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Chine – Taïwan – Etats-Unis, sérieux orages en vue

Tsai exploite son avantage.

Restée 4 jours aux États-Unis à New-York et Denver, le 12 juillet, sur fond de drapeaux taïwanais et américain emmêlés, Tsai en a profité pour placer l’enjeu de la prochaine présidentielle à hauteur d’un combat global pour la démocratie. « Beaucoup qualifient Taiwan de "miracle démocratique" mais je ne crois pas aux miracles. Je crois en la volonté des gens et à leur vision d’un monde meilleur » (…) « La survie de Taiwan dépasse l’enjeu des relations entre les deux rives du détroit de Taiwan. Nous sommes un bastion démocratique vital dans la région indopacifique, et le monde entier suit étroitement le précédent que nous établirons pour l’avenir de la démocratie ».


*

Aujourd’hui, Tsai s’engouffre avec détermination dans la brèche ouverte par les troubles à Hong Kong, reflets du centralisme obstiné, antidémocratique et impatient de Pékin. La remontée dans les sondages de Tsai avait d’ailleurs commencé immédiatement après sa réponse directe aux vœux de Xi Jinping, le 2 janvier dernier (lire : Les défis de l’obsession réunificatrice).

Son discours d’alors, réponse du tac au tac au n°1 chinois, spéculait sur une réalité traversant tous les partis politiques. Jamais les Taïwanais qu’ils soient d’obédience politique proche du KMT se considérant comme les authentiques dépositaires de l’héritage historique de la Chine d’après 1911 ou les tenants d’une politique de rupture avec le Continent, arrière-plan idéologique de la présidente Tsai Ing-wen, n’accepteraient un arrangement qui placerait l’Île dans une position de subordination au Parti Communiste chinois.

C’est bien ce qu’elle a répété avec un sens consommé des symboles le 4 juin dernier, le jour même du 30e anniversaire de la répression de Tian An Men dans un « tweet » adressé aux « amis amoureux de la liberté à Hong Kong et en Chine » : « Soyez certains que malgré les menaces, Taïwan continuera à défendre la liberté et la démocratie (…) Aussi longtemps que je serai au pouvoir, Taïwan ne cédera jamais aux pressions ».

A 6 mois du scrutin du 11 janvier 2020, l’incertitude électorale continue certes à peser sur Tsai.

En dépit des vents favorables levés à la faveur de l’orage hongkongais, rien ne dit qu’elle sera capable de maintenir la force de la vague qui la porte. Son bilan intérieur qu’elle a promis de corriger, reste mitigé ; ses adversaires du KMT ne ménageront pas leurs attaques pour stigmatiser les tensions dans le Détroit portées par son refus de reconnaître le consensus de 1992 ;

Sans compter que le maire indépendant de Taipei Ko Wen-je, comptant lui aussi parmi les « amis de Pékin » également capable de rallier la jeunesse, pourrait « siphonner » une partie des voix du DPP effrayées par les risques d’un durcissement des relations avec Pékin.

Pour l’heure cependant, Tsai exploite la faille ouverte sur les thèmes des libertés et de la démocratie. Le 11 juillet, elle quittait Taipei pour un voyage officiel aux Caraïbes [2], mais prenait soin de donner un lustre et une visibilité inédits à une escale de 4 jours à New-York et Denver qui contrastait avec l’habituelle discrétion des passages aux États-Unis des présidents Taïwanais.

Resserrement des liens entre Taipei et Washington.

Signé fin décembre 2018, le « Asia Reassurance Initiative Act » réaffirmait l’intérêt de Washington pour la zone Asie-Pacifique, afin dit la Maison Blanche « d’y protéger la sécurité de l’Amérique, ses intérêts économiques et ses valeurs ». Taipei qui y a vu une réaffirmation du soutien à l’Île, l’a accueilli avec soulagement dans le contexte de tensions croissantes dans le Détroit. Avec en arrière-pensée les obligations du Taiwan Relations Act, la décision suppose le développement des visites de haut niveau dans l’Île et la vente d’équipements militaires. Pékin a fustigé la décision « contraire à l’esprit de la politique d’une seule Chine ».


*

Pour la première fois de l’histoire, un président taïwanais participait à un événement officiel couvert par la presse au bureau de représentation de Taipei aux États-Unis, où Tsai accueillit les ambassadeurs aux NU des quelques pays, la plupart sud-américains, reconnaissant encore la souveraineté de l’Île, tandis que sur le trottoir d’en face des manifestants chinois résidant aux États-Unis exprimaient leur colère aux cris de « A bas Taïwan. Unifions la Chine ».

Circonstance aggravante pour Pékin, l’occurrence s’est accompagnée d’une vente d’armes américaines à l’Île, d’une valeur de 2,2 Mds de $, la plus importante de ces dernières années, comportant notamment 108 chars Abraham et 250 missiles anti-aériens portables Stinger.

Décrié par Pékin qui reproche à Washington de ne pas se conformer aux « Trois communiqués », le choix des équipements est clairement une réponse aux exercices chinois simulant une attaque de l’Île par des troupes aéroportées et des chars amphibies. Lire : Dans l’œil du cyclone, veillée d’armes électorale et Le « Taïwan Relations Act » et les illusions du statu-quo.

4e décision américaine de transfert d’équipements militaires à l’Île depuis l’arrivée à la Maison Blanche de D. Trump et la 2e cette année, la nouvelle, associée à celle de la visite « profil haut » de Tsai aux États-Unis a logiquement provoqué une réaction courroucée de Pékin qui a d’abord demandé à Washington de sursoir à la vente.

Le 9 juillet, le porte-parole du Waijiaobu Geng Shuang accusait Washington de « grossière interférence dans les affaires intérieures de Pékin, heurtant la souveraineté de la Chine, menaçant sa sécurité et la stabilité dans le Détroit. » Un bref moment, la querelle dans le Détroit s’est exprimée dans les rues de New-York quand, au plus fort des échauffourées entre pro et anti Tsai, la police a du séparer un affrontement entre les deux groupes.

Plus généralement, alors qu’aux injonctions de Pékin décrivant la réunification comme une nécessité historique, Tsai oppose les principes de liberté et de démocratie, la Maison Blanche qui dit respecter le principe « d’une seule chine », s’est engagée dans une voie donnant corps à l’hypothèse d’un sérieux rapprochement entre Taïwan et Washington.

L’arrière-pensée est non seulement d’exercer un contrepoids aux pressions militaires chinoises en multipliant les passages de l’US Navy dans le Détroit - une dizaine de fois depuis juillet 2018 - , mais également de favoriser la survie du seul pays authentiquement démocratique du Monde Chinois.

Cette réalité a commencé s’exprimer lors de la signature par D. Trump en mars 2018 du Taïwan Travel Act, suivi en août par une première visite « profil haut » de Tsai aux États-Unis, marquée par le discours à la Bibliothèque Ronald Reagan de Los Angeles. Déjà, elle avait mis en exergue la liberté de l’Île, symbole de la démocratie globale face aux pressions chinoises.

Lire : « Quand Pékin harcèle Taïwan, Washington lui ouvre les bras. »

Pour l’heure la spirale des menaces et des ripostes n’a pas de cesse.

Le 12 juillet, la Chine envisageait ouvertement d’imposer des sanctions aux groupes industriels vendant des armes à Taïwan. Le même jour, dans un tweet, Cui Tiankai l’ambassadeur de Chine à Washington, mettait en garde contre les tentatives de séparer l’Île du Continent : « Ceux qui jouent avec le feu finiront par être eux-mêmes brûlés. »

Le 16 Juillet l’APL annonçait sans donner de détails l’organisation de manœuvres aéronavales au large de côtes sud-est de la Chine. Les déclarations du ministère chinois de la défense caractérisant les exercices de « routiniers » ne peuvent pas cacher l’augmentation de leur fréquence dans les parages de l’Île.

En 2018 seulement l’armée chinoise a organisé 5 exercices à tir réel dans le Détroit, tandis qu’en avril dernier des chasseurs J-15 franchissaient pour la première fois la ligne de partage de l’espace aérien entre l’Île et le Continent.

Lire : Taïwan : appelant à la rescousse la conscience des démocraties, Tsai tente d’échapper au face-à-face avec Pékin.

Notes :

[2St Vincent et Grenadines, Sainte Lucie, St Kitts et Nevis et Haïti.


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