›› Politique intérieure
Le 21 avril, le pays tout entier a observé un jour de deuil national. A côté des efforts du gouvernement, soulignés par la visite, le 17 avril, de Hu Jintao à Jiegu, où près de 90% des bâtiments, y compris les temples, se sont effondrés, des milliers de moines, venus parfois de très loin, ont participé aux secours, procédant à l’enterrement ou à la crémation des corps des victimes.
Le 17 avril, ils ont organisé une grande cérémonie autour de la crémation de plus d’un millier de corps. Les officiels du Parti et de la Police Armée Populaire, dominant leur crainte de troubles organisés, ont laissé faire, observant de loin les autels de fortune dressés dans la neige, écoutant dans la nuit les sutras chantés autour des foyers de fortune, à la lueur des lampes à beurre. Et quand des moines se mirent à prier la photo interdite du Dalaï Lama, personne non plus n’a réagi.
Certains veulent voir dans cette tolérance née du désastre, le signe que Pékin est désormais disposé à mieux tenir compte de la culture tibétaine pour le développement à venir de la région. Ces espoirs renvoient au très inhabituel éloge public de Hu Yaobang rédigé par Wen Jiabao, le 15 avril dernier dans le Quotidien du Peuple, le jour même de l’anniversaire de la mort de l’ancien Secrétaire Général. Ce dernier avait été limogé par Deng Xiaoping pour avoir témoigné un esprit d’ouverture jugé dangereux pour la survie du Parti.
On se souviendra en particulier que Hu Yaobang, dont Wen Jiabao, alors n°2 du Secrétariat du Comité Central, était un des collaborateurs directs, prônait une politique tibétaine, dont certains points, tels que la réduction du nombre de Han installés au Tibet et l’autonomie réelle de la région, étaient proches des actuelles revendications du Dalai Lama.
Mais il faudra attendre encore longtemps avant que la communauté des moines retrouve confiance, alors que, comme chacun s’y attendait, le Parti a refusé au Dalai Lama, pourtant né au Qinghai, l’autorisation de se rendre sur les lieux du sinistre. Dans le même temps, Pékin tente de promouvoir son propre chef religieux, le Panchen Lama, choisi par le Parti en 1995. Mais ce dernier, seulement âgé de 19 ans, est encore très loin de susciter la même ferveur que le chef religieux exilé en Inde.
Enfin, comme pour faire contrepoids au style bénévolent de Wen Jiabao, et contredire les espoirs d’une meilleure approche culturelle de la question tibétaine, le pouvoir, inquiet des rassemblements de moines venus du Tibet et du Sichuan voisins, se raidit à nouveau. Le 19 avril, 5 jours seulement après le désastre, Jia Qinglin, n°4 du régime, appelait à la vigilance pour « garantir, l’unité et la stabilité de la zone du sinistre contre des forces hostiles étrangères qui tentent de saboter les secours ». Dans la foulée, les représentants du Parti ont demandé aux moines non originaires de la région de rentrer chez eux. Une décision qui a immédiatement fait surgir de profondes frustrations au sein de la communauté des moines.
