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Contrôler le marché des capitaux et consolider la reprise

Le sévère ralentissement de la croissance au 2e trimestre passée de +18,3% à +7,9% inquiète le pouvoir. Pourtant, même si le BNS reconnaît la rémanence des problèmes structurels, Pékin continue à articuler la reprise à de puissants investissements d’infrastructure et, pour lutter contre le chômage qui monte, au soutien des entreprises publiques. Le soutien à la consommation et aux particuliers reste encore le parent pauvre.


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Deux déclarations officielles récentes méritent attention. La première du 6 juillet, concerne la remise en ordre de la bourse, à la vérité et plus précisément, l’entrée sur le marché de New-York des géants chinois du numérique. Elle vient du cœur même du régime, le secrétariat du Comité Central.

Avec à sa tête Ding Xuexiang, 丁薛祥, Ding Xuexiang, 59 ans, Shanghaien, très proche de Xi Jinping qu’il suit dans tous ses déplacements, le secrétariat est la cheville ouvrière de l’exécutif et l’organe politique le plus proche du n°1, dont le domaine d’action est sans limites, depuis les questions socio-économiques, à la santé des dirigeants, en passant par la sécurité nationale.

La deuxième, du 15 juillet, émane de la Directrice Générale du Bureau National des statistiques, Liu Aihua 刘 爱华.

A la suite de ses déclarations qui, en avril dernier, mettaient en garde non seulement contre l’enthousiasme d’une reprise fulgurante à +18,3%, mais également contre les vents contraires pouvant gripper les élans [1], elle a, lors d’une conférence de presse, longuement commenté le freinage de la croissance du deuxième trimestre tombée de +18,3% pour les trois premier mois de 2021 à seulement +7,9% pour la période d’avril à juin.

Plan d’action pour la mise au pas du marché des capitaux.

La bataille contre les dérives boursières vise à mettre sous le boisseau les puissances financières dont l’emprise sort de l’épure politique fixée par Xi Jinping. Signal adressé aux entreprises tentées par les inscriptions à la Bourse de New-York, elle exprime un agacement contre les exigences de transparence réclamées par les régulateurs américains en évoquant le risque de piratage de données sensibles.


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Le texte du 6 juillet qui comportait 30 points précis, était intitulé sans ambiguïté « Réflexion 意见sur la stricte répression par la loi 依法严厉打击 des activités illégales dans le secteur des valeurs mobilières 非法证券活动- 关于的 ».

Son but était de préciser clairement que l’offensive récemment menée contre Didi Chuxing (lire : Le foisonnement affairiste d’Internet, la prévalence du Parti et l’exigence de loyauté) n’était pas une manœuvre isolée, mais une vaste opération politique soigneusement réfléchie destinée à mettre au pas l’effervescence boursière à laquelle l’Occident et notamment la bourse de New-York laissent libre cours, au prétexte de la sacro-sainte loi du marché.

L’intention, analyse Katsuji Nakazawa dans un article Nikkei du 15 juillet, renvoie non seulement à l’essence même de la stratégie du Président de démarquer la Chine des « valeurs occidentales », y compris dans la sphère économique, mais également, par l’échéance de remise en ordre fixée par le texte à 2022, elle ajuste le coup de balai à l’échéance politique du 20e Congrès où Xi Jinping réclamera que le Parti lui accorde un troisième mandat à sa tête.

Comme à son habitude, Xi dont la réflexion politique accorde une place primordiale à l’efficacité, ne laisse rien au hasard. La répression contre les activités illégales – dont le scope n’est pas clairement précisé –, en réalité une intervention politique inédite dans le marché des capitaux, sera supervisée par le secrétariat du Comité Central.

Pour aller dans le détail de la mise en œuvre, on créera un petit groupe dirigeant 领导小组 où seront représentés le département de la propagande chargé du narratif, la Cour Suprême et le ministère de la justice pour l’aspect légal, la sécurité d’État impliqué dans l’appréciation de « sécurité nationale », devenue un des viseurs essentiels à large scope de la stratégie de mise aux normes de Xi Jinping par le truchement du Parti (lire : Le Parti, point de situation et perspectives. La « sécurité nationale », assurance à large scope pour la pérennité du Parti-État), et, logiquement, le ministère des finances assisté de la Commission de régulation des opérations boursières.

L’opération répond d’abord à la volonté de tenir à distance les risques financiers importés de l’extérieur comme ceux qui, en 2015, avaient sérieusement frappé les bourses chinoises, secouées par des faillites et des suicides en série. A cette époque, le Parti était intervenu à Shanghai pour stopper la panique en renflouant des titres menacés et en réprimant les ventes à découvert ayant artificiellement déclenché l’effondrement de certains titres.

Dans l’entourage politique de Xi, certains avaient même spéculé que les manipulations boursières étaient une réaction à la brutalité de la campagne anti-corruption. A l’époque, elle battait son plein sous la férule de Wang Qishan à la tête de la commission de discipline de l’appareil. Aujourd’hui la garde rapprochée de Xi n’a pas abandonné ses soupçons. L’intention est clairement de mettre au pas le marché des capitaux en Chine et d’en éliminer les manipulations politiques.

Une improbable ambition normative globale.

La brutale mise au pas de Didi Chuxing a diffusé l’impression que Pékin pourrait avoir l’ambition de réguler les marchés financiers à l’aune des « caractéristiques chinoises ». Même très improbable, la perspective a commencé à modifier l’approche des investisseurs qui, jusqu’à présent, voyaient le marché chinois comme une opportunité lucrative.


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Pire encore, alors que les rivalités sino-américaines sont gravement enkystées, Xiao Gang, ancien président de la Commission de régulation boursière jusqu’en 2016 qui fut aussi PDG de la banque de Chine de 2004 à 2013, a récemment expliqué aux médias officiels chinois que les bourses étrangères – comprenez le NYSE – n’étaient pas « des sanctuaires hors de portée des lois chinoises. »

La remarque, dans le droit fil du choc de valeurs provoqué par le n°1, apparaît à fois comme une riposte à la prétention universaliste américaine et une allusion que l’ambition de Pékin pourrait vouloir diffuser à l’étranger la « rigueur légiste » des « caractéristiques chinoises » opposées à l’idéal démocratique et à la loi du marché.

Ces spéculations d’une riposte juridique hors frontières envisagent des enchaînements encore improbables compte tenu de la puissance du marché de Wall Street et des intérêts qu’il abrite, y compris chinois. Ils ont cependant commencé à modifier l’état d’esprit des investisseurs, pourtant globalement favorables à la Chine dont ils continuent à apprécier la rentabilité.

Analysant la récente offensive du Parti contre l’introduction de Didi Chuxing, certains rendus perplexes par la brutalité de la manœuvre se demandent si Pékin emporté par l’idéologie de rupture tous azimuts avec l’Occident n’est pas sur le point de déconnecter les bourses chinoises de celle de Wall Street.

Au cœur de ces craintes, le raidissement chinois contre l’obligation de transparence imposée par les régulateurs à New-York, que Pékin interprète comme une tentative américaine pour faire main basse sur les données confidentielles chinoises.
« Une chose est sûre » conclut Nikkei, « si l’hubris politique de la 2e économie de la planète qui contrôle sévèrement chez elle la circulation de capitaux, s’aventurait à vouloir imposer son système à l’étranger sur les marchés libres, au prétexte d’y prévenir le désordre financier, il provoquerait de très sérieuses tensions. » (A suivre).

Note(s) :

[1En avril Liu Aihua avait déjà analysé la puissance de la reprise du premier trimestre 2021 par l’importante chute de la croissance en 2020 et l’augmentation du nombre de jours de travail en raison du personnel resté sur place pendant la Fête du Printemps. Elle avait ajouté que « la COVID-19 se propageait toujours à l’échelle mondiale et que le paysage international était compliqué, marqué par des niveaux élevés d’incertitude et d’instabilité ».

Pour elle, « Les fondements de la reprise économique nationale devaient encore être consolidés », (…) notamment, dit-elle en substance, parce que les problèmes structurels liés au mode de croissance ne sont toujours pas résolus.


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