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Corée du Nord : le tragique isolement d’un dangereux paria

La décision de Pyongyang qui transgresse plusieurs avertissements sévères de Pékin, révèle que la distance s’est creusée entre les deux anciens alliés et jette un doute sur la capacité d’influence de la Chine. Interrogé sur les bénéfices que Pyongyang pouvait espérer de cette initiative, le Général Pan, ancien expert des questions stratégiques à l’Université de la Défense Nationale, aujourd’hui consultant sur les affaires mondiales, a aigrement répondu : « Rien que des déboires. Pyongyang ne respecte pas ses engagements d’une péninsule coréenne dénuclarisée et cherche par la provocation des solutions à des problèmes qui sont strictement intérieurs : La corée du Nord doit réformer son système politique et développer son économie ».

A Pékin on craint aussi que l’initiative malheureuse de Pyongyang ne déclenche des dérives sécuritaires au Japon, où certaines factions brûlent de renforcer encore les capacités de défence de l’archipel, y compris en sautant le pas du nucléaire militaire, dont la technologie est parfaitement maîtrisée par les savants nippons. On craint aussi que la marge de manoeuvre de la Chine ne s’affaiblisse dans la région, dans un contexte où le resserrement de l’alliance entre Tokyo, Séoul et Washington mettrait à mal sa stratégie de contrepoids aux Etats-Unis.

Outre l’aggravation de l’isolement nord-coréen, les médias focalisent aussi sur la nature du test. 48 heures après les déclarations de Pyongyang, Condolezza Rice avouait publiquement ne pas savoir si l’explosion avait réellement été nucléaire. Un consensus semble émerger sur la faiblesse de la détonation qui serait de l’ordre de 0,5 KT. Mais aucun expert n’a clairement confirmé qu’il s’agissait d’une explosion nucléaire.

Certains affirment que le test aurait en partie échoué. Si cette hypothèse était confirmée elle n’aurait rien d’étonnant car les provocations grandiloquentes de Pyongyang se sont souvent soldées par des demi succès : les deux tests de missiles longue portée effectués par la Corée du Nord, l’un le 31 août 1998 (Taepo Dong 1), l’autre le 4 juillet 2006 (Taepo Dong 2), n’ont pas complètement réussi.

Le premier avait survolé le Japon et s’était abîmé dans le Pacifique, à moins de 2000 km de son point de lancement, sans avoir convaincu les experts. Le deuxième a échoué durant la phase de propulsion, 35 secondes après son lancement. La dernière possibilité, il est vrai la moins probable, est qu’il s’agirait d’une explosion classique camouflée.

Est-il possible que Pyongyang ait contrefait une explosion nucléaire ? La question paraît incongrue et l’hypothèse irréaliste tant le risque politique d’une telle manipulation est important. Il reste que personne ne se serait demandé si les explosions nucléaires pakistaniase et indienne en 1998 étaient réelles.

La question surgit naturellement avec la Corée du Nord car, depuis plus d’un demi-siècle, le régime carcéral de Pyongyang affame sa population et l’enferme dans la contrefaçon et le mensonge sur à peu près tout : les dirigeants sont portés aux nues et déifiés jusqu’au ridicule ; la dégradation de la situation intérieure est maquillée ; la responsabilité de ces catastrophes internes sont rejetées sur l’étranger et en premier lieu sur les Etats-Unis ; l’évolution du monde, dont les Nord-Coréens sont tenus à l’écart par un blocage total de l’information, est décrite comme une permanente menace contre le pays, justifiant ainsi les dépenses militaires et le détournement des aides internationales ; les succès de Séoul, à l’égard de qui Pyongyang nourrit de féroces jalousies, occultés ou présentés comme le résultat d’une collusion avec l’ennemi etc.

Dernièrement c’est contre Pékin que Pyongyang a tourné ses ressentiments [1].

Depuis 1992 - date de la reconnaissance de la Corée du Sud - la Chine s’éloigne en effet progressivement de son encombrant et inconfortable allié, qui continue obstinément à ne pas tenir compte de ses conseils et à falsifier les réalités.

Note(s) :

[1Le régime de Kim Jong Il a assez peu apprécié la nomination à Pyongyang du nouvel ambassadeur chinois Liu Xiaoming, formé aux Etats-Unis, sans aucune expérience de la Corée du Nord.
Peu avant les tests de missiles de juillet dernier, Pyongyang a refusé d’accueilir une visite officielle chinoise de haut niveau et décliné une invitation adressée à Kim Jong Il de se rendre à Pékin.


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Par NX Le 26/10/2006 à 12h26

> Corée du Nord : le tragique isolement d’un dangereux paria.

un coup de maître pour le régime de Pyongyang, mais la stabilité mondiale est en menace. Téhéran va suivre la modèle et les méthodes de la Corée du Nord pour forcer dans le club de grands pays nucléaire.

C’est regretable de voir la divergeance du Conseil de sécurité sur les grands dossiers. L’ONU est devenu une théatre en panne.

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