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›› Politique intérieure

Hong-Kong à l’aune des « caractéristiques chinoises »

L’intégration controversée de Hong-Kong.

A la mi-mai 2018, Carrie Lam était en visite à Huizhou, 80 km au nord de Hong-Kong dans le cadre de son plan d’intégration de la R.A.S au projet de la « grande baie », comportant l’idée controversée d’une délocalisation des résidences des Hongkongais dans la province Canton.


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Le projet économique de Carrie Lam avalisé par le Bureau Politique, mais à contrecourant de ceux qui souhaitent conserver à Hong- Kong sa spécificité séparée, est d’intégrer le plus efficacement possible la R.A.S dans le méga-projet de la « grande baie » vaste aménagement urbain de 9 grandes métropoles du continent intégrées en une plaque tournante financière et économique.

Il y a plus. L’ambition d’intégration économique et sociale, qui – pour résoudre la crise des prix immobiliers exorbitants de R.A.S - prévoit déjà de favoriser la migration des résidences des plus jeunes hongkongais vers les centres urbains de Canton, Zhuhai et Shenzhen, reliés à Hong-Kong par voies rapides et TGV, soulève les critiques stigmatisant la différence de système politique et les écarts de droits.

Récemment un sondage a montré que 60% des 18 – 30 ans en phase avec le reste des sondés de toutes les classes d’âge, ne croyaient pas au projet.

Dans un article paru dans le SCMP, le 29 mai dernier Hua Guo et Viktor Zheng, docteurs en sciences sociales, chercheurs à l’Université de Hong-Kong écrivaient que la richesse des moyens de transports facilitant les mouvements de population entre la R.A.S et les centres urbains du Continent, ne pourraient pas compenser les disparités d’infrastructures médicales, les retards des systèmes éducatifs et la censure de l’information.

La lancinante menace de l’Art 23.

En 2003, 500 000 personnes avaient longuement protesté contre l’introduction de l’Art. 23 sur la sécurité nationale dans la constitution du territoire.


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L’ombre de Pékin s’allonge avec le souvenir de l’article 23 sur la sécurité nationale. Rejeté par des manifestations monstre en Dans son discours à l’occasion du 21e anniversaire de la rétrocession prononcé devant ses trois prédécesseurs et les représentants civils et militaires de Pékin dans la R.A.S, Carrie Lam a tiré un bilan positif de sa première année en poste.

Se prévalant d’une meilleure attention aux questions sociales et à la crise du logement, elle a réussi par son style réactif et à l’écoute, à désamorcer les tensions qui agitaient la R.AS du temps de Leung Chun-ying. Au point que les observateurs, y compris ceux de la mouvance démocrate, lui ont donné crédit, louant ses efforts pour rallier ses détracteurs, confirmés par un taux d’approbation de l’opinion de 54,3% contre 46,4% à son prédécesseur à la même époque de son mandat.

Le doute sur la détermination du Parti Communiste chinois à respecter la lettre et l’esprit du schéma « un pays deux systèmes » a cependant resurgi quand, dans une interview donnée le 1er juillet, elle a annoncé que la loi sur la sécurité nationale réclamée par Pékin serait mise en œuvre « le plus tôt possible ».

Reporté en 2003, à la suite de puissantes manifestations populaires de plusieurs centaines de milliers de personnes ayant mis en difficulté le gouverneur de l’époque Tung Chee Hwa, l’Article 23 qui serait introduit dans la Constitution du Territoire autoriserait, au nom d’accusations de trahison et de subversion, à limiter la liberté d’expression et le droit de manifester.

La mouvance démocrate.

Anson Chan 78 ans reste la critique les plus écoutée des intrusions chinoises dans la politique de la R.A.S et de l’obédience de Carrie Lam à Pékin.


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Les plus vives critiques adressées à Carrie Lam viennent d’Anson Chan, 78 ans qui la précéda de 20 ans à la tête de l’administration de Hong Kong sous la règle britannique. Considérant que Pékin ne respecte pas ses engagements politiques à l’égard du Territoire, elle a, ces dernières années, plusieurs fois fustigé les empiètements chinois dans la conduite des affaires de la RAS.

En dehors de la mise en cause politique, son principal reproche télescope de plein fouet les projets d’intégration de Hong-Kong à la grande région Canton – Zhuhai – Shenzhen : « la R.A.S ressemble de plus en plus à n’importe quelle ville chinoise ». Pour elle, les spécificités de Hong Kong - État de droit, indépendance de la justice, libertés publiques et droit à l’information - sont mises à mal par l’influence grandissante de Pékin qui, par là même, détruit les principaux atouts de l’ancienne colonie.

Le 1er juillet, participant à la marche de protestation de l’opposition démocrate, elle a réitéré ses critiques : « chaque jour qui passe voit l’érosion de notre style de vie et de nos valeurs ». Déçue que Carie Lam ne se soit pas efforcée d’améliorer le système électoral pour le rapprocher d’un vrai suffrage universel, elle a appelé la Chine à « mettre en œuvre loyalement toutes les dispositions du schéma « un pays deux système ».

En substance, elle demandait au régime chinois de ne pas expurger sélectivement les dispositions de l’accord qui le dérangent. Pour elle qui prend le contrepied des radicaux adeptes d’un suffrage universel sans sélection préalable des candidats à l’aune de leur patriotisme chinois, mais fermement rejeté par Pékin en 2014, il existe des marges de manœuvre dont Carrie Lam ne tire pas profit.

Dans le paysage politique hongkongais, Anson Chan représente l’opposition démocrate modérée qui craint l’effritement progressif des libertés publiques et de l’indépendance judiciaire sous les coups de boutoir chinois. Se rassemblant pour exprimer leurs craintes, ils défilent dans les rues, chaque 1er juillet jour anniversaire de la rétrocession.

Cette année, sous la houlette du « Front des droits civiques » qui regroupe 50 organisations démocrates, la marche s’est déroulée sous le double thème de la critique du parti unique en Chine et de la résistance au déclassement de Hong Kong « – 结束 一党专政 拒绝 香港 沦陷 - Jieshu yi dang zhuanzheng jujue xianggang lunxian - ».

Avec une participation régulièrement en baisse depuis 2003 (en dépit d’un regain en 2015) et des écarts importants entre les estimations de la police et celles des organisateurs [3], la mouvance démocrate tente, au milieu d’une lassitude populaire palpable, de maintenir l’élan protestataire anti-chinois du mouvement « Occupy Central » qui avait paralysé le centre de Hong Kong entre mars 2013 et décembre 2014, quand les organisateurs s’étaient eux-mêmes livrés à la police.

Lire :
- Hong Kong : un suffrage universel aux « caractéristiques chinoises. ».
- Hong Kong : « Occupy Central » s’étiole, tandis que resurgit le contentieux sino-britannique.

L’avocat libéral Benny Tai Yiu-ting, l’une des figures du mouvement de 2013, répète que les réformes sociales et le mesures pour résoudre la crises immobilière ne parviendront pas à masquer l’absence de légitimité politique de Carrie Lam. Agnes Chow Ting, est sur la même ligne et estime que le gouvernement sous estime la quête démocratique des jeunes hongkongais.

Membre du comité permanent du mouvement Demosito à la ligne politique « localiste », euphémisme qui désigne une rupture indépendantiste avec le Continent en contradiction avec la loi fondamentale, sa candidature aux élections locales avait été invalidée précisément à cause de ses idées anti-chinoises.

Lire : A Hong Kong, la Chine fait face aux contradictions du schéma « Un pays deux systèmes ».

Note(s) :

[3Si on limite les estimations aux deux années politiquement les plus tendues (2003 : manifestations contre l’Art 23, et 2015, protestations contre le rejet chinois du suffrage universel intégral), les chiffres sont les suivants : 2003 : estimations des manifestants 530 000 ; estimations de la police : 350 000 ; 2015 : estimations de la police 100 000 ; estimation des manifestants : 500 000.

Cette année, la police a estimé le nombre à moins de 10 000, tandis que les organisateurs ont affirmé qu’ils étaient 50 000. Le fait est que, toutes estimations confondues, la participation baisse d’année en année.

Selon le comptage indépendant du professeur Paul Yip Siu-fai, l’un des doyens des sciences sociales de l’université de Hong-Kong qui a placé ses équipes à Causeway et à Admiralty, les manifestants étaient cette année 14170, 50% des effectifs ayant rejoint les cortèges en cours de route.


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