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L’Afrique, la Chine et l’Europe

Et si la méthode chinoise réussissait ?

Une équipe médicale chinoise en 2014 à l’hôpital de l’amitié de Sierra Leone pendant l’épidémie d’Ebola.


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Une récente étude de Harvard mise en ligne par le Département d’État reconnaît l’invasion des produits chinois, les bénéfices engrangés par les groupes de constructions employant une majorité de chinois, le non respect du droit du travail dans certaines régions minières comme la Zambie, en même temps que l’accumulation des prêts dangereux pour l’équilibre budgétaire de pays insolvables.

Mais s’appliquant à considérer l’autre face du problème, le travail met en lumière les bienfaits de l’aide chinoise réputée sans conditions politiques d’obédience à la démocratie ou aux droits humains et dont Wang Yi le MAE a répété lors de son passage au Kenya en 2015, qu’elle « se garderait absolument de suivre le même chemin que les anciennes puissances coloniales, ne sacrifierait pas l’environnement et se focaliserait sur les intérêts de long terme de la Chine et de l’Afrique. »

Citant Dirk Willem de Vilde, expert chercheur et Directeur des actions internationales à l’Institut américain du Développement d’Outre-mer de Londres, massivement engagé en Afrique, le rapport qui rejette les jugements « en noir et blanc », souligne les vastes bienfaits de la coopération chinoise dans les domaines des infrastructures de transports, des mines et des écoles. Dans l’aide sanitaire, le travail rappelle que, lors de l’épidémie d’Ebola en 2015, les médecins chinois avaient joué un rôle crucial.

Selon les auteurs, le développement des investissements chinois dans les services, la production industrielle et la formation contredit l’accusation d’une réplique coloniale d’une coopération chinoise qu’il dépeint comme bénéfique pour les deux parties. Plus encore, des initiatives comme le lancement en 2015 au Kenya d’une JV de fabrication de panneaux solaires assortie de la formation d’ingénieurs financée par un prêt de 100 millions de $, serait même de nature à modifier l’approche occidentale de la coopération.

La conclusion du rapport sonne comme une mise en garde. « Si la Chine réussissait finalement à provoquer le réveil des économies africaines – ce que l’Occident tente en vain de faire depuis des décennies – le débat sur les conditions de l’aide au développement chinoise sera clos. En même temps, la Chine se sera rapprochée du statut de “grande puissance “, partie de son rêve. »

Il reste que le modèle politique prôné (ou diffusé par « osmose ») par la Chine en Afrique qui, à cet effet et à des fins d’influence géopolitique, y déverse d’importants moyens est politiquement à l’exact opposé des principes de séparation des pouvoirs et de liberté d’expression, fondements institutionnels du projet européen.

Un défi majeur pour l’Union européenne.

Le 18 juillet 2018, à Zhengzhou dans le Henan, Guo Lanfeng, Directeur adjoint à la Commission de la Réforme & développement s’exprime sur la coopération avec l’UE.


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Logiquement, l’introspection des Européens, en première ligne dans cette situation, devrait donc les conduire à imaginer les moyens d’une action commune à 27 au moins aussi efficace que celle de la Chine destinée à sortir l’Afrique de ses perspectives pessimistes et y créer les conditions de son développement dans des principes qui seraient plus en résonance avec les postulats politiques de l’Union.

Pour autant, alors même que les médias n’en font que rarement état, préférant rendre compte de l’action chinoise qu’ils jugent plus spectaculaire et commercialement plus efficace pour leurs publications, il serait excessif de considérer que l’Union Européenne est absente de l’Afrique.

Il y a peu JC–Juncker, faisant état des actions de la Commission, appelait à la solidarité des États membres pour « affronter les défis communs d’aujourd’hui, depuis le développement durable, jusqu’aux investissements en passant par la paix et la sécurité pour mieux contenir les migrations ».

Lors du 5e sommet UE - Afrique tenu en novembre 2017 à Abidjan une année avant le sommet Chine – Afrique et dont l’un des thèmes principaux était l’immigration, le Président Donald Tusk a rappelé que l’Union européenne était le partenaire le plus important de l’Afrique et son voisin le plus proche, le premier investisseur au monde pour l’Afrique, son principal partenaire commercial, le premier fournisseur d’aide au développement et d’assistance humanitaire à l’Afrique ainsi que le premier contributeur à la paix et à la sécurité sur ce continent. »

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Mais en comparant les chiffres des contributions à ceux de la Chine en progression rapide, force est de constater qu’ils ne sont pas à la hauteur des enjeux de développement et de sécurité que les médias s’appliquent à passer sous silence. Dans un récent numéro « d’Afrique réelle » de juin 2018, Bernard Lugan débarrassé de la gangue politiquement correcte, livre un inquiétant constat :

« Avec un taux de croissance de 4% la population africaine double tous les 18-20 ans ; au Niger, pays désertique où le taux de fécondité est de 7 enfants par femme, la population était de 3 millions d’habitants en 1960 et elle sera de 40 millions en 2040, puis de 60 millions en 2050. En Somalie, le taux de reproduction est de 6,4 enfants par femme et en RDC, il est de 6,1. En Algérie le programme de planification familiale avait permis de faire baisser l’indice synthétique de fécondité de 4,5 enfants par femme en 1990, à 2,8 en 2008. Or, avec la réislamisation du pays, depuis 2014, il a rebondi à 3,03. » (…)

(…) « Résultat : d’ici à 2030, l’Afrique va voir sa population passer de 1,2 milliard à 1,7milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an ; en 2100, avec plus de 3 milliards d’habitants, le continent africain abritera 1/3 de la population mondiale, dont les trois quarts au sud du Sahara ; pour des centaines de millions de jeunes africains, la seule issue pour tenter de survivre sera alors l’émigration vers l’Europe. »

Or dit Lugan, telles qu’elles sont conçues aujourd’hui, parcellaires, inégales, insuffisantes et souvent - pour les investissements privés - articulées à des espoirs de retours rapides, les politiques de développement fonctionnent mal.

« Début juin 2018, à la lecture du rapport sur les IED publié par la CNUCED (CNUCED, World Investment Report 2017), nous apprenons qu’en 2017, sur les 2000 milliards (mds) de dollars d’IED mondiaux, l’Afrique n’en recueillit en effet que 60 mds, un volume dérisoire en baisse de 3% par rapport à 2016 (Banque mondiale). L’Afrique, dans l’ensemble de la globalité de ses 54 pays et de son 1,2 milliard d’habitants a donc reçu presque autant d’IED que Singapour (61,6 mds pour 6 millions d’habitants), et moins que l’Irlande (79,2 mds pour 5 millions d’habitants)… »

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S’il est un sujet où, faisant preuve de solidarité, les 27 pays membres devraient secouer le fantasme économique des lois du marché et du libre-échange, dont certains croient qu’elles régulent des destinées humaines, c’est bien celui des relations avec l’Afrique dont la stabilisation relève plus d’un plan Marshall que d’investissements calculés.

Si l’Union voulait vraiment aider au développement de l’Afrique et stabiliser sa relation avec ce continent crucial pour sa sécurité, c’est le moins qu’elle pourrait faire.


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