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›› Politique intérieure

Hong-Kong à l’aune des « caractéristiques chinoises »

La rupture indépendantiste.

Le surgissement à Hong-Kong de l’idée de rupture indépendantiste touche à Pékin le nerf très sensible de la souveraineté dans un territoire portant encore les stigmates des humiliations subies par la Chine au XIXe siècle. Ici Andy Chan créateur du parti national honkongais. Derrière lui les caractères « 独立 – Du Li – indépendance. »


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Quand Pékin observe la situation dans la R.A.S, mesurant les délais de 29 ans restant à courir avant le retour complet de Hong-Kong dans le giron chinois, ce sont bien les risques posés par cette nouvelle mouvance de rupture récemment surgie dans le paysage politique qui l’inquiètent le plus.

L’année dernière lors des cérémonies de l’anniversaire de la rétrocession qu’il avait présidées, Xi Jinping avait clairement mis en garde contre le séparatisme : « Toute atteinte à la souveraineté et la sécurité nationales, défiant le gouvernement central et l’autorité de la loi fondamentale, ou ayant pour but de mener, par le truchement de Hong Kong, des opérations d’infiltration ou de sabotage à l’intérieur du Continent, franchirait (« toucherait 触碰– chu peng - dans le texte chinois ») la limite extrême de ce qui est permis et ne sera pas accepté »

Lire : A Hong-Kong Xi Jinping « recadre » les démocrates et met en garde contre une remise en cause du pouvoir central.

Le 18 juillet, la police s’est présentée au domicile de Chan Ho-tin (Andy Chan – en chinois 陳 浩 天 – Chen Hao Tian) fondateur et président du Parti National Hongkongais d’obédience indépendantiste.

Au nom des « Societies Ordinance » une disposition légale datant de la colonie britannique (1949, modifiée 1992) on lui a signifié l’interdiction de son parti au motif qu’il attentait à la sûreté nationale et à la sécurité publique. C’est la première fois depuis 1997 que le gouvernement central utilisait cette loi initialement adoptée pour lutter contre les mafias et le crime organisé.

Caractéristiques chinoises et valeurs universelles.

Il reste que la perspective du long terme portant la vision à 2049, deux années après la rétrocession et date à laquelle le Président Xi Jinping a fixé la réalisation du « rêve chinois » de normalisation de Hong-Kong, Macao et Taïwan, sous la bannière des « caractéristiques chinoises » à l’écart des principes de gouvernance démocratique, véhicule une contradiction de taille. Elle oppose deux philosophies politiques.

D’un côté la vision idéalisée au nom des « valeurs asiatiques » du despotisme éclairé selon le modèle singapourien, revisité par le parti communiste chinois ayant instauré un capitalisme d’État, fortement centralisé, aux libertés réduites aux pouvoirs ramassés et opaques, assisté d’une vaste bureaucratie encadrant de manière serrée la société, à la fois efficace moteur du développement socio-économique et garant de la prévalence du Parti-État ;

De l’autre un système auquel les Hongkongais ont pris goût mais qu’ils n’avaient pas connu du temps de gouverneurs britanniques, leur garantissant la liberté d’expression et de protestation en même temps que la séparation des pouvoirs exécutifs, judiciaires, législatifs portant l’espoir – en réalité improbable - qu’à terme les gouverneurs seraient élus au suffrage universel direct sans interférence de Pékin.

Dans son livre, Chris Patten revient en détail sur le concept des « valeurs asiatiques » base idéologique des « caractéristiques chinoises ». Pour lui, articulées autour de l’obéissance confucéenne au patriarche familial, elles sont, au nom de la prévalence de l’harmonie, le masque de l’autoritarisme et l’excuse des hommes d’affaires et politiques occidentaux pour ne pas évoquer les manquements du régime chinois aux droits civiques et humains.

La faiblesse du concept, dit-il, est qu’il considère que les droits de l’homme ne sont pas universels. Partout, cependant, tous ont droit à une justice équitable, à la liberté de parole et à la protection contre l’esclavage et la torture. Il ajoute que les démocrates de Hong-Kong ou à Taïwan ne sont pas moins confucéens que les capitalistes de Pékin et Shanghai dont la motivation principale est l’enrichissement rapide.

Plus encore, le Parti communiste qui articule sa diplomatie à la prévalence de sa culture et à son histoire plutôt qu’au droit international et dont le système reste léniniste ne peut pas constituer un modèle attractif pour les pays occidentaux.

A moins de trois décennies du retour complet de la R.A.S à la Chine, ces réflexions renvoyant aussi aux tensions dans le détroit de Taïwan dont la date limite de réunification au Continent a implicitement été fixée par Xi Jinping à 2049, éclaire les risques posés par l’idéal normatif chinois articulé au très nationaliste « rêve de renaissance ».


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