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›› Editorial

Au Royaume Khmer, la France a cédé la place à la Chine

L’accueil chaleureux de Phnom-Penh au n°1 chinois.

Inauguration du centre culturel chinois à Phnom-Penh.

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Dans la capitale du Royaume, Hun Sen, le tout puissant premier ministre au pouvoir direct depuis 1997, mais dont l’emprise et celle de sa famille prédatrice pèsent sur le pays depuis le milieu des années 80 quand le pays était occupé par le Vietnam, n’a pas lésiné sur les efforts pour faire honneur au président chinois déjà venu à Phnom-Penh en décembre 2009 quand il n’était que vice-président. A l’époque, il s’agissait de remercier le premier ministre d’avoir aidé la Chine à rapatrier à Pékin 20 réfugiés Ouïghours ayant fui les représailles du Parti communiste chinois après les émeutes anti-han d’Urumqi de l’été 2009 (lire Le poids de la Chine au Cambodge).

De longues cohortes d’écoliers agitant des drapeaux chinois dans une ville quadrillée par l’armée et la gendarmerie où des zones entières avaient été fermées à la circulation, ont accueilli Xi Jinping logé dans un hôtel du boulevard Mao Zedong. Après les visites protocolaires au roi Sihamoni et à la reine mère Monique, le président chinois s’est entretenu durant plus de 2 heures à huis clos avec Hun Sen.

Aide financière et technique contre l’allégeance.

En décembre 2014, inauguration du 6e pont construit sur financements chinois au Cambodge.

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Après ce long aparté privé, les deux ont présidé à la signature d’une série d’accords financiers dont l’effacement de 600 millions de Yuan de dettes (80 millions d’€) et une promesse d’aide directe de 100 millions de Yuan (14 millions d’€), à quoi se sont ajoutés deux prêts, l’un de 1,2 Mds de Yuan (600 millions d’€) et l’autre de 400 millions de Yuan (53 millions d’€) dont les deux parties, soucieuses de désamorcer les critiques ont tenu à rappeler qu’ils n’étaient assortis d’aucune condition d’allégeance politique en retour.

Mais l’arrière plan stratégique visant à diminuer la dépendance énergétique du pays par rapport au Vietnam en froid avec Pékin, resurgit à travers la signature par Sinosteel d’un projet de construction à Sihanoukville d’une centrale au charbon de 450 MW. Enfin, Pékin a accepté d’augmenter le quota d’importation de riz cambodgien dont les prix plus élevés sont en concurrence avec ceux du Vietnam.

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Un retour en arrière permet de constater que, depuis le début des années 2000, la Chine a déversé plus de 10 milliards de $ dans le pays. En remerciement, HS s’est rallié sans réserve à la chasse aux Ouïghour menée par Pékin en 2009 après les graves émeutes au Xinjiang du 5 juillet 2009 et s’est aligné sur la position chinoise en mer de chine du sud.

Comme Pékin, Phnom-Penh rejette le jugement du 12 juillet 2016 rendu par la cour permanente d’arbitrage de La Haye et refuse d’internationaliser la question de la mer de Chine du sud qui, pour Pékin, ne devrait pas être un sujet pour l’ASEAN. N’ayant pas renoncé à la revendication sur toute la mer de Chine, le Politburo chinois estime en effet que la question doit être réglée par des négociations bilatérales avec les riverains, ce qui reviendrait, pour chaque pays, à négocier du faible au fort.

L’alignement du Cambodge sur la position chinoise avait été manifeste lors du sommet de l’ASEAN en 2012 tenu à Phnom-Penh au cours duquel le ministre des AE cambodgien avait coupé le micro à son homologue philippin qui souhaitait soulever publiquement ses différends avec Pékin (lire notre article ASEAN : Phnom-Penh dans l’œil du cyclone).

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En haussant la réflexion d’un étage, on constate que l’ASEAN et la Mer de Chine du sud sont devenues les otages de la rivalité sino-américaine. Dans ce duel, s’affrontent, d’une part la conception occidentale du droit international et les visées commerciales américaines articulées autour de la prévalence des groupes américains et, d’autre part, l’influence culturelle du monde chinois agnostique et matérialiste, lui-même confronté aux réminiscences ésotériques hindouistes encore vivaces dans toute la zone, pouvant, comme ce fut parfois le cas dans le passé, fédérer une opposition anti-chinoise, elle-même attisée par des facteurs locaux.

Au Cambodge, la rivalité sino-américaine se double de celle de plus en plus vive entre Pékin et Hanoi que Washington tente d’instrumentaliser en se rapprochant du Vietnam. Mais au Royaume Khmer, les Vietnamiens restent toujours l’ennemi historique. Quant à la Chine, même si dans certains secteurs (foncier, tourisme, commerce de détail) commencent à apparaître des symptômes d’agacement de la prévalence des expatriés chinois, les élites cambodgiennes toutes tendances confondues, ont accueilli la visite du président chinois avec une bienveillance intéressée.

L’atavisme anti-vietnamien des Khmers conduit en effet les élites du Royaume à voir Pékin, en froid avec Hanoi, comme un contrepoids à l’influence rémanente du Vietnam, d’autant que les dettes de l’histoire ne sont pas apurées.

Au Cambodge, où on se plaint sans cesse de l’invasion d’immigrants vietnamiens incontrôlés, il est en effet toujours de bon ton de revendiquer comme un territoire cambodgien, la région de Saigon et le delta du Mékong, que les anciens appellent le « Kampuchea Krom » - « Le Cambodge d’en bas » - réminiscence d’une partie de l’empire khmer, progressivement devenue vietnamienne à la suite des compromis territoriaux acceptés par le roi Chey Chettha (1618 - 1627).

Pour faire pièce à l’influence thaïlandaise, ce dernier avait épousé une annamite et autorisé une colonisation de peuplement vietnamienne dans le delta du Mékong où, à leur arrivée (1861), les Français constatèrent la forte influence de l’empire d’Anam.

Aujourd’hui, face à ce que tous perçoivent comme une insupportable pression démographique de l’ennemi héréditaire, l’augmentation de l’influence chinoise dans le Royaume apparaît, pour l’instant, comme un exutoire salutaire.


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