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›› Editorial

Compétition stratégique mondiale. L’envers du décor et l’indigence de l’Europe

Enfin, alors qu’il est de plus en plus clair que la Chine entend prendre sa place dans le monde, selon des règles qui lui sont propres, sans se laisser dicter ses priorités, et encore moins le rythme de ses réformes, les interrogations des Occidentaux s’alimentent aussi des doutes sur la volonté de coopération de Pékin.

Ce scepticisme sur les visées à long terme de la Chine concerne un éventail de questions qui vont de la prolifération nucléaire au respect du droit de propriété et à l’accès aux marchés publics chinois, en passant par les intentions réelles du Régime sur la convertibilité de sa monnaie, les questions d’environnement et les ressources sensibles, ou encore ses stratégies d’influence tous azimuts, que les pays occidentaux perçoivent systématiquement, et de plus en plus, comme le contournement de leurs intérêts stratégiques historiques et le surgissement d’un intrus indésirable dans leur chasse gardée.

Pour les Etats-Unis, l’Union Européenne et leurs alliés, la relation avec la Chine, dont l’ombre portée sur la planète s’allonge, reste donc entourée d’une série d’inconnues qui vont de sa stabilité interne à ses intentions stratégiques globales. Le tout dans un contexte où les appétits de sa croissance lui imposent d’assurer coûte que coûte ses approvisionnements en ressources et en matières premières, de rechercher sans faiblir les débouchés pour ses exportations et ses entreprises, de plus en plus présentes dans les appels d’offres internationaux, tout en assimilant le plus vite possible, et, au besoins, par tous les moyens, le maximum de technologies high-tech, clés de sa réforme industrielle, pilier essentiel de sa modernisation.

Poursuivant sa stratégie d’influence, Pékin, qui a récemment dépêché en Europe le Président de la République Hu Jintao, le Premier Ministre Wen Jiabao et son successeur probable Li Keqiang, a, avec prudence, commencé à user de l’atout de sa puissance financière pour resserrer les liens avec Bruxelles et les pays de l’UE. En arrière plan se dessine aussi le souhait d’obtenir en retour quelques avantages commerciaux et technologiques, en même temps que l’appui de Bruxelles et des pays de l’UE pour la reconnaissance du statut d’économie de marché et la levée de l’embargo sur les ventes d’armes et les technologies de défense sensibles.

Il reste que, dans le jeu stratégique global, l’Union Européenne, encore traversée par des rivalités nationales, et aux prises avec une crise économique et financière majeure, fait pâle figure. Dans la plupart des enjeux décrits plus haut, sa voix pèse peu. L’avenir dira si elle saura se mettre en situation de jouer le rôle de médiateur planétaire entre les Etats-Unis, la Chine et les émergents que certains appellent de leurs vœux. Il n’est que temps, car on ne voit pas comment les tensions persistantes pourraient être apaisées sans une négociation globale dans un monde où le niveau de coopération politique global est encore indigent.

Dans un récent éditorial du Financial Times, également publié dans Le Monde du 18 janvier 2011, Martin Wolf écrivait : « la plus grande question du XXIe Siècle pourrait être de savoir si les ressources vont s’avérer une fois de plus des contraintes, comme elles l’on été si souvent avant 1800. L’ingéniosité continuera-t-elle oui ou non à compenser la rareté ? Si la réponse est oui, alors l’humanité entière pourrait un jour bénéficier des modes de vie que connaissent les gens les plus favorisés.

Si la réponse est non, nous pourrions alors succomber à ce que le professeur Morris appelle les cinq cavaliers de l’Apocalypse - changement climatique, famines, effondrement des Etats, migrations épidémies. De plus, même si les problèmes sont solvables, il faudrait pour les résoudre un niveau de coopération politique infiniment plus élevé que celui que l’on constate.

Cela est particulièrement vrai lorsque la croissance économique engendre des conséquences telles que le changement climatique. Or on ne s’y attaque pas. Le développement politique est en retard sur la réalité ».


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