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›› Politique intérieure

Nouveau voyage au Tibet de Wang Huning, promoteur du pouvoir absolu du Parti

Au-delà de Lhassa, Wang Huning s’est rendu dans la préfecture de Ngari, à l’extrême ouest du Tibet. Il a notamment fait étape aux monastère de Sera et de Tholing (dans le district de Zanda), dans un poste de police ainsi qu’au village de Dianjiao (district de Gar) - un village frontalier « modèle » situé sur la Ligne de contrôle effectif (LAC), face à la localité de Demchok sous contrôle indien.Photo 新闻 联播.


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Du 19 au 22 juillet, Wang Hunning, 王沪宁, 71 ans, nº4 du régime, membre du Comité Permanent et président de la Conférence consultative du peuple chinois (CCPPC) (lire sa courte biographie : Membres du 20e Bureau politique et l’excellent article de Theophile Sourdille (2019) : Wang Hunning, l’architecte « du rêve chinois. » Par Théophile Sourdille. (IRIS)) a effectué un voyage dans la région autonome du Tibet.

Ce n’est pas la première fois que Wang Huning, chargé au Parti des Affaires tibétaines se rend dans la Région Administrative Spéciale (R.A.S).

Il s’y était déjà rendu en juillet 2023 avec Shi Taifeng 石泰峰 actuel nº9 du BP et Président du Front Uni (lire sa bio sur le lien cité plus haut) dont la mission est de coopter et de mobiliser en Chine et hors de Chine, les forces non communistes (huit partis politiques minoritaires, intellectuels, entrepreneurs, personnalités culturelles) pour soutenir la prévalence politique sans partage du Parti Communiste à la tête de la République Populaire.

Cette année-là, les thèmes essentiels de la visite portaient sur le développement économique et social, les rapports de l’appareil avec le Bouddhisme tibétain et, premier souci politique de Pékin, sur l’unité ethnique de la République Populaire.

Wang y était retourné en 2025, à la tête d’une délégation officielle à l’occasion des cérémonies du 60e anniversaire de la création le 1er septembre 1965 de la Région Autonome du Tibet.

Alors que le Dalaï Lama, en exil à Dharamshala en Inde depuis septembre 1959, est vu par les Tibétains comme la réincarnation du Bouddha de la compassion, mais traité par Pékin comme un « dangereux séparatiste », il faut rappeler que la création du statut de R.A.S, il y a 61 ans, à la veille de lancement par Mao de la révolution culturelle en 1966 (lire : « Renverser ciel et terre » Une plongée saisissante dans la tragédie de la révolution culturelle), avait amputé le territoire du Tibet historique de moitié.

Les provinces de l’Amdo et la majeure partie du Kham furent intégrées aux provinces chinoises voisines du Sichuan, du Qinghai, du Gansu et du Yunnan, sous la forme de préfectures et comtés autonomes.

Cette fois Wang Huning qui effectuait sa visite moins de trois semaines après l’entrée en vigueur de la loi sur l’unité ethnique de la République populaire (lire : La loi sur les minorités ethniques, révélatrice des inquiétudes politiques de l’appareil) s’est rendu à Lhasa et a visité la préfecture de Ngari à la frontière de l’Inde et du Népal.

A Lhasa, il s’est adressé aux responsables locaux.

Le gouverneur, Karma Tseten, nommé à ce poste en 2025, il est, depuis la création de la R.A.S, le 15e tibétain de souche en charge de cette fonction.

Par un rappel homonyme troublant compte tenu des circonstances, mais pas exceptionnel dans cette région où seuls les lignées aristocratiques ou religieuses ont des noms de famille, son patronyme issu du Sanskrit - en Chinois Garma Cedain, 嘎玛泽登 - qui, en Tibétain, signifie « Destin » - pour Karma - et « longueur de temps ou de vie » - pour Tseten -, est le nom du fondateur de la dynastie Tsangpa qui, de 1565 à 1642, avait régné sur la région du Ü-Tsang. Bordée au sud par la chaîne de l’Himalaya qui la sépare du Bouthan, du Népal et de l’Inde, elle correspondant à l’actuelle ville préfecture de Shigatse.

Mais comme toujours dans le système politique vertical chinois où tout s’ordonne de haut en bas autour du Parti Communiste, le pouvoir de contrôle de la R.A.S est détenu par le secrétaire du parti local Wang Junzheng 王君正.

A 63 ans, en poste depuis 2021 dans cette région politiquement sensible, il est un homme d’expérience ayant déjà eu diverses responsabilités à la tête du Parti ou au sommet de ses rouages administratifs, dans plusieurs régions importantes.

Notamment de 2016 à 2019, à la tête de la ville « sous-provinciale » de Changchun, 8 millions d’habitants. Bénéficiant d’une autonomie administrative et économique renforcée, elle est la capitale du Jilin dans le Nord-est bordée à son Est par la Corée du Nord.

Avant son poste à Changchun, il avait été vice-gouverneur du Hubei, secrétaire du Parti de Xianyang, ville-préfecture à 25 km au Nord-ouest de Xi’an, à proximité du mausolée du Premier Empereur et avait cumulé les fonctions de maire et de chef du Parti de la ville de Lijiang, à la population de 1 million d’habitant au Nord-ouest du Yunnan.

Juste avant d’être nommé au Tibet, Wang était à la tête des Affaires politiques et juridiques du Xinjiang (2019-2020), une autre région politiquement sensible, avant d’y être nommé nº2 du Parti de 2020 à 2021.

Cette affectation lui vaut d’avoir été sanctionné pour son rôle présumé dans la violation droits humains contre les Musulmans Ouïghour au Xinjiang, par les États-Unis, l’UE et le Canada en compagnie de deux anciens responsables de la province, Chen Quanguo, 陈 全国 (lire : Au Xinjiang, Chen, le très efficace nouveau secrétaire général mêle répression et action sociale directe), ancien secrétaire du parti et Sun Jinlong, 孙金龙, ancien secrétaire du parti du Corps de production et de construction.

Au passage, on se souviendra qu’en juillet 2019 seuls une minorité d’occidentaux accompagnés du Japon avaient mis en cause la Chine à l’ONU pour le traitement qu’elle inflige aux Ouïghour (lire : Controverses globales autour du traitement des Ouïghour. Pékin rallie un soutien hétéroclite et brouille la solidarité des musulmans.

Après la loi du 1er juillet sur l’unité ethnique, la teneur du discours de Wang Huning confirme que pour l’appareil, le statut du Tibet « province autonome » garantissant aux Tibétains une plus grande influence sur les questions politiques et spirituelles, y compris en matière de de croyance religieuse, est devenu une coquille vide.

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Adapter le Bouddhisme tibétain au socialisme chinois

La photo publiée par la chaine publique TIBET.CN montre la cérémonie patronnée par le Parti de remise des diplômes Guéshé Lharampa, le plus haut diplôme universitaire traditionnel de la tradition Gelug, l’une des principales écoles du bouddhisme tibétain, dont le chef spirituel est l’actuel Dalai Lama en exil. Il est souvent comparé à un doctorat en philosophie bouddhique. La présence ostensible de l’appareil communiste au sein de ce rituel exprime la volonté de Pékin de contrôler étroitement les religieux tibétains.


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« La pleine application de la loi doit être garantie » a-t-il martelé. « Il faut continuellement s’efforcer « d’orienter le bouddhisme tibétain vers une adaptation à la société socialiste avec l’objectif de le siniser ». Concrètement, pour Wang Huning, il s’agit d’aligner plus étroitement les pratiques religieuses à la culture chinoise et à la doctrine du Parti communiste.

Le voyage du nº4 du Parti était accompagné d’une campagne de sensibilisation politique visant à attester la longue imbrication religieuse bouddhiste à l’histoire de la Chine.

Dans des images diffusées par la chaîne publique CCTV, on pouvait voir Wang visiter un monastère bouddhiste tibétain et examiner un texte impérial de la dynastie Ming consacré au canon bouddhique, datant de l’Empereur Yongle (1360-1424).

Le 3e souverain des Ming faisait l’éloge du Bouddhisme tibétain et de ses hauts dignitaires dont le 5e Karmapa [1]. Invité à la Cour de Nankin en 1407, il appartenait à l’école religieuse des Bonnets Noirs qui, dans l’histoire fut une réincarnation rivale et historiquement plus ancienne que celle des Bonnets jaunes de l’actuel Dalai Lama.

Des panneaux d’affichage installés dans l’enceinte du monastère appelaient à la sinisation du bouddhisme tibétain et à « renforcer la gestion des temples et des monastères dans le respect de la loi ».

Une puissante rémanence spirituelle.

La photo, publiée par RFI, issue des réseaux sociaux via Reuters, montre le militant en exil Lobga Rangzen de dos brandissant un drapeau tibétain, marchant vers l’immeuble des NU juste avant son geste fatal.


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Pour autant, s’il est exact qu’il est impossible que Pékin desserre son emprise sur le plateau tibétain, à la fois symbole de l’unité nationale, château d’eau de tous les grands fleuves de l’Asie, réservoir des ressources rares (cuivre, lithium, or, chrome, terres rares) et promontoire stratégique à 4000 m d’altitude face à l’Inde, il est aussi peu probable que la mise au pas d’une spiritualité aussi puissante, traversée par de fortes traditions, se fasse sans heurts.

Le dernier symptôme en date de cette lourde rémanence immatérielle et mystique a eu lieu le 2 juillet à New-York dans les parages du siège des Nations Unies.

Renvoyant aux fortes tensions des années 2009 à 2014 durant lesquelles 170 moines, religieuses, fidèles, intellectuels laïcs s’étaient immolés par le feu pour protester contre la chape politique de Pékin (lire : Le Tibet brûle t-il ?), l’activiste tibétain Lobga Rangzen, 52 ans, ancien moine originaire de la région du Kham, en fuite depuis les années 90, refugié aux Etats-Unis depuis 2006, s’est donné la mort en mettant le feu à ses vêtements après s’être aspergé d’essence.

Avant son sacrifice par le feu, il avait lancé un appel aux Tibétains pour les inviter à s’unir pour la liberté du Tibet et pour dénoncer la « loi sur l’Unité ethnique, nouvelle étape de la politique d’assimilation imposée par Pékin ».

Le 6 juillet, l’association International Campagn for Tibet (ICT), publiait le communiqué suivant,

« Depuis près de deux décennies, l’immolation demeure l’une des expressions les plus frappantes du désespoir ressenti par les Tibétains vivant sous le poids de restrictions croissantes visant la liberté religieuse, la langue, la culture, l’identité et les droits humains fondamentaux. » (...)

Les autorités chinoises continuent de réprimer les informations relatives à ces actes de protestation, tout en développant activement des politiques visant l’assimilation forcée des Tibétains, des Ouïghours, des Hongkongais, des Mongols du Sud et d’autres populations non han.

« ICT appelle les gouvernements du monde entier, les Nations unies et la communauté internationale à reconnaître la gravité du dernier appel de Lobga et à répondre de toute urgence à l’aggravation de la crise des droits humains au Tibet. »

Le TIBET n’est pas la Chine.

La photo date du 10 mars 2018. Des membres de la diaspora tibétaine d’Europe s’étaient rassemblés devant l’ONU, à Genève, pour commémorer le 59e anniversaire du soulèvement national tibétain contre l’occupation chinoise. KEYSTONE/Martial Trezzini


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Une autre partie de la déclaration d’ICT affirme « Quoi qu’en dise le Parti communiste chinois, le Tibet n’a jamais fait partie de la Chine. C’est une réalité historique. Le peuple tibétain n’a jamais été, et ne veut pas devenir, une “minorité ethnique chinoise”. Il est un peuple à part entière, avec son histoire, sa langue, sa culture, sa civilisation, sa spiritualité et son identité. »

Et encore cette mise au point sur la violence de l’immolation « Lobga Rangzen n’a ôté la vie à personne d’autre que lui-même. Il fut l’unique victime de son geste. La véritable violence est du côté de la politique colonialiste menée par le Parti communiste chinois contre le Tibet et le peuple tibétain. »

« Cette violence s’exprime depuis plus de 70 ans par l’occupation du Tibet, la répression, les arrestations arbitraires, la surveillance permanente, les restrictions de la liberté religieuse, les internats coloniaux chinois, véritables camps de sinisation, où près d’un million d’enfants tibétains mineurs sont arrachés à leurs familles, souvent par la contrainte, puis déplacés loin de leurs foyers afin de les couper de leur langue, de leur culture, de leur religion et de leur identité tibétaines, la destruction du patrimoine, la sinisation et l’effacement progressif de la langue, de la culture, de la religion et de l’identité du peuple tibétain. »

Par ce message qui dénonce la violence de la sinisation au nom de la cohésion ethnique et politique, ICT met le doigt sur l’ancestrale obsession unitaire datant du 1er Empereur, mais dont le Parti Communiste a fait un dogme inflexible, condition de son pouvoir à la tète du pays. La même radicalité unitaire et impitoyable s’était exercée contre l’intellectuel ouïghour et professeur d’économie Ilham Tohti en 2014 : Condamnation à la prison à vie d’un intellectuel ouïghour.

Note(s) :

[1Il n’est pas anodin de rappeler que, s’il est vrai qu’elles ont aujourd’hui disparu, il y eut dans l’histoire de la religion bouddhiste aux XVIe et au XVIIe siècles de fortes rivalités entre diverses écoles religieuses et monastiques. Elles ne furent pas seulement spirituelles, mais également militaires.

L’école des Bonnets Noirs (Kagyu), la plus ancienne était soutenue par les rois de la région du Tsang. Celle des Bonnets Jaunes (Guéloug), dirigée par le 5ᵉ Dalaï-Lama, s’était alliée au chef mongol Gushri Khan (1582-1655) pour triompher des Bonnets Noirs en 1642.

Aujourd’hui la relation entre les deux courants est harmonieuse au sein du gouvernement tibétain en exil. Mais la mise en scène de Wang Huning pourrait être l’indice que l’appareil entendra s’octroyer le dernier mot dans la reconnaissance des réincarnations après le décès du 14e Dalai Lama.

Ce dernier ayant déclaré à plusieurs reprises que son successeur sera une réincarnation du Bouddha née hors de Chine, on s’achemine peut-être vers une situation où la direction spirituelle du Bouddhisme tibétain aura deux têtes

 

 

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