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›› Editorial

L’Amérique en Asie. La tentation du Pentagone

Les limites de l’approche binaire. Le risque des surenchères.

Mais la nécessité de prendre du recul face à cette rivalité de puissance, exige de s’interroger sur la pertinence pour Washington d’un tel positionnement où la Maison Blanche se laisse entraîner dans une stratégie qui cible la Chine, devenue, quoi qu’elle en dise, le point focal de sa politique asiatique, ce qui réduit sa marge de manœuvre. Avec, comme corollaire, l’obligation de plus en plus lourde d’assurer la sécurité de la zone, alors que pèsent sur le Pentagone, la perspective d’importantes réductions budgétaires.

Déjà le Congrès donne des signes d’un possible virage antichinois prenant le contrepied des anciennes stratégies de coopération avec Pékin. La nouvelle orientation identifierait la Chine, non plus comme un partenaire à la fois difficile et obligé, mais comme un possible adversaire dont les priorités sont contraires aux intérêts de Washington. Elle viserait – mais l’intention est plus facile à formuler qu’à mettre en œuvre -, purement et simplement, à isoler la Chine de ses sources d’approvisionnement et de ses principaux partenaires commerciaux, menaçant par là même la croissance, principale source de légitimité du pouvoir.

Aux Etats-Unis et en Australie il existe des voix divergentes qui critiquent directement le nouveau positionnement de la diplomatie américaine. Kenneth Lieberthal, familier de la Chine, ancien conseiller pour l’Asie au Conseil National de Sécurité, sous l’administration Clinton, expliquait récemment que la rhétorique américaine était inutilement provocatrice.

Début décembre, le Pacific Center de Hawaï publiait un article d’un chercheur australien qui insistait sur les risques d’une rivalité Chine – Etats-Unis comme seul critère de la stabilité et du progrès de la zone Pacifique. Cette vision ignorait l’importance des situations internes des pays quels qu’ils soient, le rôle à venir du Japon, de l’Inde, et des puissances moyennes de l’Asie du Sud-est, comme l’Indonésie et le Vietnam ; elle faisait peu de cas du destin de la péninsule coréenne ou du rôle des institutions de l’ASEAN, encore dans les limbes.

Ayant passé en revue la diversité de l’Asie, qui prend le contrepied d’une approche limitée à deux faces, la note, teintée d’une forte dose d’idéalisme, concluait : « L’Asie est trop diverse et dotée d’un trop grand potentiel pour limiter la vision qu’on s’en fait à une logique si crue. La bipolarité est inconnue en Asie. Aujourd’hui elle a moins que jamais sa place. Les pays de la région devraient s’efforcer d’échapper à cette logique binaire contraignante. La Chine et les Etats-Unis qui ont leurs propres défis internes sont entrés dans un cycle de surenchères. Le moment est venu pour les autres d’encourager une approche multilatérale de l’architecture de sécurité en Asie ».

Dans ce paysage où s’exacerbent les tensions, subsistent cependant quelques jalons rassurants qui balisent la relation Chine – Etats-Unis. Celle-ci est, il est vrai, de plus en plus heurtée, à mesure que la Chine déploie sa nouvelle puissance. Mais elle est également marquée par une forte interdépendance économique et commerciale, balisée par des interactions au plus haut niveau, comme le dialogue économique et stratégique ou les échanges entre les systèmes de défense, dont la dernière session a eu lieu de 7 décembre à Pékin.

Ces canaux de contact sont d’autant plus nécessaires que Pékin paraît incapable d’échapper aux dérives nationalistes qui accompagnent ses rêves d’empire en Mer de Chine, succédanés d’une légitimité interne vacillante, tandis que les réactions de Washington à l’appui du développement économique, du libre échange, du droit international, de la bonne gouvernance et des droits de l’homme, sont également sous-tendues par la volonté très nationaliste et très émotionnelle de nier le déclin de l’Amérique.

Note

Début janvier, la Chine a réagi à la confirmation par le président américain, reprise par le ministre de la défense et le président du comité des chefs d’Etat-major, que l’Asie resterait une priorité de la défense des Etats-Unis, en dépit des réductions de crédit et du renoncement à la doctrine imposant aux armées d’être en mesure de conduire deux conflits majeurs simultanément : « les Etats-Unis augmenteront leur présence institutionnelle, ainsi que leur capacité de projection et de dissuasion dans la région Asie Pacifique », a précisé le ministre de la défense Leon Panetta, le 5 janvier.

Le lendemain un éditorial de l’agence Xinhua expliquait que le rôle des Etats-Unis dans la zone pourrait être à la fois positif et porteur de stabilité et, en même temps, profitable à la Chine, à condition qu’il soit débarrassé de la mentalité de guerre froide. Il ajoutait que si le renforcement militaire américain se résumait « à une démonstration de force, il n’aiderait pas à résoudre les conflits ».

Le même jour un article du Quotidien du Peuple (QDP) appelait la direction chinoise à réagir « avec sérénité » à « la stratégie de containment » américaine qui associait dans ses priorités la Chine et l’Iran. « Tout en tirant partie du dynamisme de sa croissance, Pékin devrait adopter une politique iranienne démarquée de celle de Washington et poursuivre ses efforts pour améliorer ses capacités d’interdiction militaire en mer de chine ».

Le 7 janvier, un autre article du QDP citait Yi Xianlang, un responsable des questions de frontières maritimes qui niait que les querelles en mer de chine seraient une menace pour la navigation en haute mer - « Pékin n’a jamais menacé la liberté de navigation. Les Etats-Unis utilisent ce prétexte pour freiner la montée en puissance de la Chine » -

Il rappelait la position traditionnelle de Pékin sur la question. Mais tout en appelant à l’apaisement il ne cèdait pas un pouce de terrain sur la revendication de souveraineté sur l’ensemble de la Mer de Chine : « négocier avec les parties concernées, sans intervention extérieure, ignorer les divergences de souveraineté sur les plateaux continentaux soulevées à l’ONU par Hanoi, Manille et Kuala Lumpur et organiser le développement partagé des ressources. »


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