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›› Editorial

Chine / Etats-Unis : une nouvelle guerre froide ? Ou la résurgence des « Valeurs asiatiques » ?

Les présidents russe et chinois lors de la conférence de Shanghai sur les mesures de confiance.

Manœuvre planétaire de contournement…

Depuis 2012, dans la foulée des annonces de la bascule stratégique de Washington vers le Pacifique occidental, la contestation de l’Amérique et de l’Occident s’affirme de plus en plus autour de « l’axe Pékin – Moscou » sous un forme qui ressemble à une guerre froide d’un type nouveau. Les rapports de force ne s’y calculent en effet plus seulement en termes d’équilibre militaire figé et menaçant.

Désormais, la rivalité est aussi portée par l’influence commerciale, la promesse d’investissements, les traités de libre échange et l’ouverture de nouvelles routes de circulation par des réseaux ferrés intégrés et concurrents des voies maritimes traditionnelles. En somme, une stratégie planétaire de contournement par la souplesse des échanges de biens et de personnes de la force militaire américaine, présentée comme intrusive et répressive, une hypothèse il est vrai assez souvent confortée par la résurgence récurrente de la vieille lune stratégique du Pentagone et des « Think Tank » conservateurs : « Roll back Russia, contain China ».

…Qui s’est récemment accélérée

La réalité de « l’axe Pékin – Moscou » opposé aux intrusions américaines en Asie et sur les marches de la Russie autour de la crise ukrainienne s’est récemment spectaculairement renforcée à la suite des déclarations du Président Xi Jinping durant le dernier sommet de Shanghai sur les mesures de confiance en Asie.

Le Secrétaire Général du Parti Communiste Chinois y a en effet répété que la vision sécuritaire univoque de Washington n’était pas la bienvenue. Surtout, la proximité stratégique entre la Chine et la Russie a pris une forme concrète par la signature de leur accord gazier suspendu depuis dix ans à un arrangement sur le prix et les modalités de financement par les banques chinoises.

Mais l’occurrence qui rappelle le plus la guerre froide est bien que ni Pékin ni Washington, engagés dans un face à face dissuasif articulé autour de l’arme nucléaire n’ont l’intention de monter aux extrêmes militaires. Plus encore, leurs échanges acrimonieux tiennent plus de la posture que de la menace réelle comme le suggère le maintien de leurs échanges militaires.

En dépit de sérieux à-coups, ces derniers témoignent que l’un et l’autre effrayés par le spectre d’un dérapage catastrophique, n’ont pas non plus l’intention de se laisser entraîner dans un conflit même limité et localisé. Les collatéraux de cette hypothèse ne sont flatteurs ni pour l’Europe, ni pour l’Asie du Sud-est, ni d’ailleurs pour Moscou, devenus pour les deux hégémons des préoccupations périphériques ou, au mieux, des prétextes opportunistes.

Postures guerrières et arrières pensées hégémoniques


L’Europe, la Russie et l’Asie du sud-est marginalisées

En Asie, le Pentagone continue à faire entendre ses « bruits de ferraille », mais la Maison Blanche est à l’évidence bien déterminée à ne pas céder à une provocation qui l’obligerait à engager le combat avec la Chine. Au milieu des postures agressives de l’US Navy, Tokyo et Taipei ont d’ailleurs, depuis plusieurs années déjà, commencé à douter de la détermination américaine.

Quant à la Chine qui - en partie pour des raisons de prestige interne -, exprime de manière très agressive et désinvolte son désir hégémonique en mer de Chine de l’Est et du sud, elle fait le calcul que son influence dans la région est désormais à ce point assise qu’elle ne sera pas durablement écornée par les conséquences de ses bravades territoriales.

En Europe, Washington compte sur la proximité culturelle avec ses alliés et l’impotence stratégique de l’UE pour faire oublier l’absence de subtilité de ses « politiques chiffons rouges » qui déclenchèrent l’ire de Moscou à propos de la question ukrainienne.

La Russie enfin est échauffée et humiliée par l’obsession américaine de repousser son influence vers l’est articulée autour d’une longue séries de provocations mises en œuvre depuis le milieu des années 90 sur ses marches, attisées, entre autres, par la Pologne et relayée par la bureaucratie Bruxelloise. Mais elle devra s’accommoder de la puissance de l’allié chinois dont les appétits commerciaux et énergétiques sont sans limites.

En attendant et dans un pur schéma de guerre froide, les militaires russes continuent à participer régulièrement avec l’Armée Populaire de Libération à des manœuvres à proximité des côtes chinoises, postures martiales homothétiques de celles des Américains et de leurs alliés dans la région.

Dans cette nouvelle compétition planétaire où la Chine rejette le magistère de Washington qui, à la différence de la première guerre froide, mêle les ingrédients de la puissance douce à ceux des machineries militaires, il reste une inconnue redoutable que l’arrogance des rivalités stratégiques a tendance à oublier : les très imprévisibles et très incontrôlables émotions nationalistes que tous les acteurs attisent à des degrés divers, cordeaux détonants des luttes hégémoniques.


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