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Chine – Afrique : De la quête des matières premières à la coopération. Sur fond de manœuvre géopolitique

Réfuter les accusations de colonialisme.

Avec plus de 10 000 entreprises présentes en Afrique, l’image de la Chine qui met en œuvre de nombreux programmes de formation sur le terrain, se modifie de manière positive. Selon les sondages elle dépasse celle des Occidentaux. Deborah Brautigam à la tête du programme Chine à l’Institut John Hopkins dénonce les approximations des critiques adressées à la Chine en Afrique. Il est faux de dire que 88% des investissements chinois ont été consacrés à l’énergie fossile comme l’affirme le Guardian le 23 juillet. Entre 2000 et 2015 Pékin a consacré 10 Mds de $ à l’hydraulique et près de 1,5 Mds de $ à l’énergie solaire éolienne et géothermique. Dans le même temps, elle n’a dédié que 4 Mds de $ aux centrales thermiques au gaz et au charbon.


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Avec l’aide des dirigeants africains en général satisfaits de leur coopération avec la Chine, la direction politique à Pékin et les médias chinois se sont appliqués à contredire les critiques fustigeant l’exploitation par la Chine des ressources primaires africaines et le creusement des dettes des pays insolvables dont les finances sont aux abois. A cet effet, le 6 septembre le magazine Caixin publiait un entretien avec le président sud-africain Cyril Ramaphosa.

Dans un contexte général où la valeur du commerce Chine – Afrique a explosé de 10 Mds de $ en 2000 à près de 170 Mds de $ en 2017, tandis que le total des échanges avec les pays de l’UE [2] est en recul de 28% depuis le pic de 2012 où il avait atteint 390 Mds de $, le président sud-africain estime que les relations Chine – Afrique sont entrées dans leur « âge d’or ».

Pour lui, malgré un déficit commercial à l’avantage de Pékin, les relations étaient souples, les prêts et les dons adaptés aux situations et aux pays, tandis que l’aide chinoise n’exigeait aucune condition politique en retour.

Surtout, le président sud-africain était sensible à la « solidarité », une vertu que Pékin a beaucoup cultivé ces dernières années en Afrique, précisément pour tenir à distance sa réputation toxique de pays « néocolonialiste exploiteur » : « Quand nombre de pays ont quitté l’Afrique au moment d’Ebola, dit le président sud-africain, la Chine y a envoyé des équipes médicales. »

Liban Soleman, chef d’orchestre à Libreville du plan pour le « Gabon Emergent » dénonce également la mauvaise foi des critiques adressées à Pékin. Pour lui, la Chine offre à l’Afrique une des coopérations les plus souples et les plus avantageuses avec des prêts à faible taux et la construction d’infrastructures à des prix sans équivalent sur le marché.

Il reste que, dans un contexte où le volume du commerce Chine Afrique a augmenté de plus de 17% au cours du seul premier trimestre 2018, après une croissance de 19% en 2017, il est difficile pour Pékin d’occulter la part (45,3%) des importations des ressources primaires dans le total des achats chinois (l’Angola avec 19,8 Mds de $ d’exportations de pétrole vers la Chine, tient le haut du pavé).

De même, les arguments chinois qui réfutent les critiques accusant la coopération chinoise de nourrir les régimes corrompus alors que Xi Jinping bataille férocement en Chine pour éradiquer la prévarication, sont plus proches de la propagande politique que de la réalité.

« Nos interlocuteurs africains officiels ont été élus ; ils sont nos seuls interlocuteurs possibles », dit à titre d’excuse, Cheng Tao, ancien n°1 de la division Afrique du Waijiaobu et ancien ambassadeur au Mali et au Maroc.

Mais Cheng s’exprimant de l’estrade chinoise où les élections ne sont qu’une mise en scène, fait semblant d’oublier que, dans nombre de pays, les scrutins qui perpétuent les dictatures, sont traversés par un vaste éventail de fraudes allant de la manipulation des listes électorales, au non respect de la confidentialité des isoloirs en passant par le bourrage des urnes et les menaces militaires.

Pékin, dont le souci démocratique est accessoire, ferme les yeux, en expliquant que l’aide chinoise n’est pas un appui à un dirigeant particulier mais une aide aux populations qui, dit le ministre du commerce Zhong Shan, se traduit aussi par des formations techniques de plusieurs dizaines de milliers d’Africains par an.

Pour Jiang Zengwei, chargé au Waijiaobu de la promotion du commerce international, la formation de la main d’œuvre africaine (la plupart des 10 000 entreprises chinoises engagées en Afrique se disent prêtes à participer à la formation des Africains) réduira le volume de la main d’œuvre chinoise importée, autre critique récurrente adressée à la coopération chinoise par ses détracteurs.

Une aide substantielle. Rattrapage, plus que « déferlante ».

La carte publiée par The Economist montre l’état des finances de pays africains plus ou moins lourdement endettés. Les plus sérieusement touchés sont le Mozambique, le Congo Brazzaville et le Ghana. Mais Pékin nie que sa coopération en serait l’origine qui est bien antérieure. La réalité des situations est contrastée. S’il est vrai que le Ghana s’est principalement endetté sur les marchés tandis qu’en moyenne les finances chinoises sont engagées à hauteur de 10 à 30% des dettes, certains pays comme l’Angola (37,4 Mds $ de dettes dont 56% sont détenues par la Chine) Djibouti ou la Zambie, sont fortement dépendants de la Chine.

Encore faut-il distinguer entre l’Angola qui bénéficie des largessess financières de la Chine en échange de ses exportations de pétrole et la situation de pays comme Djibouti dont la charge de la dette remboursée à la Chine à 7% oblitère la presque totalité du budget public, créant une vulnérabilité géopolitique de première grandeur. La Zambie (30 millions de prêts sans intérêt et 30 millions de dons accordés par Pékin durant le forum) fait également partie de pays entrés dans le sillage géopolitique de Pékin.


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Après la vigoureuse défense de la coopération sino-africaine contre ses contempteurs qui l’accusent de rejouer les « exploiteurs coloniaux », le 7e sommet Chine – Afrique fut aussi l’occasion de préciser l’allocation des prêts, crédits et aides directes accordés à l’Afrique que Déborah Brautigam de l’Institut John Hopkins répartit comme suit (en US $) : 20 Mds de nouveaux crédits ; 15 Mds de d’aide directe, dons, prêts sans intérêts et prêts à taux préférentiels ; 10 Mds pour la création d’un fonds spécial de financement de projets de développement prioritaires ; 5 Mds destinés à payer en Chine les importations venant d’Afrique.

Contrairement aux analyses spéculant sur un déferlement sans mesure des capitaux chinois on constate d’abord que le total des promesses de prêts et la somme de ceux déjà alloués est en recul de 5 Mds par rapport à 2015.

L’agence de coordination de l’aide, réplique de l’US Aid, a aussi réduit les lignes de crédit et l’aide à l’export à 20 Mds de $, alors que les prêts sans intérêts ont été basculés dans l’aide directe à hauteur de 15 Mds de $ sur 3 ans. Dans ce schéma, les annulations de dettes ne sont réservées qu’aux prêts sans intérêt accordés aux plus pauvres, pays sans débouchés maritimes ni ressources dont les budgets étouffent sous les charges de remboursement.

Enfin, si on compare la destination générale des investissements directs chinois à l’étranger (IDE), on constate que l’effort actuel dont les médias font grand cas, effet miroir des hyperboles de la propagande chinoise, est en réalité plus un rattrapage qu’une « déferlante ».

Les statistiques chinoises (MofCOM) reprises par une analyse de Thierry Pairault (CNRS) montrent en effet que, depuis 2007, la part des IDE chinois en Afrique n’avait cessé de diminuer pour représenter à peine 2% en 2016, contre 12% dans l’ UE et 8% aux États-Unis. Lire : China in Africa : Goods Supplier, Service Provider rather than Investor

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La dernière caractéristique du 7e sommet Chine – Afrique comme l’appelle toujours le China Daily en dépit du changement de nom renvoie à l’un des plus grands atouts affichés par le régime en ces temps bouleversés. Par contraste avec les hésitations politiques des démocraties confrontées à des contestations internes, il proclame avec assurance sa très rassurante capacité à projeter une coopération stable et confiante dans le très long terme.

Une rassurante projection à long terme.

Le projet « renaissance africaine – l’Afrique que nous volons » croise celui de la renaissance de la Chine qui a bien compris l‘avantage qu’elle pourrait tirer d’affirmer sa volonté d’accompagner l’Afrique sur le long terme.


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Le thème de la projection Chine – Afrique à l’échéance 2063, évoqué par Xi Jinping lors de son discours a fait l’objet d’un article signé par le Kenyan Benard Ayieko, consultant économique et commentateur, publié le 6 septembre par le magazine Beijing Review fondé en 1958, relais en une dizaine de langues dont l’Arabe et l’Indonésien du discours officiel du Parti dans ses relations au reste du monde.

Vu de Pékin, l’article qui reprend les objectifs africains du plan, détaille aussi la « feuille de route » Chine – Afrique pour les 45 ans qui viennent. L’accent est mis sur la coopération technique « multi secteurs » et la transformation socio-économique du continent où la coopération chinoise joue un rôle majeur.

Des séminaires sont tenus sur un réseau intégré de TGV, une université en ligne, une stratégie africaine commune pour réduire la dépendance aux ressources primaires, une zone africaine de libre échange, une politique commune l’énergie, un système financier homogène et, mais la liste n’est pas close, un réseau de transport aérien intégré.

A ces secteurs stratégiques s’ajoutent les préoccupations de solidarité et de développement exprimées par Pékin depuis de nombreuses années, avec des projets d’aide à l’industrialisation, la formation de la jeunesse, la sécurité alimentaire, la sécurité des personnes, la santé publique et la prévention des épidémies.

Au passage, resurgit l’intention géopolitique sino centrée, visant à contrebalancer l’influence de Washington et de ses alliés occidentaux : « Pour que le Continent soit un zone commerciale plus forte, il est nécessaire d’adopter une monnaie indépendante du Dollar américain, de la Livre britannique et de l’Euro. Dans ce contexte, le meilleur choix possible serait la monnaie chinoise qui protégerait les monnaies africaines de l’instabilité ».

Sur les perspectives du RMB comme monnaie de référence globale, lire :
- Le Renminbi accède au cercle fermé des monnaies de référence du FMI.
et :
- Le Yuan, l’étalon Or et le pétrole. Décryptage d’un mythe.

Notes :

[2Lire : Assessing Africa-EU trade relations. La somme des échanges avec les pays de l’UE à 280 Mds de $ fait que le groupe des 28 était encore en 2017, et en dépit du recul, le premier partenaire commercial de la Chine.


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