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La Chine et la guerre du fer

Bataille pour les prix.

Une des controverses internationales liée au secteur du fer, et très significative de la rémanence des intérêts enkystés depuis des lustres, principaux obstacles à la réforme, a pendant toute l’année 2012 compliqué les relations du minéralier brésilien Vale SA avec les autorités chinoises.

Au passage, l’histoire renvoie aussi aux investissements dans les constructions navales et les transports maritimes, dont les performances sont mesurées par le Baltic Dry Index (BDI), créé en 1998 et géré par la société britannique Baltic Exchange à Londres.

Ce dernier est un index des tarifs pour le transport maritime en vrac des matières sèches (minerais ou céréales). Calculé d’après une moyenne des prix pratiqués sur 24 routes mondiales de transport du vrac, et en baisse presque constante depuis la fin 2009 (chute de 75% de l’index depuis décembre 2009), il est depuis le début 2013 animé d’un frémissement de reprise surveillé par les investisseurs à risques, qui se souviennent de la boutade du Baron de Rothschild : « achetez quand le sang coule, même s’il s’agit du votre ».

Quoi qu’il en soit, les querelles internes chinoises et peut-être la volonté des aciéristes et transporteurs chinois de desserrer l’étau que les grands minéraliers étrangers font peser sur le secteur du fer et de l’acier, ont directement touché la nouvelle stratégie commerciale de Vale SA.

En 2008, ce dernier avait en effet lancé un vaste programme de 35 gigantesques navires minéraliers pour compenser les avantages logistiques de ses concurrents australiens Rio Tinto et BHP Billiton, dont le transport vers la Chine est presque 4 fois moins long que pour Vale SA.

Initialement, les constructions navales chinoises, contrôlées soit par l’état soit par l’armée, séduites par l’ampleur du projet étaient en phase avec les ambitions du Brésilien.

Six vraquiers géants, sur les 13 en service ou en construction, sont déjà sortis ou sur le point d’être livrés par les chantiers de la côte Est de Nantong, de Jiangsu Rongsheng Heavy Industries (JRHI) et du golfe de Bohai. Au moins 6 autres sont en commande. En décembre 2011, le « Berge Everest », long de plus de 300 m (photo en 1re page), construit par le Chinois Bohai Shipbulding Heavy Industries, avait même accosté à Dalian pour livrer plus de 350 000 tonnes de minerai de fer.

Mais, un mois plus tard on entrait dans un de ces psychodrames étranges dont la Chine a le secret et qui plonge ses racines loin dans les non dits des enchevêtrements des affaires et du pouvoir, également révélateurs des vulnérabilités de la Chine, tributaire de l’ampleur de ses appétits en matières premières et en énergie.

En janvier 2012, en effet, Pékin interdisait l’accès aux ports chinois des vraquiers de plus de 300 000 tonnes, ce qui oblige Vale - qui a déjà investi plus de 4 Mds de $ dans son projet de grande logistique et dont les bénéfices sont en train de fondre - à détourner ses géants des mers vers Subic Bay aux Philippines et à terminer ses livraisons vers la Chine par des plus petits tonnages, après transbordements.

Compte tenu du contexte, personne ne croit aux raisons avancées par les Chinois, de la nécessité de travaux d’aménagements portuaires, à quoi s’ajouteraient les délais administratifs liés aux autorisations centrales, du ministère des transports et de la Commission du développement et de la réforme.


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Par Caligula Le 25/02/2013 à 22h33

La Chine et la guerre du fer.

Bonjour,

La boulimie de matières premières de l’Empire du Milieu peut-elle s’accorder avec les besoins de l’Occident (j’entend par là les USA, l’UE). Quand on voit à quelles extrémités en sont arrivés ses pays pour s’approvisioner en minerais, et autres énergies fossiles, on peut (enfin, c’est le cas pour moi) se poser quelques questions sur l’issue de cette course aux matières premières et, par extension, aux profits.

Exemple : le gouvernement nord-américain est en train de ravager, au sens écologique, son territoire avec les gazs de chistes pour éviter une trop grande dépendance pétrolière.
La France a dit non à l’exploitation de cette ressource, mais par-là même augmente sa dépendance à l’importation de gaz. Le-dit gaz, vendu par la Russie et acheminé à l’aide du Northstream et, prochainement, du Southstream ; construit avec l’aide de la Chine.
Chine qui a investit en Algérie, dans la compagnie pétrolière Sonatrach, laquelle a fait de nouvelles découvertes de gisements. Et la Sonatrach est une des sociétés qui approvisionne l’Europe.

Au-dela de ça, la Chine a, depuis quelques années, massivement investit dans les pays émergents (sauf ceux situés sur son continent, il me semble) Amérique du Sud, et Afrique. Hors, il semblerait que ses vues sur le continent africain soient mal vues (zut, une répétition) par l’Occident. Et quand on connait la tactique mise en place par les USA et consors pour avoir accés à des matières premières...
Mais, et cela peut paraître ahurissant ; à ma connaissance la Chine n’a rien employé de plus agressif que son droit de véto à l’ONU (à propos de la Syrie).

Donc, question : le gouvernement chinois, serait-il prés, en cas de nécessité, à défendre ses intérets sur d’autres continents que le sien avec l’aide de l’APL ? Et, dans ce cas-là, il serait intéressant de voir la réaction de l’Occident.

Je vous remercie pour votre réponse à mon précédent post.

Salutations.

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