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IRSEM. Un rapport foisonnant sur l’ampleur protéiforme des stratégies d’influence de Pékin

Contrefeux et défiances stratégiques

S’il est vrai qu’en Occident la Chine est critiquée pour sa politique au Xinjiang et le risque que son révisionnisme fait peser sur l’ordre du Monde porté par le « consensus de Washington » et les « valeurs démocratiques », elle est aussi violemment mise en cause en Asie du Sud-Est, notamment au Vietnam qui conteste avec force l’impérialisme de Pékin en mer de Chine du sud. La photo montre un manifestant en avril 2014 lors des émeutes anti-chinoises qui réagissaient avec fureur contre l’’installation de structures pétrolières chinoises dans les eaux territoriales convoitées par la Chine et le Vietnam.

Voir l’article de QC à ce sujet : Explosion de violences anti-chinoises au Vietnam. Pour une vision d’ensemble des pressions chinoises sur le théâtre du sud-est asiatique : En mer de Chine du sud, les limites de la flibuste impériale chinoise.


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Près de dix années après l’arrivée de Xi Jinping à la tête du Parti, force est de constater que la situation stratégique de la Chine est fragilisée.

S’il est vrai que le message du déclin de l’Occident a gagné en force dans la nébuleuse d’une cinquantaine de pays restés de fidèles soutiens de la Chine (voir à ce sujet notre article : Controverses globales autour du traitement des Ouïghour. Pékin rallie un soutien hétéroclite et brouille la solidarité des musulmans), la plupart de ses relations avec les pays démocratiques et quelques autres sont sous tensions.

En Asie du sud-est, en dépit de l’attractivité de son marché cinq des dix pays de l’ASEAN (Vietnam, Philippines, Malaisie, Indonésie, Singapour), soit observent un prudent retrait, soit analysent la stratégie de grignotage de la mer de Chine du sud, comme une menace directe et se rapprochent des États-Unis.

En Asie de l’Est, le Japon, membre de l’alliance « quad » qui, avec les États-Unis, l’Australie et l’Inde, elle-même dans une rivalité culturelle et stratégique irrépressible avec la Chine - ciblent les prétentions de Pékin, a rejoint la liste des pays qui réfutent ses réclamations maritimes.

Par une note diplomatique adressée à l’ONU le 19 janvier 2021, Tokyo a officiellement rejeté la « ligne en 9 traits de Pékin » et ses manœuvres pour limiter la liberté de navigation. Lire : Bruits de ferraille en mer de Chine de l’Est. Chronique d’un nationalisme enflammé et contrecoups.

Auparavant, la Grande Bretagne, la France, l’Allemagne, la Malaisie, l’Australie, l’Indonésie, le Vietnam, les Philippines et les États-Unis avaient fait la même démarche.

Récemment, alors que tous les budgets militaires de la région ont sensiblement augmenté, la création de l’Alliance ANKUS (États-Unis, Australie, Grande Bretagne) avec l’effet collatéral de l’annulation du contrat des onze sous-marins français conclu en 2019 avec le Français Naval Group, fut clairement la conséquence de plusieurs facteurs :

1) Les scandales d’intrusion politique des réseaux chinois dans le système académique et législatif australien ; 2) La politique de force chinoise en mer de Chine du sud et 3) Les récentes représailles douanières exercées sur l’Australie après l’insistance du Premier Ministre Scott Morrison pour une mission de l’OMS à Wuhan indépendante et sans contrôle du Parti.

Lire : Origine de la pandémie. L’Australie face aux puissantes pressions de Pékin. Quelles perspectives pour une OMS indépendante ?

De même, les intrusions et les pressions d’influence exercées contre Taïwan assorties de harcèlements militaires ont produit l’effet indésirable pour Pékin de rallier à Taipei plus d’amis venus visiter officiellement l’Île. La dernière en date étant celle d’Alain Richard, ancien ministre de la défense français. Lire : « Double Dix », les discours croisés des héritiers de Sun Yat-sen.

Déboires en Europe et en Afrique.

A gauche, le ministre des AE lituanien Gabrielius Landsbergis qui le 21 mai dernier annonçait que son pays se retirait du groupe des 16 pays coopérant avec La Chine.
Dans la foulée il a appelé les autres pays de l’UE à également abandonner le format 17+1. « De notre point de vue, il est grand temps que l’UE passe d’un format divisant 16+1 à un format 27+1 plus fédérateur et donc beaucoup plus efficace » (…) « L’UE est plus forte lorsque les 27 États membres agissent ensemble avec les institutions de l’UE. »

A droite la « Chinafrique » néologisme construit avec la même intention critique que « France Afrique », doit être nuancé, tant il est vrai que les situations sont contrastées. Il est exact qu’en Afrique les stratégies chinoises rencontrent des oppositions.

Elles sont en effet encore souvent marquées par la quête de ressources, une faible interaction avec les populations locales, des conflits sociaux liés au non-respect du droit du travail et une tendance à enfoncer les pays dans des dettes créant une dépendance à Pékin qui se paye directement en ressources primaires. Il reste que Pékin dont les finances sont souvent un apport très dynamisant pour les économies, corrige ses faiblesses.

De plus en plus souvent, à sa coopération médicale très efficace qui porte une image plus positive de la Chine, Pékin ajoute des formations techniques et des aides à la création d’entreprise, appuyant les initiatives africaines qui se lancent dans la transformation. Ce schéma éloigne l’action de Pékin de la simple quête de matières premières.

En mars dernier un article de The Conversation faisait un point plus nuancé que le rapport de l’IRSEM

La conclusion évoque non pas la fin de la lune de miel, mais un certain désenchantement réciproque. « Après la lune de miel, les relations de la Chine avec des gouvernements africains tiédissent. Certains d’entre eux n’ont pas hésité à annuler de grands contrats (Tanzanie, Sierra Leone, Gabon, etc.), tandis que l’image de la Chine dans l’opinion publique africaine pâlit doucement.

Selon l’Afrobarometer, en 2020 59% des sondés estimaient que l’influence de la Chine dans leur pays était positive, contre 63% en 2015. »


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Mais le plus grand dommage provoqué par l’agressivité de la Chine et ses stratégies obliques d’influence est peut-être celui qui a frappé ses relations avec l’Europe dont Pékin voulait faire un contrepoids à Washington.

Avec Bruxelles où sa stratégie de coopération avec les pays d’Europe Centrale et orientale est depuis longtemps perçue comme une manœuvre de contournement, la mise en sommeil de l’accord sur les investissements (lire : Chine – Europe. Symbole d’un risque de dislocation globale, l’horizon de l’accord sur les investissements s’obscurcit), et la crise récente avec la Lituanie qui fait suite à celle avec la Tchécoslovaquie (lire : Le sénat tchèque à Taïwan. Pékin perd son calme. Le fossé se creuse entre l’Île et les Chinois), ont fait surgir une nouvelle source de tensions dans la relation Chine – Europe. Lire : La Lituanie sous le feu de la vindicte chinoise à propos de Taïwan.

Alors que la relation s’était échauffée après que Vilnius ait accepté l’ouverture d’un bureau de représentation de « Taïwan », dont le nom symbolique plutôt que « Bureau de Taipei » avait agacé Pékin, à la fin mai 2021, au motif que les promesses de meilleur accès au marché chinois n’avaient pas été tenues,
Vilnus annonçait sa décision de quitter le groupe des « 17 + 1 » par lequel la Chine développe des relations avec les pays d’Europe Centre et Orientale.

Dans la foulée le Ministre des Affaires étrangères Gabrielius Landsbergis qui répondait à une interview de Politico, avait suggéré que les autres membres du groupe en fassent autant : « De notre point de vue » a t-il dit, « dans le dialogue avec la Chine, il est temps de mettre fin à la division de l’Europe et de passer du cadre “16 +1“ au schéma européen unifié “27 + 1“. » (…). Ajoutant en substance que « l’Europe était plus forte quand elle était unie ».

L’incident, en réalité mineur si on considère la taille du pays, indique cependant les failles de la stratégie de contournement et de division de l’Europe, au moment même où le fait accompli de Pékin en mer de Chine du sud et les insistants harcèlements contre Taïwan créent en Europe à Londres, Paris et Berlin, une nébuleuse dont la pensée stratégique anti chinoise est en train de s’aligner sur celle de Washington et des pays du « Quad ».

Enfin, le dernier théâtre où le rapport identifie les failles des stratégies d’influence chinoises est l’Afrique. Les auteurs notent que dans nombre d’endroits, « la lune de miel est terminée », parasitée par l’activisme invasif de Pékin ayant dressé nombre de populations contre son action.

Le constat est sévère. « Désormais critiqués comme “prédateurs“, ses projets ne bénéficient pas à la population locale au point que l’action de la Chine est finalement perçue comme aussi nuisible que celle des Occidentaux ».

QC suit depuis plusieurs années cette controverse, en y apportant cependant quelques nuances.
- L’Afrique, la Chine et l’Europe.
et
- Qu’en est-il du « piège » chinois de la dette ?

Voir aussi la note de contexte : Controverses sur les stratégies chinoises.


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