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›› Editorial

Covid-19 : Après les échauffourées contestataires, prudence de l’appareil et signes de retour au pragmatisme

Événement inédit depuis la création de la République Populaire, alors que depuis le 23 novembre, dans une quinzaine de villes des foules protestent contre les rigueurs de la politique « zéro-covid », des slogans ont appelé à la démission de Xi Jinping. « 习近平下台. ». Les feuilles blanches brandies par les manifestants expriment le rejet de la censure.

La défiance dont les prémisses sont apparues à l’Usine Foxconn de Zhengzhou, offre un saisissant contraste avec la pesante mise en scène du 20e Congrès qui, il y a moins de trois mois, avait adoubé Xi pour un troisième mandat, en plébiscitant un bureau politique sans la moindre respiration politique, totalement acquis à sa cause.

Alors que l’opacité de l’appareil rend l’analyse aléatoire, il est au moins possible de suggérer qu’au sein de la machine politique du régime, la position omnipotente de Xi est affaiblie, tandis que le Parti est lui-même face à un défi.

Dès lors qu’il prendra conscience qu’à force de mises aux normes brutales, des dissensions se sont creusées avec des segments importants de la population, allant des entrepreneurs aux étudiants, en passant par les ouvriers de Foxconn, il lui restera à résoudre la contradiction d’imaginer une position de repli, sans se désavouer. Pour l’heure les ripostes réflexes sont le déni et la répression. Alors que resurgit la mémoire de l’écrasement du printemps de Pékin à Tian An Men, le 4 juin 1989, apparaissent des signes de souplesse, laissant augurer un ajustement de la brutalité « zéro-covid. »


*

En fin de semaine dernière, la vague de désobéissance civile affrontant la police, attisée par les frustrations de la politique à l’emporte-pièce de « zéro-covid », au milieu d’une nouvelle vague de contaminations [1] a touché de nombreux centres urbains et campus universitaires à Pékin, Shanghai, Shijiazhuang, Zhengzhou, Wuhan, Xi’an, Chengdu, Chongqing, Canton, Lhassa, Urumqi, Hotan et Kashgar.

Deux mois seulement après la pesante mise en scène d’intronisation de Xi Jinping pour un troisième mandat et la nomination d’un bureau politique calibré sans nuance pour conforter son pouvoir, on pouvait entendre les appels à sa démission inédits dans toute l’histoire de la République Populaire de Chine « Xi Jinping Xia Tai 习近平 : 下台 »

Certains répétaient les termes de la banderole que le 13 octobre dernier Peng Lifa 彭 立法 avait accroché au pont autoroutier de Sitong du 3e périphérique Nord, « Nous ne voulons pas de président à vie, nous ne voulons plus de tests covid-19, nous ne voulons pas de dictature, nous voulons la démocratie ».

Pour autant, il est difficile de tirer des conclusions définitives à partir d’événements en cours, même significatifs et largement répandus dans près d’une quinzaine de villes en Chine. Depuis plus de trente ans, les études sur la Chine fourmillent de prédictions catastrophiques qui ne se sont pas réalisées.

En prenant du recul, on voit que l’exécutif, ayant tourné le dos à l’ancestrale subtilité complexe de la pensée chinoise et à quelques jurisprudences élémentaires de pilotage politique de la Chine moderne érigées par Deng Xiaoping, prend le risque de faire entrer le pays dans les eaux mal balisées du chaos « 乱luan » que, depuis la nuit des temps, les élites chinoises craignent le plus.

Du coup, le pari des transgressions brutales de Xi Jinping qui semble à toute force vouloir accélérer le destin de la Chine vers le firmament des puissances mondiales, fait surgir des contrefeux. Leurs racines plongent dans l’alchimie complexe de l’héritage pragmatique de l’après-Mao. On y distingue à la fois la quête de réformes politiques, la crainte très conservatrice de leurs effets déstabilisateurs pour la stabilité du pays et la fierté du retour de puissance.

Observant les effervescences actuelles on se souviendra aussi qu’en 2015, trois années après la nomination de Xi Jinping à la tête de l’appareil lors du 18e Congrès, David Shambaugh, l’un des plus avisés sinologues de la Chine moderne avait commenté le style de gouvernance très abrupt du nouveau n°1 du Parti.

Dans un article du WSJ, il analysait qu’en voulant empêcher que le Parti Communiste chinois subisse le même sort que celui de l’URSS, la stratégie de Xi Jinping de l’étouffement de toute respiration politique, scellant obstinément, au risque de la nécroser, la société au nom de la stabilité, pourrait bien précipiter sa chute tout en affaiblissant la règle du parti unique.

En avril 2015, QC avait publié l’analyse à contre-courant qui prenait le contrepied des dithyrambes sur la « puissance » de l’appareil, Elle était assortie des nuances de certains de ses collègues longuement analysées, avec arguments et contre arguments en p.3 et p.4. A lire : Risques de crise en Chine.

De fait, quand on observe la scène politique depuis quelques années marquée à tous les étages par l’omniprésence invasive du Parti que Xi Jinping n’a cessé de renforcer autour de lui par un retour idéologique à l’essence communiste et la loyauté à sa personne, on voit bien que le socle politique de Xi Jinping et du Parti n’est pas près de s’effondrer. Pour autant, impossible de passer sous silence les signes de craquements. Malgré la censure, ils percent la surface de la propagande de l’appareil.

Depuis 2012, Xi Jinping a obstinément amassé les brutaux ingrédients d’une alchimie du contrôle tous azimuts de moins en moins bien supportée par des larges segments de la société qui vient d’exprimer son exaspération dans de nombreux endroits de Chine.

Enfin, la réalité est que la stratégie de contrôle implacable de la société est l’héritière de la longue histoire de brutalité politique de l’appareil communiste avant et après sa prise de contrôle de la Chine. Aujourd’hui, elle heurte une société dont de vastes segments connectés sont politiquement plus réactifs.

Note(s) :

[1Le 27 novembre, les chiffres officiels de la Commission Nationale de santé publique faisaient état de +39 791 nouvelles infections dont 3709 étaient « symptomatiques », en augmentation constante depuis quatre jours. Avec un nouveau décès déclaré le 26 novembre qui s’ajoutait aux quelques-uns des jours précédents (contre une moyenne de 90/jour en France depuis le 25 octobre), la tension épidémique défie la stratégie d’éradication complète mise en œuvre par le Parti.

A Pékin, les statistiques des nouvelles contaminations ont continué à augmenter rapidement. Le 26 elles étaient de +4 307 nouveaux cas, contre 2 595 la veille, (+66%). Mais c’est Chongqing (32 millions d’habitants) et Canton (19 millions d’habitants) qui signalaient la majeure partie des nouvelles infections, respectivement +8861 et +7412.


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