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›› Editorial

L’année du Tigre sera « complexe »

Même si les réformes sont incomplètes ou mises en œuvre de manière heurtée, avec notamment d’importantes lacunes dans l’application du droit au sein de tribunaux, dont l’indépendance reste handicapée par la corruption, le népotisme et les ingérences politiques, le vaste mouvement d’ouverture lancé par le régime pour préserver sa légitimité et raviver ses liens avec le peuple, entraîne de fortes attentes pour de nouvelles libertés politiques. Celles-ci se manifestent y compris au sein du Parti, avec plus ou moins de virulence, et se cristallisent publiquement par le truchement d’une nouvelle forme d’activisme relayée par Internet et quelques organes de presse qui construisent leur réputation sur leur image d’indépendance incorruptible.

Face à ces développements, qui donnent une image moins rigide que par le passé des relations entre le pouvoir et la société, mais dont les conséquences pour la pérennité du Parti sont imprévisibles, le régime a tendance à avoir la main lourde. L’exemple le plus récent est la condamnation de LIU Xiaobo à 11 années de prison pour avoir lancé la « Charte 08 », préconisant l’adoption de la démocratie en Chine et proposé le passage à un système fédéral. Le jugement, critiqué de l’intérieur par quatre vétérans du Parti, anciens du Quotidien du Peuple, de Xinhua et de l’Académie des Sciences Sociales, était d’autant plus inflexible que l’initiative prônait non seulement la fin du rôle dirigeant du Parti et de son monopole, mais aussi l’abandon, pour l’heure improbable, du dogme d’un pouvoir politique centralisé imposant sa férule sur les provinces.

Récemment plusieurs autres activistes des droits de l’homme ont été harcelés. Parmi eux Huang Qi, qui militait pour obtenir des réparations au profit des parents des enfants morts lors du tremblement de terre du Sichuan, suite aux accusations de malfaçon des écoles construites en béton frelaté, a été condamné à trois ans de prison ; juste avant le Chun Jie, Tang Zuoren, qui travaillait sur le même sujet a écopé de cinq ans pour subversion. L’impression de beaucoup d’observateurs est que la tendance répressive se durcit à mesure que le Parti identifie des menaces directes contre son pouvoir, ou quand les ramifications des corruptions risquent de discréditer les hautes strates du régime.

Conséquence directe du fait que certains effets non désirés de l’ouverture sont de plus en plus considérés comme un défi au système, le nombre des accusations pour « menace contre la sécurité de l’Etat » a quintuplé depuis 2005. Une part de cette augmentation est directement liée aux troubles survenus au Tibet en 2008 et au Xinjiang en 2009. Quoi qu’il en soit, l’augmentation brutale de ce type d’accusation dessine les limites des capacités d’ouverture politique du pouvoir et donne une idée des contradictions auxquelles il est confronté.

Alors que la société chinoise s’organise, devenant de plus en plus réactive et capable d’autonomie, tandis que l’augmentation des niveaux de vie entraîne une demande pour plus de libertés et de droits, sur fond d’instabilité ethnique au Tibet et au Xijiang, le Régime, qui ne reste pas statique, s’adapte pour préserver sa légitimité. Mais sa marge de manœuvre, à l’intérieur du dogme du rôle dirigeant du Parti, est forcément réduite. Il est probable que, pour conserver son monopole, le PCC continuera tant bien que mal sur la voie des réformes politiques prudentes et limitées. Ces dernières ne supprimeront pas les conflits, au contraire. La tendance à la libéralisation, même partielle, entraînera une recrudescence des conflits entre la société et le pouvoir. C’est probablement parce qu’il a conscience de ces défis que le Premier Ministre a, dans son discours, anticipé que l’année du Tigre sera « plus complexe ».


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