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Médaille FIELDS pour deux chercheurs chinois. Fierté nationaliste des internautes

DENG Yu 邓 煜 et WANG Hong 王虹 sont les premiers ressortissants chinois à recevoir cette distinction. Si les mathématiciens sino-américains Shing-Tung Yau et Terence Tao d’origine chinoise par leurs parents avaient déjà été récompensés, aucun des deux n’était de nationalité chinoise. C’est également la première fois qu’un pays asiatique compte deux lauréats la même année. Enfin. la professeure Wang est la troisième femme de l’histoire à recevoir cette médaille.


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Depuis le 16 juillet dernier les réseaux sociaux chinois, sont envahis par des manifestations de fierté patriotique des internautes célébrant l’exploit de deux Chinois ayant reçu la prestigieuse médaille FIELDS assimilée aux prix Nobel de mathématiques.

WANG Hong 王虹, 35 ans et DENG Yu 邓 煜, 37 ans, ont été récompensés, la première pour ses contributions majeures en analyse harmonique et en géométrie. Le deuxième pour ses travaux liés, d’une part à la physique des statistiques et des probabilités, d’autre part, au domaine des équations aux dérivées partielles (EDP) qui relient le comportement des particules individuelles aux systèmes physiques à grande échelle (tels que les gaz et les ondes) (1)

« C’est un accomplissement historique pour les mathématiques chinoises », pouvait-on lire dans un commentaire sur les réseaux sociaux qui a été vu des milliers de fois. « C’est la réalisation d’un rêve partagé par des générations de mathématiciens chinois : faire de la Chine une puissance mathématique ! »

D’autres publications ont salué la victoire de WANG comme une avancée majeure pour les femmes dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM). Un internaute a même déclaré : « C’est un camouflet pour ceux qui ont longtemps affirmé que les garçons étaient meilleurs en mathématiques que les filles. »

Un autre remarquait que les récompenses contredisaient l’idée reçue que les chercheurs chinois étaient moins aptes à la recherche fondamentale qu’à la recherche appliquée. «  Wang Hong et Deng Yu ont balayé ce préjugé. »

Quoi qu’il, en soit la vague de fierté et d’enthousiasme témoignait de l’importance accordée à la réussite universitaire en Chine, où les scientifiques de renom peuvent acquérir une notoriété considérable et où les étudiants passent chaque année l’un des concours d’entrée à l’université les plus sélectifs et les plus exigeants au monde.

La fierté est également le reflet de l’ambition de la Chine de figurer parmi les nations les plus performantes en sciences et technologies modernes sous-tendue par d’importants investissements pour attirer les meilleurs talents dans les universités et centres de recherche chinois.

Dans ce contexte, tous les dirigeants chinois considèrent l’établissement d’une position dominante du pays, non seulement dans les technologies de pointe, mais aussi à la frontière des sciences fondamentales et théoriques, comme un élément essentiel de leur stratégie de renaissance nationale.

Mais toute cette effervescence nationaliste comportait un hiatus.

Les médias d’État ont publié de nombreux articles sur Wang et Deng et sur la signification de leur succès pour le pays, alors même que tous les deux ont, après avoir étudié à l’Université de Pékin, poursuivi leurs études et leur carrière universitaire à l’étranger.

Dans une interview accordée le 16 juillet à un média proche du pouvoir chinois, Shing-Tung Yau, 丘成桐, 77 ans, lauréat de Fields en 1982, aujourd’hui Directeur du centre Yau pour les Sciences mathématiques à Qinghua et qui fut longtemps enseignant à Stanford et Harvard et n’était pas de nationalité chinoise au moment de sa distinction par FIELDS a déclaré que les prix décernés à Wang et Deng concrétisaient une aspiration de longue date de la communauté mathématique chinoise.

En même temps, il a exprimé l’espoir que les deux chercheurs reviendraient enseigner en Chine. La remarque renvoie aux efforts du pouvoir pour faire revenir en Chine les éléments les plus brillants « Hai Gui 海归 » dont rendait compte notre analyse d’octobre 2025 https://www.questionchine.net/retour-au-pays-des-talents-chinois-expatries (2)

Mais ni Wang Hong ni Deng Yu n’ont fait ce choix.

Deux immigrants d’excellence ayant résisté aux séductions matérielles de l’appareil.

Wang Hong est née en 1991 à Guilin dans le Guangxi de parents enseignants. Après une scolarité brillante et précoce, elle intègre à 16 ans l’Institut des Sciences de la Terre et de l’Espace de Beida avec un score de 653 sur 750 qui lui donnera accès à l’Institut des sciences mathématiques.

Admise en 2011, à 20 ans à l’École Polytechnique en France, elle obtient son diplôme d’Ingénieur en 2014 à 23 ans. La même année elle décroche un Master en mathématiques à Paris - Sud. En 2019, à 25 ans, elle est Docteur en mathématiques du Massachusetts Institue of Technology (MIT), à Cambridge près de Boston.

Depuis le 1er septembre 2025, Wang Hong est professeure de mathématiques à l’Institut privé des Hautes Études Scientifiques (IHES) de Bures-sur Yvette, et au Courant Institute of Mathematical Sciences de l’Université de New York (NYU).

DENG Yu est né à Shenzhen en 1989, d’un père ingénieur informatique et d’une mère gastroentérologue. Lui aussi fut un lycéen aux capacités hors normes.

A 17 ans (2006), il avait déjà obtenu la médaille d’or aux 47es Olympiades Internationales de mathématiques de Ljubljana en Slovénie. Après ses études à Beida, de 2007 à 2009, il obtient à 22 ans une licence de mathématiques au MIT, puis à 27 ans un doctorat à Princeton en 2015 avec une thèse dont le titre était « Comportement sur le temps long de certaines équations dispersives non linéaires. »

De 2015 à 2018, il est professeur chercheur au « Courant Institute of Mathematica Sciences » de l’Université de New-York, puis de 2018 à 2024, à l’Université de Caroline du sud et enfin à l’Université de Chicago.

Notes.

1.- Les sujets sont complexes.

Wang Hong a travaillé sur la résolution de la conjecture de Kakeya en trois dimensions. Réalisée en binôme avec le mathématicien Joshua Zahl, cette percée majeure a permis de résoudre un problème complexe et ancien aux confins de la géométrie et de l’analyse, ouvert depuis près d’un siècle.
Quelle est la plus petite surface plane (l’aire minimale) dans laquelle une aiguille de longueur 1 peut faire une rotation complète à 360 degrés ?

On pourrait penser qu’un cercle de diamètre 1 (d’aire π/4≈0,785) ou un deltoïde (d’aire π/8≈0,392) est suffisant.

Mais Kakeya, mathématicien japonais (1917) et en 1919, le mathématicien russe Abram Besicovitch ont démontré un résultat contre-intuitif. Il est possible de construire des ensembles plans (appelés ensembles de Besicovitch) qui contiennent une aiguille pointant dans toutes les directions possibles, tout en ayant une aire arbitrairement petite (y compris proche de zéro).

Comment cela est-il possible ? En fragmentant et en déplaçant ingénieusement les trajectoires sécantes de l’aiguille, Kakeya et Besicovitch qui travaillaient séparément ont trouvé le moyen de loger des segments de droite qui se chevauchent dans des espaces étonnamment réduits.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Probl%C3%A8me_de_l%27aiguille_de_Kakeya

Quant à Deng Yu, ses travaux qui explorent le rôle du hasard dans l’évolution des systèmes physiques, portent sur le calcul des probabilités et les équations aux dérivées partielles (qui servent à modéliser les phénomènes physiques comme la chaleur, le son ou les mouvements des fluides).
Ses avancées majeures concernent le lien entre la mécanique microscopique (le mouvement de particules) et la théorie cinétique macroscopique.

2.- TerenceTao 陶哲轩 Tao Zuexuan est le 4e chercheur d’origine chinoise ayant obtenu obtenu la médaille FIELD en 2006 à l’âge de 31 ans pour des travaux voisins sur les équations aux dérivées partielles, l’analyse combinatoire, l’analyse harmonique et la théorie additive des nombres.
Mais né en Australie, venant de Hong Kong, il n’est pas rentré en Chine et n’a pas abandonnè la nationalité américaine. Aujourd’hui il réside et travaille à Los Angeles où il est professeur à l’Université de Californie (UCLA).

 

 

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