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A Pékin, avec Vladimir Poutine, Xi Jinping met en scène en fanfare leur stratégie commune de rupture avec l’Occident

Le 17 octobre, accompagné de Vladimir Poutine, hôte d’honneur de l’événement, Xi Jinping, pénétrait solennellement sur la scène majestueuse du Grand Palais du Peuple, au son d’une musique d’ambiance soigneusement expurgée de tout triomphalisme claironnant.

Les deux, réunis à l’occasion du bilan des Nouvelles routes de la soie, projet planétaire de « globalisation alternative » lancée par Xi Jinping au Kazakhstan le 7 septembre 2013, célébrèrent leur amitié, à la fois sous le signe vertueux d’un appel à la paix, de l’aide au « sud global » et de leur défiance commune à l’Occident.

Par contraste, l’évènement qualifié par l’appareil de « plus important de l’année » qui réunissait deux douzaines de dirigeants [1] et plus de 130 délégations, en majorité originaires du Sud, avait lieu alors que les destructions de la guerre en Ukraine ne faiblissaient pas et que le Moyen Orient s’enflammait sous l’œil de deux porte-avions américains présents en Méditerranée orientale.

Le conflit était exacerbé par de violents bombardements déclenchés contre la « Bande Gaza » par l’armée israélienne en riposte au massacre terroriste par le Hamas d’une sauvagerie inouïe contre des communautés civiles des Kibboutz et une « rave-party » à l’est de la Bande de Gaza le 7 octobre.

Le 17 octobre, alors que selon les sources militaires israéliennes, le Hamas détient au total plus de 200 otages de plusieurs dizaines de pays, le jour même de l’ouverture du forum à Pékin, les tensions entre le Monde arabe et l’Occident étaient portées au rouge par les dévastations meurtrières d’une explosion sur le parking de l’hôpital Al-Ahli situé au centre de la Bande de Gaza.

Au milieu d’une « guerre de l’émotion et de l’image » enflammant les réseaux sociaux envahis par les manipulations et les fausses informations, le bilan des victimes « entre 200 et 500 morts » communiqué par le Hamas qui attise l’opprobre contre Tel Aviv et embrase la « rue arabe », est contesté par Tsahal.

Quand l’AFP évoque aussi « entre 100 et 300 morts », l’armée israélienne parle de « dix à cinquante » et affirme avoir la preuve que l’explosion aurait été provoquée par la chute accidentelle d’une roquette, lors d’une salve tirée par le Jihad islamique. A la rédaction de cette note il n’existait aucune enquête ni information décisive pouvant attester l’origine de l’explosion.

Dans ce contexte mondial en ébullition, « la rue arabe », partie du « sud global » échauffée contre les États-Unis et leurs alliés dont Israël, est recrutée par Pékin et Moscou qui rejettent les valeurs démocratiques et libérales.

Au total, la réunion de Pékin qui eut lieu alors que le monde s’embrase dangereusement en Europe et au Moyen-Orient et d’où étaient absents les principaux responsables politiques occidentaux, semble sceller une « division révolutionnaire et anti-occidentale » du monde.

Rallier le « sud global » contre Washington et l’Occident.

Sous la surface de la stratégie chinoise qui se pose en flambeau des déshérités du sud global et prône la paix tout en enflammant la situation dans le Détroit de Taïwan, on perçoit une trace maoïste déjà évoquée par Question Chine à l’occasion de la réunion des BRICS à Johannesburg du 21 au 24 août dernier. Lire : Les BRICS à Johannesburg, symbole de la contestation de l’Amérique et de l’Occident.

Elle avait été formulée par Ming Jinwei commentateur indépendant, ancien de Xinhua, laudateur sans nuance de Xi Jinping, qui comparait le ralliement du « sud global » par Pékin à la guerre civile chinoise « d’encerclement des villes [associées à l’Occident] par les campagnes [déshéritées et pauvres] ».

Le 18 octobre, alors que Joe Biden arrivait à Tel Aviv, le discours de clôture de Xi Jinping dont Vladimir Poutine a repris la teneur en ajoutant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient renforçaient le partenariat sino-russe, a notamment évoqué la rivalité avec Washington.

Alors que Moscou et Pékin contestent l’ordre mondial de l’après-guerre, le nº 1 chinois a, encore une fois, au prix de quelques entorses à la réalité de la croissance chinoise en berne, fustigé les efforts de l’Amérique pour protéger sa prévalence globale tout en freinant dit-il « la montée en puissance de la Chine ».

« Considérer le développement des autres comme une menace ou qualifier l’interdépendance économique comme un risque n’améliorera pas sa propre situation ni n’accélérera son développement. »

La vérité est cependant que les violents embargos infligés par Washington au secteur chinois des hautes technologies, sont une riposte aux captations illégales de technologies et au viol systématique des brevets organisé par l’appareil lui-même.

L’ajustement des « Nouvelles routes de la soie », un vaste élan de Pékin vers le « sud global »

A l’ouverture du forum, Xi Jinping a dressé le bilan des efforts consentis par la Chine pour aider le « Sud global », créant ainsi, dit-il, par la multiplication des projets d’infrastructure « un nouveau cadre de la coopération internationale ».

En substance, il porte l’effort sur les échanges de « haute qualité d’innovation » et la « connectivité inclusive d’un monde ouvert » mis en œuvre, dit Xi Jinping, par un plan articulé à huit axes d’effort majeurs (lire la présentation en Anglais du China Daily : Xi elaborates on experience drawn from Belt and Road cooperation).

Son examen révèle qu’avec la promesse de réduire les mesures répulsives de l’intervention de l’État, des contrôles et des mises aux normes, Xi entendait à la fois rassurer les investisseurs étrangers devenus frileux et riposter aux pressions et sanctions confinant à la rupture, infligées à la Chine par Washington en réaction aux offensives asymétriques chinoises visant à siphonner les innovations américaines, soit par l’espionnage soit par des transferts de technologies forcés. Lire : Avis de rupture du monde de la high-tech.

*

Vladimir Poutine a commenté les « Nouvelles routes de la soie » sur le même ton de l’attention portée aux plus faibles, critiquant la prévalence sans partage de l’Occident et saluant « un véritable plan mondial visant à créer des relations mondiales plus équitables et multipolaires  ».

Au passage, Paul Nantulya, chercheur associé au Centre africain d’études stratégiques de Washington, décèle les signes d’un « changement stratégique » dans les prêts chinois après de fortes réductions des montants alloués ces dernières années. « Je pense que nous allons assister à un mouvement inverse à la hausse, marquant un tournant par rapport aux deux ou trois dernières années ».

A l’avenir dit-il, l’effort sera mis sur la formation, la création de valeur ajoutée et l’aide à la création d’entreprises. Ces tendances correctives avaient été analysées par J.P. Yacine en mai 2019 : « Nouvelles routes de la soie ». Point de situation.

Dès août 2018, François Danjou évoquait aussi l’ajustement de l’esprit des « Nouvelles routes » analysé par une étude de Harvard. L’Afrique, la Chine et l’Europe.

« Si la Chine réussissait finalement à provoquer le réveil des économies africaines – ce que l’Occident tente en vain de faire depuis des décennies – le débat sur les conditions de l’aide au développement chinoise sera clos. En même temps, la Chine se sera rapprochée du statut de “grande puissance “, partie de son rêve. ».

Un huis-clos bilatéral de trois heures.

Enfin, alors que les échanges commerciaux bilatéraux (190 Mds de $ en 2022, en hausse de 30% par rapport à 2021, attestant que Vladimir Poutine était bien l’hôte d’honneur d’un forum destiné à consolider un « partenariat sino-russe de long terme mutuellement bénéfique », les deux ont échangé à huis clos pendant trois heures.

Selon une déclaration de V. Poutine à l’agence Tass, leur échange a notamment porté sur « l’économie, le système financier international, leur coopération stratégique et leur action commune au sein des enceintes internationales » [NDLR : notamment au Conseil de sécurité ou les deux disposent d’un droit de veto pouvant bloquer la cohésion et l’efficacité des trois autres permanents].

Probablement sur la table aussi, la situation en Ukraine et les risques d’embrasement Moyen-Orient, ainsi que les deux poids deux mesures de la Cour de justice internationale - à laquelle Pékin n’est pas partie - ayant condamné le Président russe dont c’était la première visite en Chine depuis les JO d’hiver de 2022.

Sur le théâtre du MO qui menace d’enflammer la région sur fond de violentes haines religieuses, les deux ont publiquement appelé à un cessez-le-feu et, en fort contraste avec le soutien occidental à Israël, ils ont refusé de condamner le « terrorisme » aveugle du Hamas que, depuis l’explosion de l’hôpital de Gaza, toute la « rue arabe » et ses dirigeants considèrent comme un mouvement légitime de résistance à Israël et Washington.

Note(s) :

[1En l’absence des dirigeants occidentaux et au milieu des délégations venant d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, il y avait des envoyés des Talibans venus de Kaboul, le Président hongrois Viktor Orban – seul dirigeant européen présent -, les Présidents kazakh Kassym-Jomart Tokayev, indonésien Joko Widodo, kenyan William Ruto et congolais Denis Sassou Nguesso ; le Vice-président Nigerian Kashim Shettima ; les Premiers ministres égyptien Mostafa Madbouly, Ethiopien Abiy Ahmed.

La plupart représentaient des pays ayant bénéficié de prêts chinois dans le cadre des « Nouvelles Routes de la soie » et en espéraient de nouveaux. Notons que Jean-Pierre Raffarin, envoyé spécial du Président français, a quitté la salle avant le discours de Vladimir Poutine.


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