Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Editorial

Chine – Europe. Bruxelles se cabre en plein « BREXIT »

Durcissement de la position européenne.

Le déficit commercial de l’Union avec la Chine était de 182 Mds d’€ à l’été 2015. (Eurostat). 97% des produits importés par les pays de l’Union sont des produits manufacturés. La Chine est le 2e partenaire commercial de l’UE après les États-Unis.

*

S’éloignant de la bonne volonté complaisante qui avait présidé aux négociations pour l’accès de la Chine à l’OMC à la fin des années 90, le durcissement du ton s’accompagne d’une critique des atteintes au droit des affaires et au droit de propriété intellectuelle et suggère de faire peser la menace qu’après 2016 – date d’échéance de certaines provisions du protocole d’accès à l’OMC installant des modalités préférentielles pour la Chine – l’UE durcisse les conditions d’investigation du dumping chinois.

Ce changement d’attitude qui, dit le rapport, correspond à une « approche globale pour éradiquer les causes sous-jacentes des surcapacités », serait accompagné par le renforcement et la modernisation des instruments de défense du commerce et du marché européen selon les modalités proposées par la Commission en avril 2013.

La proposition d’ajustement des stratégies européennes est clairement explicitée dans un des objectifs affirmant que « la priorité immédiate de l’UE est un accord global sur les investissements visant à approfondir et rééquilibrer les relations économiques avec la Chine ». Le but est désormais de garantir la réciprocité dans l’ensemble des champs de la relation commerciale et des investissements.

A cet effet, – et il s’agit là d’une modification essentielle de l’approche européenne de la Chine -, l’UE entend se donner les moyens 1) de mieux mesurer le degré d’ouverture des marchés chinois aux produits européens et 2) d’évaluer la nature et les conséquences des coopérations en R&D consenties par certains groupes européens. Une insistance particulière concerne la coopération financière jugée essentielle compte tenu des risques de répliques hors de Chine d’une secousse bancaire.

Le papier contient quelques autres signes plus ou moins discrets du changement de ton de l’UE. En dépit du rappel de l’intérêt européen pour la signature rapide d’un accord sur les investissements, la question de l’attribution à la Chine du statut d’économie de marché - auquel le parlement européen s’est opposé le 12 mai 2016 -, n’est jamais évoquée. De même, alors que les États-Unis viennent de lever l’embargo sur les ventes d’armes au Vietnam, le document qui ne fait que rappeler les dispositions de l’interdit qui frappe la Chine, semble souligner que le moment n’est pas encore venu de tourner la page d’une sanction qui date pourtant de plus d’un quart de siècle.

L’UE du côté du droit de la mer.

Différentes revendications de mer de Chine du sud. En rouge le tracé de la « ligne de 9 traits » chinoise qui réclame toute la mer de Chine du sud. A l’ouest des Philippines les récifs des Scarborough occupés par la Chine situés dans la ZEE des Philippines . Un autre récif « James Shoal » dans la ZEE de la Malaisie est également convoité par Pékin. Depuis le début d’année la marine indonésienne a ouvert trois fois le feu sur plusieurs chalutiers chinois. Le dernier incident a eu lieu le 20 juin au cours duquel un chalutier chinois a été endommagé et un marin blessé.

*

En politique extérieure et sur les questions stratégiques, après le passage obligé de la « reconnaissance d’une seule Chine » et le rappel des négociations en cours depuis de longues années (désarmement et arrêt des essais nucléaires, exportations d’armement, code de conduite sur l’emploi des armes balistiques, Corée du nord etc.), les auteurs suggèrent de se ranger clairement du côté des pays ayant sollicité l’arbitrage de la Cour internationale de La Haye contre Pékin à propos des différends en Mer de Chine du sud et exhortent la Chine à respecter le droit international et la liberté de navigation.

Au demeurant, le sujet des controverses n’est pas la liberté de navigation, argument vide utilisé par Washington pour accréditer l’idée que les États-Unis restent neutres. La vraie question est la revendication exorbitante du Politburo sur toute la mer de Chine du sud, à quoi s’ajoutent les réclamations illégales autour des bétonnages d’îlots et les empiètements chinois dans les ZEE des riverains qui, après Hanoi et Manille, commencent à impatienter Kuala Lumpur et Djakarta. Lire notre article Mer de chine du sud. Mythes et réalités

Quoi qu’il en soit, compte tenu de la fermeté de la position chinoise sur la question à propos de laquelle Pékin a réussi à rallier une quarantaine de pays allant de l’Afghanistan au Burundi, en passant par le Niger, le Cambodge et le Laos tous en difficulté économiques et financières auxquels la Chine prodigue une aide opportune en échange de leur appui dans le conflit où la Russie, également en froid à la fois avec Washington et l’UE, s’est elle aussi rangée derrière le Politburo chinois, il est facile d’anticiper qu’une prise de position dure de la Commission attiserait encore la méfiance réciproque entre Pékin et l’Europe.

Et ce n’est pas le dernier passage de Xi Jinping à Belgrade où le Président chinois a rendu hommage aux victimes « martyrs » de l’attaque américaine contre l’ambassade de Chine le 7 mai 1999 durant le conflit en ex-Yougoslavie - à l’époque sévèrement condamnée par Moscou culturellement et viscéralement proche des Serbes -, qui contribuera à apaiser les tensions en cours.

Par ce truchement mémoriel, la rivalité stratégique entre Pékin et Washington s’est invitée au cœur de la vieille Europe, s’ajoutant aux transes provoquées par les tensions entre Washington et Moscou aux marches orientales de l’Union.

La Chine incitée à mieux participer à la sécurité globale.

En mai 2015, la Chine a pour la première fois de son histoire envoyé un bataillon de combat au sud soudan pour protéger les installations de CNPC. Mais la Haute représentante souhaiterait que Pékin s’implique plus dans la sécurité globale au Moyen Orient et en Afghanistan.

*

Plus largement, par ce qui n’est peut-être qu’un vœu pieux, le document suggère d’exhorter la Chine dont l’empreinte globale augmente, à jouer un rôle plus important dans les affaires de sécurité de la planète auquel Pékin ne semble cependant pas prêt, en tous cas pas en se conformant aux schémas européens qui sont ceux des États-Unis.

Ainsi, en dépit de la récente bonne volonté de la Chine pour faciliter l’accord iranien, il est peu probable que le Politburo accepte comme le souhaite le papier et au risque de perdre sa marge de manœuvre, de jouer le jeu des Européens qui est celui de Washington, en Syrie, en Irak, en Lybie et encore moins en Afghanistan trop proche du Pakistan, première priorité stratégique de la Chine dans la région. On ne voit pas non plus comment Pékin pourrait contribuer, comme le souhaite Bruxelles, à alléger le défi migratoire qui frappe l’Union au point de gravement la déstabiliser.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Mer de Chine méridionale. Le fait accompli se pare de juridisme

En Afghanistan, Pékin face à la surenchère terroriste

La diplomatie du chantage. Quand le rapport de forces subjugue le droit

« Adoucir l’image internationale de la Chine ». Les intellectuels à la manœuvre

Le défi de la sécurité des Chinois au Pakistan