux mal balisées de la question de Taïwan.

Facteur aggravant pour Pékin qui semble regretter les effets directs de ses menaces d’invasion (lire : Dans le détroit, la tension monte), les HIMARS vendus par les Américains ont été mis en œuvre lors d’un exercice de grande ampleur centré sur Taichung située sur la côte ouest, simulant la réaction de l’Île à une invasion amphibie.

La séquence lancée le 10 juin par les tirs réels des lance-roquettes de précision taïwanais d’origine américaine dirigés contre la Chine - l’armée taïwanaise avait pris la précaution de brider la portée des armes - suivie le 6 juillet par le tir chinois d’un missile balistique tombé dans le Pacifique Sud - peut donc être interprétée de deux façons qui toutes deux visent l’Amérique.

D’abord comme une réaction aux ventes d’armes américaines sophistiquées à l’Ile ; ensuite comme une démonstration de la puissance militaire chinoise y compris au plus haut niveau stratégique d’une dissuasion nucléaire à partir d’un sous-marin, affirmant ainsi sans réserve sa présence rivale de celle des Etats-Unis, dans le Pacifique.

Défi à Washington et inquiétude de ses alliés.

Le missile balistique JL-3 présenté lors d’une parade militaire à Pékin. Photo Reuters publiée par The Economist du 6 juillet.


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En septembre 2024, la Chine avait déjà lancé un missile intercontinental équipé d’une ogive nucléaire d’exercice depuis son territoire en direction du Pacifique Sud. Premier essai d’un tir intercontinental au-dessus des eaux internationales hors de ses frontières, depuis mai 1980 [1], le tir était tombé dans la zone de la Polynésie française.

Cette fois l’essai a été effectué à partir d’un SNLE signalant un progrès significatif de l’arsenal nucléaire chinois en cours de montée en puissance à la fois quantitatif avec, selon le Pentagone et le SIPRI, 620 ogives en 2026 (contre environ 200 en 2000, mais toujours très loin des plus de 5000 têtes américaines et russes) ; et qualitatif avec la mise en œuvre de la composante sous-marine qui garantit en toutes circonstances une capacité de riposte.

C’est peu dire que le tir balistique chinois a créé une émotion dans une région qui par ailleurs avait par le Traité de Rarotonga (signé en 1986 par l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les Fidji et le Vanuatu) interdit à ses membres « la fabrication, l’essai, l’utilisation et la possession d’engins explosifs nucléaires, ainsi que le déversement de déchets radioactifs. »

Après le tir chinois du 6 juillet que l’APL a faussement qualifié de « tir de routine », puisqu’il est une première, les critiques n’ont pas manqué.

Elles vinrent logiquement d’abord du Département d’État américain qui fustigeait l’opacité de la montée en puissance rapide de l’arsenal nucléaire chinois ; du MAE néozélandais, Winston Peters qui évoquait « une évolution indésirable et préoccupante dans une zone exempte d’armes nucléaires. » ; du ministère japonais de la défense qui exprima « de vives inquiétudes » et, en même temps, confirma les rumeurs selon lesquelles il avait tenté de dissuader Pékin d’effectuer le test ;

Du ministère philippin de la défense qui, au passage, n’a pas manqué l’occasion d’accuser Pékin de se livrer à des actions coercitives dans des zones maritimes disputées (lire : Dangereuse escalade en mer de Chine du sud) ;

Du MAE taïwanais enfin, qui publia un communiqué accusant Pékin d’utiliser le prétexte de la modernisation de sa dissuasion nucléaire pour inquiéter les riverains de la zone pacifique au lieu de contribuer à l’apaisement et à la stabilité.

Seule la Russie déclarait que l’essai relevait du droit souverain de la Chine qui ne menaçait personne.

Avec Moscou, desserrer l’encerclement.

Le croiseur russe lance-missiles « Varyag », à son arrivée à Qingdao avant l’exercice Joint-sea 2026. Il était accompagné de la frégate « Surovy », du sous-marin Kilo « Ufa » et du navire logistique et de secours en mer « Igor Belousov ».


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La réalité est que le tir ICBM du 6 juillet qui fut aussi une semonce adressée à Washington toujours tenté de trahir sa promesse de réduire progressivement ses ventes d’armes à Taiwan, s’inscrit dans la vaste stratégie de la Chine de défier la prévalence américaine dans le Pacifique au-delà de la première chaîne d’îles à l’Est des côtes chinoises.

A cet effet Pékin a considérablement augmenté la puissance de sa marine de combat, devenue la première du monde, dont le nombre de bateaux - 400 navires de surface et sous-marin dont 3 porte-avions opérationnels et un 4e en construction, au moins 6 opérationnels à l’horizon 2040 - dépasse aujourd’hui celui de l’US Navy.

Enfin, il n’est pas anodin que le défi à la prévalence navale américaine s’exprime depuis le 6 juillet, jour du test SNLE tiré depuis le Golfe de Bohai, par des manœuvres navales conjointes annuelles sino-russes baptisées Joint Sea-2026.

Organisées au large de Qingdao, jusqu’au 13 juillet, elles rassemblent côté russe, le croiseur lance-missiles Varyag, la corvette Rezky, un sous-marin diesel et un navire logistique. Côté chinois plusieurs destroyers lance-missiles de dernière génération (dont le Kaifeng et l’Anshan), une frégate, un bâtiment logistique et un sous-marin.

La répétition annuelle des exercices conjoints qui furent parfois aussi tenus en mer baltique, en mer d’Oman et en mer de Chine méridionale, est un signal adressé au rival américain et à ses partenaires de l’Indopacifique, de l’OTAN et de l’AUKUS (traité trilatéral entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis signé en septembre 2021).

Du point de vue de Pékin, les mises en scène régulières des exercices navals réagissent à la multiplication autour de la Chine des emprises militaires de l’Amérique et de ses alliés. Créant pour Pékin, le sentiment d’un étau stratégique insupportable, elles forment, selon les stratèges chinois, trois cercles concentriques.

Au plus près : Le japon, la Corée du Sud, les Philippines ; à distance intermédiaire : Guam, Palau, Îles Mariannes du Nord (territoires américains dits « non incorporés », d’appartenance formelle à l’Amérique où seuls les droits fondamentaux de la Constitution s’appliquent) ; au plus loin : Hawaï, Midway et Diego Garcia dans l’Océan indien.

Note(s) :

[1Après l’essai d’un missile DF-5 tiré vers le Pacifique en mai 1980 à partir de son territoire, Pékin a d’abord cessé pendant 44 ans ses tirs vers le Pacifique. Alors qu’ils avaient continué vers le site de Lop Nor dans le désert du Takla-Makan au Xinjiang, ces derniers avaient repris le 25 septembre 2024 avec le tir effectué depuis l’île de Hainan, d’un missile intercontinental (ICBM) de type DF-31 AG.

La version tous terrains, montée sur un châssis à 8 essieux et 16 roues trahissait déjà le souci de résistance à un tir adverse. Avec le pas en avant des SNLE indétectables en plongée profonde, la force de dissuasion stratégique chinoise s’est dotée d’une capacité de contre frappe protégée d’un tir adverse.

Au passage, on notera que parmi toutes les mers qui entourent la Chine, seule la mer de Chine du Sud offre des possibilités de plongée profonde. Variant entre 2000 et 4000 m, elle garantissent l’indétectabilité des SNLE. Ailleurs, la mer de Chine de l’Est (200 m en moyenne) ou le détroit de Taïwan (moins de 50 m) ne permettent pas une discrétion suffisante.

 

 

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