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›› Editorial

Féroces offensives américaines contre la Chine. Régression politique de l’appareil. L’Occident en quête de son humanisme perdu

Depuis trois ans la relation sino-américaine s’est considérablement aigrie. Commencée en 2017, la présidence de D. Trump, est passée de l’espoir d’un accommodement commercial raisonnable, à une féroce guerre des taxes aujourd’hui dilatée en une rivalité stratégique globale. Aux affirmations nationalistes de Pékin, Washington riposte par des sanctions et des embargos. Les dernières cibles en date sont les intérêts chinois à la bourse de New-York, les réseaux sociaux accusés par Washington de manipulations et d’espionnage, la gouverneure de Hong Kong Carrie Lam et les responsables chinois du Xinjiang frappés par des sanctions économiques. Pékin qui constate la multiplication des contrefeux antichinois dans nombre de pays occidentaux, donne de la voix pour rallier des soutiens contre ce que le MAE nomme la « flagrante déraison » de Washington.


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La rivalité stratégique sino-américaine commence à ressembler à une bataille de rue au corps à corps. Après avoir ciblé l’application TikTok, Trump s’en prend à WeChat et annonce des sanctions contre Carrie Lam à Hong Kong. En même temps, il met les entreprise chinoises en demeure de se conformer avant 2022 aux règles de transparence de la bourse de New-York sous peine d’en être exclues.

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Au milieu de cette fureur dont les effets restent à mesurer non seulement sur les intérêts américains en Chine, mais aussi sur les relations de Pékin avec les autres pays occidentaux entraînés dans l’empoignade, Question Chine propose trois éclairages précis rythmant la tonitruante musique d’une Chine s’éveillant à sa puissance.

Les deux premiers explorent la propagande de l’appareil. D’abord autour du Secrétaire Général sur le mode qu’on croyait révolu du culte de la personnalité ; ensuite, au travers du discours diplomatique univoque et rigide de Pékin déployé par un Ministre des Affaires étrangères peu ouvert à la nuance et au compromis. Le troisième est un rappel de l’essentiel par Ai Weiwei dont la vie et les actions sont une conscience.

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Le 4 août, alors que résonnaient encore les furieuses attaques de Mike Pompeo dénonçant « la menace chinoise » ayant accompagné la fermeture du consulat de Houston, tandis que le boycott de Huawei prend de l’ampleur, la presse officielle du régime traitait les États-Unis « d’État voyou ».

TikTok, nouvelle cible d’une bataille rangée.

Application ludique dont raffolent les adolescents qui se mettent en scène sur un fond musical, TikTok a selon la Maison Blanche le potentiel disruptif d’influencer la jeunesse américaine de manière néfaste. Appuyée sur l’engouement narcissique pour les vidéos musicales et la création par les adeptes de leurs propres « clips » de 60 secondes, partagés en ligne où ils se filment eux-mêmes chantant en play-back, Tik Tok, version musicale de Facebook, et principal réseau social de ce type en Asie, utilise pour augmenter son audience, - pour l’instant avec un succès foudroyant -, un logiciel de reconnaissance de sons, identifiant les goûts musicaux des utilisateurs.


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La réaction suivait la suggestion de D. Trump que Microsoft rachète les activités américaines de l’application vidéo TikTok dont le succès est fulgurant chez les jeunes, fascinés par sa propriété narcissique donnée aux usagers de se mettre eux-mêmes en scène. On aurait tort de croire qu’il ne s’agit que d’une lubie commerciale.

A l’automne dernier, QC avait déjà souligné les effets potentiellement nocifs de l’application sur les jeunes adolescents et les alarmes qu’elle soulevait évoquées par le New-York Times, Bloomberg et The Guardian. Lire : Mises en garde occidentales contre la force intrusive des réseaux sociaux chinois.

« Cela ne me gêne pas que ce soit Microsoft ou quelqu’un d’autre, une grosse entreprise, une entreprise sûre, une entreprise très américaine l’achète » déclarait Trump début août. Une échéance avait été fixée à la mi-septembre assortie de la menace d’interdire purement et simplement l’application en cas d’échec de la transaction commerciale.

Coup de théâtre, alors que les négociations avec Microsoft, candidat au rachat, allaient bon train, Trump a rajouté une puissante incertitude et pas mal d’embarras, expliquant que, tout compte fait, il préférait interdire l’application. En même temps, exprimant sa tendance au contrepied politique, il demandait à TikTok de créer 10 000 emplois aux États-Unis dans les trois prochaines années.

Pourtant, le 2 août, le secrétaire d’État au Trésor Mnuchin avait révélé que l’administration et le Congrès étaient d’accord que, pour des raisons de sécurité, TikTok ne pourrait pas continuer à opérer aux États-Unis dans sa forme actuelle. Pour eux, le risque que les données confidentielles des utilisateurs soient envoyées à Pékin est réel.

Le 2 août, le Wall Street Journal faisait l’hypothèse que les déclarations contradictoires de D. Trump révélaient des désaccords à la Maison Blanche.

Mnuchin et Pompeo étant en faveur du transfert à Microsoft ou à un autre groupe américain, tandis que d’autres, comme Peter Navarro, considèrent que la vente estimée à plusieurs milliards de $ - qui, au passage, serait un succès pour le Chinois Bytedance -, ne résoudra pas le problème de sécurité posé par l’application, surtout si Microsoft la laisse opérer sans contrôle comme elle le fait déjà avec LinkedIn.

Par-dessus tout flotte l’inquiétude - peut-être principale cause des déclarations hésitantes-, qu’une censure brutale infligée à une application aussi populaire entraînerait une réaction négative de l’opinion, tandis que, tirant profit de l’exigence fondamentale aux États-Unis du droit d’expression libre, la mouvance des droits mettrait l’administration en porte à faux. A suivre donc.

En même temps que TikTok, l’offensive de Trump vise WeChat, une cible d’une toute autre dimension.

Feu sur WeChat, fleuron des réseaux sociaux chinois.

Entièrement contrôlé par le parti, WeChat a près d’un milliard d’utilisateurs. Librement utilisé hors de Chine, il sert de canal de communication entre la société chinoise et l’étranger. L’administration Trump l’accuse de diffuser une version mensongère de la réalité. En revanche, les messageries occidentales n’ont pas accès au marché chinois.


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En chinois Weixin 微信– littéralement micro-messages – l’application vocale développée par Tencent propose une messagerie parlée et textos dont il faut rappeler qu’elle fonctionne sans restriction partout dans le monde libre, alors que la messagerie WhatsApp, son équivalent occidental, est censurée en Chine.

Le réseau WeChat est en réalité au cœur des stratégies chinoises de communication avec l’extérieur ; les étudiants en stage à l’étranger et la diaspora l’utilisent pour rester en contact avec leurs familles ; les investisseurs s’en servent pour explorer la faisabilité d’une affaire ; il est un canal de publicité et de service après-vente ; quand le régime censure toutes les autres messageries (Whatsapp, Telegram, FB Messenger, Instagram Twitter, Skype), il est le seul moyen disponible d’interaction moderne, souple et instantanée entre le public chinois et son environnement international.

Au cours des années, l’application commencée en 2013 comme une simple copie des messageries existantes aujourd’hui utilisée par 1 milliard d’abonnés dans le monde, s’est développée de manière tentaculaire vers le paiement et le commerce en ligne, la traduction, la cartographie et la recherche d’itinéraires, le partage de vidéos et les infos commerciales. Au point que, même Facebook, a copié certaines de ses nouvelles fonctionnalités.

Ce n’est pas tout, Tencent propriétaire de WeChat ayant aussi investi aux États-Unis, y compris dans la Silicon Valley et dans une batterie d’applications sociales américaines tels que « Snap » (partage de photos) ou « Activision Blizzard » (développeur de jeux vidéo).

Mais son avenir sur le marché américain se trouble depuis que son fleuron est entré dans le collimateur de la Maison Blanche où les responsables de la sécurité sonnent l’alerte.

Pour Matthew Pottinger, conseiller adjoint à la sécurité nationale de la Maison Blanche, le réseau chinois diffuse hors de Chine et en Chine des versions modifiées de la réalité ; en même temps, il collecte des informations et des données mises à la disposition de Pékin dans le but de harceler en Chine les opposants au régime.

L’ensemble de ces craintes décrivant un réseau social intrusif ayant des capacités d’espionnage et diffusant la propagande chinoise, constitue l’arrière-plan du décret signé le 6 août par D. Trump où il explique et contextualise les mesures « agressives » prises contre TikTok et WeChat.

Tous ses détracteurs critiquent vertement l’initiative en effet brutale dont les conséquences restent à mesurer, l’accusant de « disloquer » la planète Internet. Les critiques de D. Trump oublient cependant qu’à Pékin le régime tient les internautes chinois en otage derrière un puissant « pare-feu » politique.


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