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Le poids de la menace terroriste.
Après la prière du vendredi à la mosquée de Kashgar. Au Xinjiang la Chine est confrontée à la difficile contradiction entre sa traditionnelle tolérance des pratiques musulmanes dont elle a toujours fait preuve à l’égard des Hui et les craintes que lui inspirent les mouvances islamistes radicales. La psychose pousse l’appareil de sécurité à une éradication des signes extérieurs de la religion (barbes, voiles et ramadan) d’autant plus brutale que la ferveur religieuse est aussi le véhicule d’une contestation de l’autorité de Pékin.
En Malaisie, la situation mondiale marquée par la menace islamiste a pesé sur les réunions au point qu’elle a constitué une part importante du discours du premier ministre malaisien Najib Razac à l’ouverture du sommet de l’ASEAN le 21 novembre, 24 heures après des attaques de Bamako et 8 jours après ceux de Paris. En arrière plan, la réalité complexe de la région marquée par la présence au sein des 10 pays de l’ASEAN de la Malaisie et de l’Indonésie à population majoritairement musulmane, dont les élites craignent qu’une partie pourrait être travaillée par les discours extrémistes.
Ensemble, les deux pays comptent 220 millions de Musulmans, en très grande majorité sunnites. Au total l’Asie du Sud et du sud-est regroupent plus d’un milliard d’adeptes plus ou moins fervents de la religion de Mahomet soit 62% des Musulmans du monde, contre 322 millions au Moyen Orient et en Afrique du Nord (20%), 243 millions en Afrique subsaharienne (15%), 45 millions en Europe (2,7%) et 5,3 millions sur le continent américain (0,3%).
A ce sujet, il est utile de souligner que le 21 novembre, 24 heures après son arrivée dans la capitale malaisienne, le Président Obama a été accueilli par une manifestation d’une centaine de Musulmans qui l’accusèrent de faire la guerre à l’Islam sous prétexte de combattre le terrorisme. Logiquement, le 22 novembre, à Kuala Lumpur, la conférence de presse du président américain fut, elle aussi, à 80% consacré à la menace terroriste.
Des Chinois victimes des terroristes.
Enfin, le 20 novembre à Bamako, à la veille de l’ouverture de la conférence de l’ASEAN, la Chine, aux prises au Xinjiang avec les fortes tensions identitaires, politiques et religieuses agitant la communauté musulmane ouïghour a indirectement été frappée par la mouvance terroriste représentée par le groupe dhihadiste algérien Al Mourabitoune « avec la participation d’Al Qaïda au Maghreb » (cf. note n° 3).
Les 3 victimes s’ajoutaient à l’exécution de Fan Jinghui annoncée quelques jours plus tôt par l’Etat Islamique. Ce n’est pas la première fois que les Chinois sont touchés. Au cours des dernières années ils ont été ciblés, souvent enlevés et libérés contre rançons, en Éthiopie, au Nigeria, en Algérie, au Soudan dans le Sinai et en Egypte. En réaction aux dernières victimes chinoises, le président Xi Jinping a déclaré que la Chine allait accentuer la répression contre le terrorisme tout en participant à la guerre contre l’État Islamique.
La prise de position, à l’évidence adressée à l’opinion publique, répond à une situation nouvelle où les quelques 3 à 5 millions de Chinois travaillant à l’étranger, souvent dans des zones à risques en Afrique et au Moyen Orient, risquent d’être les cibles d’une riposte des mouvances islamistes, qui, à plusieurs reprises, ont déjà condamné les répressions contre les Musulmans Ouïghour. Elle pose aussi la question des modes d’action, des moyens et de l’ajustement du dogme non interventionniste, épine dorsale des postions chinoises à l’ONU que Pékin a encore rappelé après la décision de Moscou de s’engager militairement en Syrie.
Quelle réaction de Pékin contre le terrorisme islamiste ?
Il est vrai que la prudence chinoise évolue lentement. En décembre 2014, Pékin a pour la première fois de son histoire, engagé sous la banière onusienne une unité de combat au Sud Soudan où, il est vrai, ses intérêts pétroliers sont considérables. 6 mois plus tard, la nouvelle unité d’infanterie participait à l’évacuation de plusieurs centaines de chinois travaillant pour CNPC sur le site de Paloch. Par ailleurs, depuis plusieurs mois, Pékin négocie avec Djibouti l’installation à Obock sur la rive nord du golfe de Tadjoura, d’une base logistique pour ses navires de combat participant à la lutte contre la piraterie.
Stratégiquement située au milieu de zones instables du Yemen et de la Somalie aux prises avec la mouvance terroriste de l’Islam radical, la base chinoise sera à proximité immédiate du détroit de Bab el Mandeb, débouché de la Mer Rouge et, grâce à une voie ferrée construite par la Chine, reliée à Addis Abeba à mi-chemin vers le Sud Soudan.
Lire L’armée populaire de libération à Djibouti : une évolution notable des stratégies chinoises
Impréparation opérationnelle et réticences stratégiques.
Pour autant, dans l’état actuel de l’aéronavale chinoise, avec un seul porte-avions encore en phase d’essais et des pilotes en cours de formation, on voit mal la Chine exécuter des frappes aériennes en Syrie ou en Irak aux côtés de Moscou, Paris, Londres et Washington à plus de 3000 km de ses bases.
Enfin, alors que le Politburo répète que le chaos est directement imputable à Washington, il est encore moins probable que Pékin consente à envoyer des troupes au sol dans une situation aussi confuse, marquée par les profondes méfiances de l’alliance mort née entre Russes et Occidentaux, toujours très divisés sur l’avenir de l’actuel régime de Damas.
Transparence nouvelle au Xinjiang et contradictions rémanentes.
En revanche, le développement de la menace terroriste globale semble avoir levé les inhibitions des organes d’information officiels à propos de la situation au Xinjiang qui communiquent mieux sur les attaques terroristes et la répression policière.
Depuis les attentats contre Paris et la réaction des forces de sécurité françaises ayant initié une mise en alerte générale en Europe, la censure chinoise qui, jusqu’à présent, veillait à protéger l’image de l’harmonie entre les Han et les Ouïghours, a libéré la parole sur les réseaux sociaux et laissé filtrer quelques informations sur l’action des forces de sécurité.
Entre temps le régime avait subi les critiques des internautes après l’illumination aux couleurs françaises de la « tour de la perle de l’orient », emblème moderne de Shanghai qui domine le Huangpu depuis Pudong.
De nombreux messages s’étonnèrent en effet de cette solidarité envers les victimes françaises, alors qu’on n’avait jamais manifesté de tels émois envers les chinois assassinés par les terroristes, par exemple lors de l’attentat contre les passagers de la gare de Kunming le 2 mars 2014 (29 morts et 130 blessés) ou celui contre un marché à Urumqi le 21 mai 2014 (30 morts, 90 blessés).
La légitime émotion des réseaux sociaux traduit aussi l’embarras du régime écartelé entre plusieurs contraires : son désir sincère de solidarité internationale face à une menace réelle qui commence à cibler directement la Chine ; son aversion à communiquer de manière transparente et complète sur une rébellion interne qui contredit sa propagande d’harmonie sociale, religieuse, ethnique et politique et enfin son extrême répugnance à s’engager militairement hors de ses frontières, au sein « d’une alliance » dont la pérénnité lui paraît plus que douteuse, d’autant qu’encore une fois, c’est la puissance américaine qui, comme le montrent les discours d’Obama, est en train d’en prendre la tête.
Pour l’instant, sur les questions militaires et à la suite des manœuvres navales sino-russes en Méditerranée, puis au large de Vladivostok en mai et septembre 2015, Pékin s’en tient à sa proximité avec Moscou. Le 17 novembre dernier, le général d’aviation Xu Qiliang, 2e vice-président de la Commission Militaire centrale, membre du Bureau Politique et ancien commandant de l’armée de l’air qui connaît bien les SU-27 russes dont des répliques équipent l’armée de l’air chinoise, rencontrait Vladimir Poutine au Kremlin.
