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Les mémoires de Li Shuang.avec l’aimable autorisation des éditions René Vienet
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Il faut remercier les éditions René Viénet d’avoir publié dans leur version française les mémoires de Li Shuang, 李爽 diffusées en Chine en mandarin en 2013.
L’autobiographie « Shuang 爽 Résiste ! » est disponible depuis le jeudi 10 septembre 2026, lancée lors du vernissage de son exposition (jusqu’au 25 octobre 2026 ) à la GALERIE LE CLÉZIO — 157 rue du Faubourg-st-Honoré, 75008 Paris — qui dispose d’un stock important.
A lire absolument, ce ( gros ) volume qui compte 520 pages, avec une cinquantaine d’illustrations N&B, & une soixantaine de pages en couleurs (le catalogue de ses pastels de prison), est une plongée hallucinée dans les entrailles les plus méphitiques de l’appareil.
Elle court du la fin du Grand Bond en avant qui martyrisa ses grands parents, au Mur de la démocratie en 1978-1979, en passant par l’hystérie de la révolution culturelle qui s’acheva à la mort de Mao en 1976.
Écrite sans fard dans un style haletant où se mêlent à la fois l’ingénuité fleur bleue d’une amoureuse de la vie. des hommes et des arts, la description pantelante d’épouvantables souffrances psychiques qui lui furent infligées, une capacité prodigieuse de résilience aux maltraitances grâce à la peinture et, formidable éclat qui illumine la fin du livre, sa confession apaisée qu’elle n’éprouve aucune rancœur en dépit des ignominies que l’appareil lui a infligées.
La période qui court de 2013, date de la publication en Chine de ses mémoires à leur traduction en France en 2026 marque un durcissement inflexible de l’appareil politique tel que, treize années plus tard, la censure qui règne aujourd’hui en Chine en aurait rendu leur publication impossible.
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Les plus anciens lecteurs de QC et ceux qui suivent les relations franco-chinoises s’en souviennent.
Li Shuang est cette artiste peintre chinoise qui, à 24 ans, avait été kidnappée le 19 septembre 1981 dans l’enceinte de la résidence diplomatique de San Li Tun au Nord-est de Dongzhimen, nouveau quartier des légations de la Chine maoïste, pour avoir eu, avec le milieu des diplomates de l’Ambassade de France qu’elle fréquentait dans un tourbillon de transgressions des interdits moraux et politiques de l’époque, une relation amoureuse avec le diplomate français Emmanuel Bellefroid.
Lui-même était accusé d’avoir soutenu les artistes dissidents du « printemps de Pékin » dont le mouvement de contestation, d’abord autorisé après la mort de Mao, s’exprima avec un enthousiasme bouillonnant, entre décembre 1978 et décembre 1979.
Sa manifestation la plus emblématique, encore dans toutes les mémoires, fut la prolifération des affiches murales à grands caractères « Dazibao 大字报 ». Placardées sur le « Mur de la démocratie » le long de la rue Xidan 西单北大街 à l’ouest de Tian An Men, elles faisaient l’éloge de la démocratie et des droits de l’homme.
L’un des « Dazibao » les plus célèbres fut celui affiché le 5 décembre 1978 par l’ancien « Garde rouge » Wei Jingsheng – il avait à l’époque 28 ans –. Répondant en écho au projet des « quatre modernisations » lancé par Deng Xiaoping après la mort de Mao – agriculture, industrie, science et technologie et défense nationale – il en réclamait une cinquième, « la démocratie », dont l’essence même exprimait une menace répulsive pour l’appareil.
Quant à Li Shuang, seule femme du groupe, elle était elle-même, membre du mouvement artistique d’avant-garde des « étoiles 星 星 Xing Xing ». Le 27 septembre 1979, leur exposition iconoclaste non autorisée accrochée aux grilles de la très officielle galerie des beaux-arts devenue aujourd’hui le « Musée National des arts », au nº1 de l’avenue du 4 mai 五四大街, avait touché un nerf ultra-sensible de l’appareil.
Trois années après la mort de Mao et dix ans exactement avant la brutale répression du 4 juin 1989 à Tian An-men, l’inspiration impressionniste ou abstraite des œuvres toutes influencées par l’esprit disruptif de la peinture moderne occidentale défiait à la fois les normes de l’esthétique traditionnelle chinoise et l’autorité de l’appareil.
Mais les mémoires de Li Shuang dépassent de très loin l’évocation des controverses politiques post-maoïstes et les commentaires artistiques sur son style. Leur réalisme décapant d’une puissance inédite, enveloppé d’une avalanche d’exaltations, d’ivresse, de désarroi et de terreurs, à la fois simultanés et contradictoires, plonge sans pudeur dans les entrailles de la Chine de l’après 1949.
Les émotions d’un texte haletant crépitent en cascade.
Une partie du collectif des « Étoiles », en 1980. Au premier rang, de gauche à droite, Qu Leilei, Li Shuang, Zhong Acheng et Ma Desheng. Au second rang, Wang Keping, Yan Li, Huang Rui et Chen Yansheng. La photo de Huang Rui publiée par Le Monde le 28 octobre 2019, illustrait un article de Frédéric Lemaître. « Les Étoiles, mouvement dissident de l’art contemporain chinois. »
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Mêlant les angoisses d’une jeune fille nubile effrayée par ses premières menstruations, au traumatisme de relations sexuelles avec des rustres, en passant par l’extase ou les jalousies des premiers amours impossibles ou bâclés, elle interroge avec la verdeur de son style vif et imagé, parfois terriblement vulgaire la désespérante prise de conscience de l’absolue superficialité des sentiments « Et l’amour, alors ? Est-ce que l’amour n’est qu’un larbin du corps ? Un petit serviteur qu’on envoie “chier“ une fois qu’on s’est rempli la panse ? »
En même temps son livre nous conduit dans les dédales d’un terrible voyage dans les coulisses les plus sombres de l’histoire du pouvoir chinois.
Le périple va du communisme radical déshumanisé imposé par les communes populaires, à la rééducation par la déportation à la campagne des jeunes instruits où naquirent des solidarités improbables, en passant par les affres épouvantables du grand bond en avant et les féroces bouleversements de la révolution culturelle qui martyrisa ses grands-parents.
Pour Li Shuang les renversements impitoyables et inhumains de la « Grande Révolution culturelle prolétarienne 无产阶级文化大革 » , fut le fond de tableau inexorable, figure imposée chaotique et subie de sa vie depuis la fin de son enfance déjà bousculée par l’irruption sauvage des « Gardes Rouges », jusqu’à ses émois de femme artiste oscillant à 19 ans entre le nihilisme et le frisson de la création rebelle.
« Mes souvenirs les plus aigus, les plus fragiles, remontent à ce moment [en 1966, elle avait neuf ans] où la Révolution-culturelle a tout déchiré et broyé, moi incluse. » (…) « Je quitte l’enfance, pour tomber dans l’adolescence. Tout se crispe, et se brise, comme des cœurs qu’on aurait tordus et essorés comme des serpillères. »
Les agitations ponctuées d’anxiété, d’enthousiasmes, d’insoumission et de déchirements se sont poursuivies jusqu’à la mort de Mao en 1976. Elle avait dix-neuf ans.
C’est cependant après son arrestation-kidnapping en septembre 1981, qu’elle a côtoyé la plus extrême déchéance et les effrois les plus épouvantables. Au passage, on ne peut que mesurer la violence de ses terreurs si on se souvient que son enlèvement brutal par l’appareil eut lieu six années à peine après l’égorgement de la militante Zhang Zhixin.
Féroce critique de Mao et de sa maîtresse Jiang Qing, Zhang eut la gorge tranchée par le Comité révolutionnaire du Liaoning le 5 avril 1975 – elle avait 45 ans - qui la supplicia avant de la fusiller pour, diront ses tortionnaires, « l’empêcher de crier des slogans contre le Parti. »
Heureusement pour Li Shuang, avec Hu Yaobang et Deng Xiaoping, à la tête de la Chine, la fureur maoïste s’était estompée. Le 4 avril 1979, quatre années après sa mort, Zhang Zhixin, la suppliciés fut réhabilitée et déclarée « martyre »
Mais, deux années plus tard, à nouveau l’épouvante.
En prison au « Centre de détention de la sécurité publique - Gong An – 公安 » situé dans le Hutong du « bureau de l’artillerie 炮局 胡同 » à 300 m à l’ouest de Dongzhimen, sans cesse scrutée et harcelée par ses geôliers, privée de toute intimité, humiliée et physiquement brisée, elle fut sans ménagements obligée de cohabiter dans la même cellule crasseuse avec un couple d’amants assassins condamnés à mort.
Un jour, alors qu’elle avait noué avec l’épouse meurtrière une relation de cohabitation opportuniste de survie, elle fut sèchement confrontée à l’indicible cauchemar de la brutalité du verdict.
Le fait est qu’avec cette femme qui avait tué son mari et sa fille, Li Shuang avait noué une étrange proximité noyée dans le désespoir et le sordide « — Je vais te quitter » , dit la meurtrière. — « On te change de cellule ? » — « J’ai été jugée. » — « Combien d’années ? » Silence. — « À perpétuité́ ? »
« J’insiste, comme si, au-delà̀ des mots, un lien indéfinissable s’était tissé entre nous,— « La peine de mort. » Les mots tombent. Durs, nets. Je reste figée. Que dire ? »
Jusqu’aux derniers instants, Li Shuang participa dans l’ambiance sordide de sa cellule, à la vie quotidienne de l’épouse suspendue à l’épouvantable attente de sa mise à mort. Un jour un gardien ouvrit doucement la porte de la cellule « — C’est l’heure. Tes affaires seront remises à ta famille. »
« Elle me regarde une dernière fois. Je veux parler, mais aucun mot ne sort. Dire quelque chose à quelqu’un qui va mourir, c’est difficile. Finalement, j’arrache quelques mots : — ShuQin, si vous partez ensemble aujourd’hui [NDLR : Elle et son mari complice].. pardonne-lui - »
Le fil conducteur de cette vie éclatée entre les élans et les déboires amoureux, les harcèlements politiques, les enthousiasmes, les émotions et les drames terrifiants, reste cependant la peinture.
Même en prison elle peint des pastels qui sont pour elle une respiration de liberté. En tous cas, certainement, le moyen de sa santé mentale et de sa survie.
« Moi et mes pastels ne faisons plus qu’un. Je suis à la fois une présence réelle et une œuvre d’art, l’artiste et la spectatrice. Tout se fond dans un mouvement continu, un échange perpétuel avec le monde. Mon petit banc, un bol, les barreaux de la cellule, le souvenir de ma mère, de ma grand-mère, des oiseaux, du ciel... tout devient matière à revisiter, à explorer. L’art naît de la vie, puis la transcende, dit-on. Plus simplement, avec mes pastels, je rame vers le large. ».
Mais l’affaire dérape. Les couleurs grasses de ses gouaches créent un désordre dans la prison pour femmes. « Peu après, les filles de la grande chambrée commencent à se maquiller les sourcils, à se dessiner des cernes bleus et des lèvres rouges. »
Aussitôt, les matonnes interdisent à Li Shuang son espace d’évasion artistique.
Qu’à cela ne tienne, alors que les livres étrangers traduits sont interdits au Laogai, elle se met à dévorer des livres chinois qu’elle n’avait jamais lus - L’Histoire générale de la Chine, Les Trois Royaumes, Au bord de l’eau -.
C’était sans compter sur la perversité jalouse des matonnes. Un jour, se souvenant de ses penchants pour les hommes, y compris étrangers - ce qui à cette époque aux mœurs cadenassés dans une inflexible morale des apparences, la classait dans la catégorie des prostituées –, une des « flics » la réprimande « Li Shuang, peut-être veux-tu aussi lire Jin Ping Mei ? N’oublie pas que tu es ici pour te rééduquer ! »
Au bout des deux années d’incarcération où le sordide s’était mêlé à l’épouvante, parfois éclairées par les solidarités de cellules avec ses codétenues, elle est enfin libérée.
Alors que son père était venu la chercher pour la ramener à la maison « dans un vieux bus déglingué », elle apprend que « des Français qui ont créé un “Comité de soutien à Li Shuang”, ont manifesté en brandissant son portrait. »
C’était en 1983.
Alors que Hu Yaobang le très populaire réformateur [ Lire : https://www.questionchine.net/l-obsedant-heritage-de-hu-yaobang ] était secrétaire du Parti depuis 1982, le pragmatique Deng Xiaoping, véritable maître de la Chine essentiellement opposé à l’ouverture démocratique, mais qui se méfiait de la lumière du devant de la scène et du culte de la personnalité, était en embuscade à la tête de la Commission Militaire Centrale.
A mi-chemin entre la mort de Mao et la brutale remise aux normes de Tian Anmen le 4 juin 1989 par une division blindée, Deng Xiaoping qui venait quatre années plus tôt d’être défié par les alarmes du printemps de Pékin, jugea que le battage médiatique autour de la séquestration d’une jeune artiste par la presse française et quelques célèbres titres occidentaux dont le New-York Times qui suivait l’affaire depuis 1981, menaçait la crédibilité de sa stratégie d’ouverture et de retour à la normalité ordonnée d’une Chine rassurante par une stratégie baptisée « 拨乱反正- boluan fan zheng – rectification du chaos par l’ordre »
« Je croyais que cette affaire était réglée » dit-il lors d’une réunion du comité permanent – et ordonna à l’appareil de cesser les tracasseries administratives et d’accélérer l’attribution d’un passeport à Li Shuang, condition de son départ de Chine.
Retour en France.
En France dans son atelier à Fontainebleau
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Alors que plusieurs hommes politiques français dont Francois Mitterrand qui, en sa qualité de Président de la République, effectua un voyage officiel en Chine du 3 au 7 mai 1983, s’attribuent le mérite de la libération de Li Shuang, la vérité est plus prosaïque.
Son départ du Laogai dans la région de Shunyi à 100 km au nord-est de Pékin eut en réalité lieu au terme de sa condamnation à deux ans.
Exfiltrée vers la France avec la bénédiction de Deng qui trouvait sa célébrité encombrante, elle épousa Emmanuel Bellefroid en 1984 à qui elle donna deux enfants. Creusant son sillon d’une carrière dans l’art moderne elle dirigea avec son mari une galerie d’art à Paris.
Par la suite elle a été invitée à exposer ses œuvres plusieurs fois en France, à Lyon et Paris, notamment au Centre Pompidou (2015), de nombreuses fois en Chine à Pékin, Shanghai et Hong Kong ainsi que dans plusieurs pays occidentaux, notamment à Amsterdam (2008), New-York, (2017) et Londres(2020)
En 2013, au prix de quelques aménagements, ses mémoires au style vif, brûlant, souvent pétulant, parfois douloureux et cru qui dessinaient pourtant une image déplorable des entrailles de l’appareil, passèrent le cap de la censure et furent publiées en Chine où elles eurent un honnête succès de librairie.
La même année, Li Shuang divorçait de Bellefroid, tandis qu’aujourd’hui depuis Fontainebleau où elle vit seule, elle a relu ses mémoires traduites avec talent en Français par Ulysse Dylan.
Alors que son ex-mari panse ses plaies à Nice où il s’est réfugié après son divorce, renvoyé du Quai qui déteste les trajectoires troubles hors des sentiers battus, plus encore dans un pays de la sphère communiste, Li Shuang n’a pas coupé les ponts avec la Chine où elle est retournée souvent après Tian Anmen.
Plus récemment en visite dans son village près de Shunyi, où elle fut déportée dans le cadre des stages à la campagne des « jeunes instruits - 上山下乡运动 - » qui concerna dix-sept millions de jeunes citadins de 1968 à 1979, elle se désola de ne pas retrouver la chaleur de la convivialité paysanne du village aujourd’hui noyé dans une marée de béton et de bretelles d’autoroute.
Enfin, alors qu’elle-même dit avoir dépassé toute rancœur, considérant que les tourments de sa vie rebelle ont contribué à forger son caractère, on ne peut que constater que si elles étaient publiées en Chine aujourd’hui, les violentes critiques de l’appareil politique dessinées par le brutal réalisme de ses mémoires, auraient été purement et simplement censurées.
Cette observation est une indication parmi d’autres que, depuis sa nomination à la tête de l’appareil à l’automne 2012 puis à la Présidence en mars 2013, la trajectoire imposée à la Chine par Xi Jinping s’écarte radicalement des critères d’ouverture, de transparence et de capacité d’autocritique des sociétés modernes.
Un appareil politique sans états-d ’âme, d’abord préoccupé de sa survie.
Un retour sur l’histoire de la famille de Xi Jinping et de son père Xi Zhongxun montre le cheminement politique d’une famille « d’aristocrates rouges » qui, à l’instar de nombreux cadres de l’appareil, s’était dressée contre le radicalisme maoïste après l’échec du Grand Bond en avant.
Le paradoxe du durcissement politique en cours déclenché il y a deux décennies par Xi Jinping au moment même où Li Shuang publiait sans être inquiétée une première version de son livre en Chine, est qu’il est un révélateur des contradictions de l’appareil.
Il met en effet à jour la trajectoire à la fois complexe et hésitante des fidèles de Mao qui furent d’abord les enthousiastes soutiens de sa révolution radicale permanente, avant de dénoncer les épouvantables excès du « Grand bond en avant »
Ainsi Xu Zhongxun, 习仲勋 le père de Xi Jinping, décédé en 2002 - il avait 24 ans en 1935 à la fin de la Longue Marche – fut d’abord un cadre actif de la révolution en marche avec de notables privilèges pour avoir participé à Yan An dans le Shaanxi, fief de l’Armée Rouge, à la redistribution des terres confisquée aux propriétaires terriens.
En 1949, à la création de la République Populaire, à 36 ans, il cumulait, les fonctions de chef de l’APL et nº1 pour tout le Nord-Ouest de la Chine. A cette époque, cependant, la vérité oblige à dire que le père de Xi était très loin d’être un humaniste tolérant
Selon une nouvelle biographie récemment publiée par Joseph Torigian , chercheur à la Hoover Institution « The party comes first. The Life of Xi Zhongxun, Father of Xi Jinping » publiée en juin, le père de Xi Jinping n’eut aucun scrupule à mettre en œuvre la stratégie des assassinats groupés des propriétaires terriens rebelles pour textuellement « provoquer 以制造 un choc 敬畏 de terreur 恐怖, – en tuant plus encore 杀戮更多 ».
Pour Torigian, la complexité de la carrière du père qui perdure en héritage dans la gouvernance de son fils, est un avertissement.
Il confirme, s’il était nécessaire, qu’aujourd’hui, plaçant « Les intérêts du Parti avant tout », les mémoires de Li Shuang qui sont un féroce et impitoyable critique de ses penchants à la tyrannie sans états d’âme quand sa sécurité est menacée, ne pourraient plus être publiées en Chine, comme elles le furent en 2013.
La rupture avec Mao de Xi Zhongxun dont la vie fut écartelée entre idéalisme, cruauté révolutionnaire et sévérité des traumatismes, survint à l’issue du cataclysme du « Grand Bond en avant » (1958-1962) (Lire notre article de novembre 2012 : https://www.questionchine.net/mu-bei-de-yang-jisheng-est-paru-en-francais )
Faisant partie de la nébuleuse pragmatique qui, avec Liu Shaoqi, Peng Dehuai et Deng Xiaoping critiquèrent le radicalisme idéologique, il fut purgé en 1968 par Mao pendant la révolution culturelle (1966-1976) et passa sept années en résidence surveillée à Pékin puis à Luoyang, avant d’être libéré et réhabilité par Deng Xiaoping, en février 1978, 17 mois après la mort de Mao.
Selon Li Yuan qui commente le travail de Torigian pour le New-York Times, « l’aspect le plus frappant du livre est son portrait sans concession de la cruauté du parti, non seulement envers le grand public chinois, mais aussi envers ses propres rangs. Ses campagnes et ses purges ont laissé derrière elles un nombre effarant de personnes tuées, emprisonnées ou persécutées. »
Une cruauté dont Li Shuang, artiste iconoclaste et rebelle, fut elle-même la victime à plusieurs épisodes de sa vie, notamment quand, après son enlèvement à Sanlitun par les nervis du parti, elle fut incarcérée au Centre de détention de la sécurité publique à 300 m à l’ouest de Dongzhimen, dans la même cellule qu’une future condamnée à mort, psychopathe et criminelle notoire qui avait assassiné son mari et sa fille.