›› Editorial
Riposte par le déni, la submersion policière et un probable retour au pragmatisme.
Alors que la défiance est une mèche lente dont la capacité explosive fonctionne avec retard, pour l’heure, l’appareil réagit par le déni et tente d’étouffer les protestations par l’arrestation de centaines de manifestants et en submergeant les points chauds des grands centres urbains par des nuées de policiers.
En même temps, conscient des risques d’embrasement, soucieux de ne pas creuser la fracture avec la partie urbaine de sa population, il s’efforce de mesurer la brutalité des répressions. Le 28 novembre, Zhao Lijian, interrogé lors du point de presse journalier, le porte-parole du Waijiaobu, assurait que « sous la direction du Parti communiste chinois, soutenu par le peuple, le combat contre la Covid-19 sera une réussite ». Il est cependant légitime de s’interroger sur la réalité du « soutien du peuple ».
L’appareil a renforcé la surveillance policière des lieux d’effervescence protestataire dans les grands centres urbains et fait disparaître des réseaux sociaux toutes traces des échauffourées avec la police, y compris en obligeant les personnes isolées à effacer eux-mêmes leur téléphone portable et, pour supprimer les risques de contournement de la censure, à en supprimer les logiciels VPN. A l’Université Qinghua, un des creusets de la contestation, les cours ont été arrêtés et les étudiants renvoyés chez eux.
A nouveau interrogé sur les événements, le 28 novembre, Zhao a rétorqué que « la question ne correspondait à aucune réalité » et qu’il n’avait pas connaissance des appels à la démission de Xi Jinping -. En même temps, la police harcelait les journalistes étrangers, dont certains ont été par la police avant d’être relâchés.
Retour au pragmatisme.?
Des signes existent que, sous la pression d’une croissance en berne, du chômage des jeunes, de la crise immobilière et des impatiences urbaines qui dénoncent la censure et le style sans nuance de Xi Jinping, l’appareil s’apprête à tourner le dos à la fixité de sa stratégie « zéro-covid » dont les conséquences, sociales, économiques et politiques mettent à mal son audience dans la population.
Les incitations à plus de pragmatisme vinrent même des plus hautes instances économiques mondiales. Le 29 novembre dans une interview à l’Associated Press, Kristalina Georgieva, Directrice Générale du FMI, appelait Pékin à « rééquilibrer ses réponses à la pandémie pour mieux tenir compte de l’impact sur la population et l’économie. »
Le 11 novembre, le gouvernement central avait déjà fait connaître « 20 mesures » destinées à alléger la brutalité des confinements. Elles ont été retardées par la rigidité de l’administration et les craintes d’une résurgence brutale des contaminations. Parmi elles, la fin du traçage des contacts, le raccourcissement des « quarantaines » de sept à cinq jours, suivies par trois jours d’observation à domicile et le remplacement des « quarantaines groupées » par des isolations à domicile.
Le 26 novembre, le Quotidien du Peuple, publiait un article rappelant que seules les autorités des districts et au-dessus étaient habilitées à mettre en œuvre les « contrôles covid » et que les fermetures des écoles, des vols intérieurs, des lignes de train et de bus ne devaient pas être décidées « arbitrairement ». Le même jour, la Commission Nationale de santé appelait à augmenter le taux de vaccination des séniors tout en demandant aux gouvernements locaux de mesurer leurs décisions de confinement au strict nécessaire.
En même temps, cité par le WSJ, Cheng Youquan, un des responsables de la Commission détournait la responsabilité vers les échelons subalternes. Selon lui, les colères publiques n’étaient pas dues aux mesures de prévention et de contrôle, mais à la manière dont les gouvernements locaux les avaient mises en œuvre.
Le 29 novembre, le « Global Times » faisait le point des mesures nécessaires pour affiner les restrictions et les contrôles en fonction des situations et mieux prendre en compte le cas des patients atteints de « comorbidité » qu’il fallait soigner.
Une des conclusions de l’article tranchait avec l’emporte-pièce de la stratégie « zérocovid » déclenchée au moindre test positif. Elle affirmait qu’il était « nécessaire de lever les mesures de contrôle de manière pragmatique pour réduire l’impact de l’épidémie sur la vie des gens ».
Enfin, récemment le journal Beijing News 新京报 qui, avant que le Bureau de la propagande de Pékin en prenne le contrôle en 2011, avait la réputation d’être attaché à la vérité, a publié une histoire édifiante destinée à relativiser les risques pour la santé des atteintes de la Covid.
Volte-face radicale qui prenait le contrepied des alertes épidémiques sur-jouées par le Parti, l’article glosait sur le rétablissement sans aucune séquelle de plusieurs témoins âgés de 87 ans atteints de comorbidités, dont des problèmes cardiaques et une forte pression sanguine. « La maladie était comme un mauvais rhume avec une toux et des douleurs articulaires, mais après leur rétablissement, la vie des malades était redevenue normale. »
L’intention de changer de cap est clairement avérée. Pour autant, compte-tenu de la rémanence bureaucratique des échelons subalternes et de l’extrême centralisation politique installée par Xi Jinping, le virage pour plus de souplesse qui ne s’effectuera pas sans un clair feu vert de l’exécutif, pourrait prendre quelques délais.
