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›› Taiwan

« Double Dix », les discours croisés des héritiers de Sun Yat-sen

Sun Yat-sen, Tsai Ing-wen, le KMT et la réunification

Quand bien même elle est issue d’un mouvement de rupture avec la Chine communiste, prônant deux États séparés, c’est toujours devant le portrait de Sun Yat-sen, fondateur de la République de Chine à Pékin en 1912 que Tsai Ing-wen a prêté serment lors de ses deux cérémonies d’investiture en 2016 et 2020. Dans son discours du 9 octobre au Grand Palais du peuple, Xi Jinping a tiré profit de la persistance du mythe révolutionnaire post impérial à Taïwan pour évoquer une « réunification pacifique ».


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Alors même que le pouvoir dans l’Île est aujourd’hui occupé par une mouvance politique qui ne reconnaît pas « la politique d’Une seule Chine », le croisement complexe des filiations qui renvoie à la féroce guerre civile que le Kuomintang et le Parti Communiste Chinois se livrèrent pendant près d’un quart de siècle (entre 1927 et 1949), montre qu’à Taïwan comme sur le Continent, on se réclame toujours de la même histoire révolutionnaire post-impériale.

En gardant cependant en mémoire que, dans l’Île, l’expression libérée a permis l’éclosion d’une pensée de rupture historique dont le projet est de « décrocher » le portait de Sun Yat-sen, Tsai maintient le mythe.

Pour elle, la différence avec le Continent n’est pas que Taipei renie sa « sinité » ou ses racines chinoises, comme le répète Pékin, mais, qu’ayant, à partir de la mort du fils de Tchang Kai-chek en 1988, basculé vers la démocratie, l’Île propose une version libre, démocratique et ouverte de la Chine.

Ceux qui, dans l’Île, espèrent une réunification ne sont pas rares. Mais appartenant à la mouvance politique du Kuomintang, portant l’héritage de Tchang Kai-Chek, ils sont aujourd’hui dans l’opposition. Mais la longue épine dorsale historique de leur ligne politique, reste, comme Pékin, le principe « d’une seule chine ».

Ils y mettent cependant de sérieux garde-fous. Alors que la jeunesse de l’Île évolue vers une conception plus identitaire, moins attachée aux racines du Continent, ils ne voient la réunification qu’après la fin de la dictature communiste.

Le défi de Tsai, harcelée par Pékin : Rompre avec « Une seule Chine » sans renier ses racines.

Au pouvoir depuis 2016, élue deux années après les craintes de l’opinion d’une réunification rampante par le truchement de l’accord sur les services concocté par Ma Ying-jeou en 2014, Tsai Ing-wen fait face à d’importants défis. Réfutant la « politique d’une seule Chine », elle est radicalement ostracisée par Pékin qui la juge illégitime.

En même temps, se réclamant toujours des racines chinoises post-impériales symbolisées par la figure tutélaire de Sun Yat-sen, elle prône le statuquo stratégique, alors même que dans l’Île a surgi une mouvance politique de rupture. Pour l’instant minoritaire, elle prône une réforme constitutionnelle radicale dont l’idée maîtresse est le renforcement de l’identité taïwanaise et la rupture avec Sun Yat-sen. Chiffon rouge pour Pékin, l’adoption d’une telle réforme irait aussi contre la préservation du statuquo, dernière position de repli stratégique de Tsai Ing-wen.


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Quant aux « indépendantistes » aujourd’hui au pouvoir, la plupart ne renient pas leurs racines chinoises. Mais ils réfutent la réunification et « la politique d’une seule chine ». Aux yeux de Pékin, ce rejet les désigne comme des traitres à la grande Nation chinoise et comme un sérieux accroc à l’image achevée d’une Chine puissante, portée par le rêve chinois dont Xi Jinping fixe la réalisation à 2049, année du centenaire de l’avènement du Parti en Chine.

Du coup, à Taipei, Tsai Ing-wen la présidente et ses soutiens doivent à la fois gérer l’histoire et le poids de la culture, la menace autocrate de Pékin et l’ostracisme dans lequel le Parti Communiste tient le pouvoir de l’Île avec qui, le considérant illégitime, il refuse tout contact.

Surtout ,Tsai et ses appuis mesurent les incontournables réalités de la géographie et de la proximité culturelle faisant que, malgré les efforts de Taipei et contrairement à ce que la Présidente a affirmé dans son discours, 42% du total des exportations de l’Île restent dirigées vers le Continent et Hong Kong.

En 2020, elles ont atteint 192 milliards de $, en hausse de 30% depuis 2010. Avec cependant la nuance notable que la dépendance dans le Détroit est une arme à double tranchant.

Taïwan, cœur de la rivalité stratégique sino-américaine.

Le tableau montre la suprématie de Taïwan dans le secteur des microprocesseurs. Avec une part de marché globale de 41%, les producteurs de l’Île détiennent une partie des clés de l’innovation globale en matière de hautes technologies.


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L’innovation chinoise dépend en effet massivement de l’importation de microprocesseurs fabriqués dans l’Île (350 Mds de $ en 2020, en hausse de 14,6% par rapport à 2019), alors qu’en dépit de ses investissements massifs dans le secteur, la Chine n’atteindra pas son autonomie avant dix ans.

Vu sous cet angle de la guerre technologique qui s’ajoute aux tensions déjà existantes, Taïwan est en train de devenir le point focal stratégique de la rivalité Chine - États-Unis.

Le rapprochement avec Washington que le départ de Donald Trump n’a pas freiné, est non seulement attesté par la hausse du niveau des visites officielles dans l’Île, mais aussi par la présence discrète depuis au moins une année, révélée par un article du WSJ du 7 octobre 2021, d’un petit contingent d’instructeurs des forces spéciales et du Corps des Marines américains.

Un porte-parole du Pentagone qui s’abstenait de commenter l’information, notait cependant que les pressions chinoises font entrer la situation dans une zone d’incertitude augmentant les risques de méprise militaire.

A propos du resserrement des liens entre Taipei et Washington, lire aussi les § « Rapprochement avec Washington » et la Note de contexte « Pressions chinoises » de notre article Taïwan enjeu stratégique de la rivalité sino-américaine et défi politique pour Pékin.

L’Île est non seulement au cœur des tensions militaires et géopolitiques, mais depuis la féroce guerre des microprocesseurs (lire : La guerre mondiale des semi-conducteurs), étant elle-même un des plus grands producteurs de « puces » de la planète, elle est aussi l’épicentre de la compétition pour la maîtrise des technologies avancées.

Conscient des enjeux, le Parti Communiste qui n’ignore pas que des dizaines de milliers de Taïwanais ont investi et travaillent sur le Continent, exerce une forte pression sur le marché des ingénieurs taïwanais recrutés en Chine par des propositions de salaires exorbitantes. Au moins 3000 d’entre eux se sont déjà laissés séduire. Ce n’est pas fini.


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