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›› Technologies - Energie

Guerre froide sino-américaine. Pékin riposte aux embargos de Washington en interdisant le géant MICRON

Au-delà des conciliations, une perspective de compétition féroce.

En première analyse la crainte des ripostes exprime donc un pessimisme sans objet. Le mouvement visant à libérer le secteur high-tech chinois de l’emprise des hautes technologies américaines ayant pris de l’ampleur, les conséquences directes immédiates sur l’industrie chinoise de la gamme moyenne resteront faibles, tandis que la rémanence des interactions de la R&D, l’apport des ingénieurs chinois au secteur et les intérêts d’affaires croisés pourraient atténuer les effets d’éventuelles contre-offensives américaines.

Illustrant les analyses sur les interactions ayant un effet modérateur, et celles sur la réduction de ses vulnérabilités commerciales en Chine, avant même la décision de riposte chinoise qui le cible aujourd’hui, MICRON avait annoncé qu’il fermerait d’ici la fin 2022 son site de Shanghai de conception de ses puces à mémoire vive dynamique, ou (DRAM).

En même temps, sûr de lui et persuadé que son implication en Chine a encore de l’avenir, le groupe avait à la fois offert à certains de ses 150 ingénieurs chinois de travailler sur ses nouveaux sites aux États-Unis ou en Inde et promis à ses trois mille employés chinois qu’il continuerait à investir dans la formation de talents en Chine et à y renforcer ses opérations.

Pour autant, alors même que l’industrie numérique de pointe chinoise reste toujours dépendante des transferts de technologies américaines, l’offensive directe contre MICRON pourrait avoir d’importants effets indésirables à plus long terme. .

Le premier sera sans doute de conforter la mouvance des scientifiques américains qui prônent un découplage radical avec la Chine. Lire : Avis de rupture du monde de la high-tech.

Pour ce groupe d’une quinzaine de scientifiques, républicains et démocrates, chercheurs, entrepreneurs, ingénieurs et sinologues qui, en janvier 2021, avaient remis un rapport confidentiel à la Maison Blanche, la Chine pratique sur la scène internationale un « jeu asymétrique dont les règles biaisées autorisent l’espionnage industriel et donne au pouvoir chinois, grâce à la porosité des transferts technologiques, la capacité liberticide de surveiller sa population ».

Dans ces conditions, ils estimaient nécessaire de réagir pour garantir la pérennité de la domination technologique américaine, facteur déterminant de la sécurité, de la prospérité et de la garantie du mode de vie démocratique, aujourd’hui menacé par le surgissement de la Chine sur le point de dépasser les États-Unis dans des secteurs sensibles.

Recherche de pointe et changement de paradigme.

Tel est le contexte cloisonné où s’exploreront désormais les pistes les plus prometteuses des systèmes informatiques à venir basées sur les supraconducteurs dont l’absence de résistance électrique pourraient résoudre le problème de refroidissement, talon d’Achille des centres de données de la planète. La difficulté, objet des recherches les plus avancées, est que la supraconductivité n’est possible qu’à des températures voisines du zéro absolu (-273,15 °C).

Selon Ivan Edward Sutherland, 84 ans cette année, ingénieur informatique et inventeur du premier logiciel de conception assistée par ordinateur, pionnier des travaux sur les interactions « homme-machine  » et les simulateurs d’avions, « le pays qui maîtrisera la technologie des circuits intégrés utilisant des matériaux supraconducteurs bénéficiera de la supériorité dans les technologies numériques pour plusieurs décennies. »

Aujourd’hui, les anciennes « puces » au silicone, gourmandes en énergie, génératrices de chaleur et impossibles à miniaturiser en-deçà de l’actuel record de 2 nanomètres, ont atteint leurs limites.

Du coup, la piste des supraconducteurs, déjà maintes fois explorée par le passé mais toujours abandonnée par facilité, est à nouveau à l’ordre du jour aux États-Unis qui consacrent 300 Mds de $ d’argent public et privé pour tenter de reconstruire une industrie nationale des microprocesseurs et reconquérir leur suprématie mondiale.

Il est facile d’anticiper que les scientifiques chinois ne seront pas absents de cette course qu’ils suivent avec attention. Le 27 mars 2023, le South China Morning Post racontait l’histoire d’une méprise largement diffusée par les médias occidentaux et publiée dans la revue « Nature » ayant soulevé des doutes chez les chercheurs chinois.

Alors que Ranga Dias chercheur sri-lankais de l’Université de Rochester avait, le 7 mars dernier, annoncé que son équipe avait créé un matériau supraconducteur efficace à température et pression ambiantes, plusieurs équipes chinoises de l’Université de Nankin et de l’Académie des sciences de Pékin annoncèrent qu’elles n’avaient pas réussi à reproduire l’expérience de Dias.

Le premier à exprimer des doutes fut Wen Haihu, professeur à l’Université de Nankin : « Notre étude n’a montré aucune évidence que le matériau hybride de Dias – Litetium (terre rare) dopé au nitrogène – aurait des propriétés supraconductrices à des températures et pression ambiantes  ». L’épisode abondamment commenté dans les médias grand public, n’est qu’une péripétie de l’intense rivalité technologique en cours.

Il montre la vigilance et la compétence des chercheurs chinois dans un domaine ayant, au-delà des microprocesseurs, des applications dans les réseaux de distribution d’électricité, de l’imagerie médicale et des trains à grande vitesse à sustentation magnétique.


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