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›› Editorial

Chine / Etats-Unis : une nouvelle guerre froide ? Ou la résurgence des « Valeurs asiatiques » ?

Le 19 mai 2014 sur la base navale de Wusong - Shanghai, des marins du destroyer lance missiles Zhengzhou en visite à bord croiseur lance missiles russe Varyag.

NOTES DE CONTEXTE (2)

Washington obsédé par la « chasse » aux espions chinois

Pékin a fermement réagi aux accusations américaines rendues publiques le 19 mai par le procureur général Eric Holder selon lesquelles l’Armée Populaire de Libération se livrait à des attaques et à des vols de données contre les système informatiques de grands groupes américains, soit pour déjouer les dispositifs de protection des technologies sensibles, notamment ceux du fabricant de centrales nucléaires Westinghouse, soit en représailles des campagnes menées par des groupes américains à l’OMC dans les secteurs de l’acier et des panneaux solaires contre le non respect par les sociétés chinoises des règles du commerce international.

La colère chinoise est d’autant plus féroce que, pour la première fois dans l’histoire des relations sino-américaines et du renseignement mondial, la justice des États-Unis a lancé une procédure ouverte contre 5 officiers de l’APL nommément désignés, dont la photo est diffusée aux États-Unis.

Dans un contexte où, après l’affaire Snowden qui avait mis à jour l’ampleur des écoutes tous azimuts de la NSA, Washington est très mal placé pour donner des leçons de morale sur l’espionnage, l’initiative du FBI et de la justice américaine apparaît comme un emballement néfaste.

Outre qu’il semble démontrer qu’aux Etats-Unis comme ailleurs, la puissance des grands groupes industriels transnationaux dépasse celle des pouvoirs publics, le dérapage indique peut-être aussi un recul de la conscience stratégique globale des élites américaines dont l’attention pourrait désormais plus se focaliser sur les intérêts de leurs groupes économiques.

Cette tendance très contreproductive qui donne des Etats-Unis une image égocentrique et désinvolte s’est d’ailleurs déjà manifestée à l’occasion des négociations commerciales autour des projets des partenariats « transpacifique » ou « transatlantique » où les réticences des signataires potentiels se sont toutes élevées contre les articles des accords donnant aux groupes transnationaux américains une prévalence juridique sur les législations nationales.

Après avoir nié l’implication de ses services de renseignements militaires dans les attaques contre les systèmes informatiques des sociétés américaines - démenti qui ne trompe personne, pas plus que n’est crédible le discours américain établissant une différence entre la recherche de renseignements « de sécurité nationale » qui serait acceptable et celle « à vocation technologique et commerciale » qu’il faudrait condamnable -, Pékin a, comme à son habitude, déclenché des représailles.

Celles-ci ont ciblé Microsoft et son système d’exploitation Windows 8 interdit en Chine et Westinghouse dont les négociations avec les autorités nucléaires chinoises pour 8 réacteurs AP 1000 ont été interrompues. (4 autres réacteurs sont déjà en construction dont un est presque achevé à Sanmen).

Manœuvres navales sino-russes

Les 20 mai, les marines de l’APL et de la Russie ont commencé une manœuvre navale conjointe au large de Shanghai. 3e du genre, l’exercice qui durera une semaine implique 14 navires de surface, 2 sous-marins, 9 avions de combat et des hélicoptères.

Compte tenu de la nature des bâtiments impliqués – croiseurs lance-missiles, équipements anti-sous marins et anti aériens, navires amphibies hélicoptères de forces spéciales - , le thème général de la manœuvre pourrait être la coordination des défenses anti-aériennes et anti-sous marines, peut-être assortie d’un exercice de débarquement de vive force, ce qui serait une première dans ce type d’exercice.

Lors du lancement de l’exercice à la base navale de Wusong de Shanghai, les discours de Xi Jinping et Poutine ont naturellement fait référence à la situation géostratégique et, à mots couverts, à la tendance intrusive des Etats-Unis dans le contexte des tensions régionales avec les Philippines, le Vietnam et le Japon. Pour le président chinois, conforté par la présence de son allié, l’exercice qui survient trois semaines après l’exercice Balikatan des Etats-Unis avec les Philippines, traduit « la détermination inébranlable de la Russie et de la Chine à faire face aux nouvelles menaces contre la stabilité de la zone ».

En participant à ce déploiement de forces Poutine espère afficher la caution chinoise sur la scène mondiale et dans l’affaire ukrainienne, où le Bureau Politique chinois effrayé par l’ingérence russe en Ukraine, dangereux précédent pour Pékin qui craint plus que tout l’ingérence extérieure, s’était jusqu’à présent montré circonspect. Après les échauffourées avec les Etats-Unis sur l’espionnage et dans sa zone d’intérêt stratégique, Pékin a montré une plus grande solidarité avec Moscou. Mais les Russes ne peuvent espérer que l’APL accepte de sortir de sa réserve pour participer à un exercice militaire à l’est de l’Europe.


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