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Avenir du nucléaire. Le choix difficile des neutrons rapides

Premières unités.

Début du chantier du réacteur expérimental à neutrons rapides de Xiapu dans le nord du Fujian sous la direction de China National Nuclear Corporation 中国核工业集团公司 et Huaneng Nuclear Power development 华能 核能 发展 qui, à eux deux, détiennent 70% du capital du projet. D’une puissance de 600 MWe, sa mise en service est prévue en 2023.


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Depuis 2017, au milieu de spéculations médiatiques diverses – dont celle non vérifiée d’une coopération du groupe nucléaire public CNNC avec la société américaine Terrapower proposant un concept de centrale à 500 MWe SFR (refroidi au sodium) -, le parti communique des échéances optimistes pour la construction à Xiapu sur la cote nord du Fujian d’un réacteur à neutrons rapides de 600 MWe dont les travaux seraient achevés en 2023.

Fin 2017, sans donner de détails, des annonces publiques évoquèrent aussi la construction, également dans le Fujian, d’une unité de 1000 MWe pour une mise en service opérationnelle en 2034.

L’accélération du programme que semble indiquer ces déclarations successives renvoie aux inquiétudes sur la sûreté. En 2013, Bernard Bigot Directeur du CEA avait mis en garde contre la précipitation, soulignant les risques d’accidents induits par l’obsession économique d’augmentation capacitaire à bas coût, sans maîtrise complète des aléas technologiques, dans un contexte où de nombreux pays avaient jusqu’à présent échoué à déployer un réseau opérationnel de centrales à neutrons rapides.

Notant les différences d’appréciation des experts sur l’avenir de la Chine, partagés entre les pessimistes qui prédisent un accident ou pire un « effondrement » et les optimistes qui la voient dominer le monde, la conclusion du travail énonce deux scénarios différents de l’avenir.

Le premier spécule, comme l’annoncent les stratèges et les scientifiques chinois, qu’en 2050, le pays opèrera plusieurs centaines de centrales à neutrons rapides dont la construction et la mise en œuvre auront été puissamment appuyées par le pouvoir et les finances publiques, faisant de la Chine le champion mondial de la filière.

N’ayant pas connu d’accident nucléaire majeur ni les vents adverses des soucis d’environnement, protégée des aléas économiques par l’État, presque entièrement débarrassée des soucis de la ressource en uranium, elle aurait réussi la transition énergétique vers un cycle fermé, devenant à la fois un champion mondial et un exportateur imposant ses normes sur le marché global.

Alors que la filière connaît un net recul dans les pays occidentaux, le nucléaire continuerait à exprimer en Chine un projet industriel vertueux, élément important de la qualité de l’air des grands centres urbains, ayant une capacité de pérennité pour les siècles à venir.

Le deuxième scénario verrait la Chine aux prises avec un parc de centrales vieillissant, à l’entretien coûteux, dont la pérennité serait menacée par l’émergence de technologies alternatives, la baisse de rentabilité des projets et le poids croissant de la conscience écologique de l’opinion. Il est vrai que, dans un régime autoritaire vertical et volontariste, contrôlé par la censure où l’allocation de ressources se fait, si nécessaire, hors des critères de rentabilité économique, le scénario pessimiste est peu probable.

Mais il n’en reste pas moins que la réussite de l’hypothèse vertueuse suppose de surmonter de sérieux défis techniques liés à la sûreté, auxquels s’ajoutent le contrôle des leviers financiers alimentant les projets pour en tenir éloignés la corruption et les gaspillages et le défi de ménager l’opinion publique dont la conscience antinucléaire augmente.

Horizon 2030 – 2050.

Chantier photographié en 2015 de la Centrale de Fuqing dans le Fujian équipée du réacteur de 3e génération entièrement chinois Hualong 1 (华龙 一号). Lire : Coopération nucléaire franco-chinoise : une page se tourne.


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Pour le moment et dans un horizon prévisible à 2030, résultat des efforts du régime depuis 30 ans, il est probable que la part du nucléaire attisée par l’exigence écologique et en grande partie toujours constituée par des centrales classiques, passera à 9 ou 10%, faisant de la Chine un exportateur de ses techniques sur le marché global.

Quant à la transition vers un cycle fermé, les indices visibles montrent qu’elle restera pour un temps encore au niveau de niches expérimentales. A la fin 2017, l’investissement chinois dans la filière des neutrons rapides et dans le retraitement n’était toujours pas à la hauteur de ceux effectués par l’Europe, la Russie et le Japon.

Au-delà des incertitudes économiques et technologiques ou de l’aléa des innovations – dont la principale serait la mise au point d’un système de stockage de l’énergie électrique modifiant de fond en comble le paysage global de l’énergie -, l’un des principaux obstacles est politique, lié à l’actuelle structure très concentrée du pouvoir qui, encore plus qu’avant, rendrait la tête du régime responsable d’un accident grave, créant les conditions d’une crise politique.

Mais alors que le Bureau Politique, prudent et circonspect, se fixe une échéance à 2030, le lobby des experts nucléaires pousse le pouvoir à installer une capacité de retraitement et un réseau de centrales à neutrons rapides dès 2020.

En arrière plan caché mûrit un dilemme stratégique de première grandeur entre la direction politique et la filière nucléaire. Alors que les experts chinois voient l’énergie nucléaire à la fois comme la solution indépassable aux questions d’énergie et d’environnement, à quoi s’ajoute l’expression d’une puissance politique et technologique exportable à l’étranger, la direction politique, plus circonspecte, inquiète des risques politiques pourrait bientôt se ranger à la conception occidentale voyant la filière nucléaire comme une transition vers des sources d’énergie plus sûres.

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A partir du milieu du siècle, la Chine sera confrontée au défi de remplacer ses centrales vieillissantes. Le choix des modèles de remplacement dépendra du paysage technologique offrant ou non des solutions de rechange ; il dépendra aussi de l’idée que se fera le régime du niveau de risques résiduels inhérent aux réacteurs à neutrons rapides. Un succès sur cette voie revitalisera la filière globale et y maintiendra à flot le niveau des investissements.

En revanche, un échec réduirait les perspectives globales des centrales à neutrons rapides. Si un accident survenait en Chine – dont certains chercheurs de l’Institut chinois de l’énergie atomique reconnaissent que la probabilité augmente arithmétiquement avec le nombre de centrales – c’est toute la filière globale qui en subirait le contrecoup.


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