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La Chine et quelques uns de ses voisins

Avec le Myanmar, c’est aussi le souci de la stabilité qui prévaut, assorti de ses intérêts bien compris liés au gaz birman, à l’accès au golfe du Bengale et à la construction du gazoduc et de l’oléoduc vers le Yunnan. (lire "Chine - Myanmar, le dilemme birman" QC, 5 septembre 2009).

C’est pourquoi, même si elle a aussi intérêt à l’amélioration de l’image du Régime birman, la Chine acceptera sans broncher les résultats des élections prévues le 7 novembre prochain, dont la plupart des analystes estiment qu’elles ne seront ni libres ni équitables.

Lors de la récente visite en Chine du chef de la junte Than Shwe, le porte parole du MAE chinois a en effet précisé : « La Chine espère que la communauté internationale apportera un soutien constructif aux élections au Myanmar et s’abstiendra de toute ingérence qui pourrait avoir un impact négatif sur les affaires intérieures du pays et sur la paix et la stabilité régionales ».

Mais au Myanmar, le jeu chinois, qui tente à la fois de préserver ses liens avec les milices locales et de gagner les faveurs du gouvernement central, n’est pas simple. Dans les zones limitrophes du Yunnan, les autorités locales chinoises sont parties prenantes au commerce transfrontalier et aux trafics, en liaison avec les groupes ethniques birmans, jadis soutenus par Mao, et eux-mêmes en conflit larvé avec les autorités centrales.

Depuis les échauffourées sur sa frontière, il y a un an, Pékin s’est investi pour créer les conditions d’un dialogue entre Naypyidaw et les groupes rebelles des zones frontières, tout en persuadant le gouvernement central de stopper ses offensives militaires. Au cours des 18 derniers mois, trois membres du Comité Permanent du Bureau Politique ont effectué le voyage à Naypyidaw pour renforcer les liens politiques et signer des contrats pour la construction de barrages et l’exploitation minière, faisant de la Chine le plus gros investisseur au Myanmar.

Les compagnies chinoises ont en effet augmenté de manière notable leurs investissements dans le secteur hydroélectrique et minier. Ces derniers viennent s’ajouter à plusieurs dizaines de projets déjà en cours dans ces deux secteurs depuis la fin des années 90.

Début juin, lors de son voyage au Myanmar, Wen Jiabao a, avec son homologue birman, présidé à la signature d’un accord pour un investissement de la société d’état NORINCO, principal fabricant et exportateur d’équipements militaires conventionnels chinois, en vue de participer à l’exploitation d’une mine de cuivre à Monywa, dans le riche centre minier du pays. La Chine était déjà présente sur le site de Monywa par le biais de la société China Nonferrous Metal Mining.Co.

C’est le 2e investissement d’envergure dans le secteur minier de NORINCO, déjà impliqué, dans un projet d’extraction de nickel dans l’état de Chin qui borde le golfe du Bengale, au travers de sa filiale Wanbao Mining. Co, associée à une compagnie minière listée à Hong Kong, mais propriété de la Zhijing Mining, appartenant, elle aussi, à l’Etat chinois. Selon le site internet de NORINCO, Wanbao est aussi impliquée dans un projet d’usine chimique avec China Tianchen Engineering Co., grâce à un prêt préférentiel accordé par la Chine au gouvernement birman.

Le 18 août dernier, Taiyuan Iron and Steel Group, 1er producteur mondial d’acier et la compagnie China Nonferrous Metal Mining se sont associés pour développer une mine de nickel dans la région de Tatkon, 50 km au Nord de la capitale. Cet investissement s’ajoute aux 800 millions de $ déjà engagés par la compagnie pour l’exploitation d’une autre mine de nickel à Tagaungtaung, dans le Nord du pays, à 150 km de la frontière chinoise, et dont les opérations d’extraction devraient commencer en 2011.

Il reste que la manœuvre de la junte, qui envisageait de transformer les milices rebelles en garde-frontières contrôlées par l’armée a échoué, tandis que l’influence de Pékin dans le pays se heurte à quelques raidissements de la population de plus en plus hostile à l’exploitation des ressources naturelles, dont l’impact sur l’environnement et la vie des ruraux soulève des protestations. Selon International Crisis Group, certains observateurs lient l’attentat d’avril 2010 contre le projet de centrale hydraulique de Myitsone, dans l’état de Kachin, à des groupes dissidents mécontents de la présence chinoise.

Il est aussi avéré que certains groupes rebelles considèrent que les grands projets chinois dans les zones frontières, notamment dans l’état de Kachin, riche en ressources minières, sont un appui direct à la politique de mise au pas des milices par le gouvernement central.

Enfin, l’investissement chinois dans la mine de Monywa, piloté par le fabricant d’armes NORINCO, principal fournisseur d’équipements militaires au Pakistan et au Myanmar, ajoute à une récente controverse internationale, déclenchée par l’ONG Earth Rights International qui implique la société canadienne Ivanohe Mining.

Cette dernière liée, entre autres, au secteur minier et de l’énergie chinois, jusqu’à présent principal opérateur de la mine de Monywa, est accusée de faciliter le détournement, au profit de la junte, des bénéfices miniers vers une banque black-listée par le gouvernement américain basée à Singapour et dont les ramifications renvoient, entre autres, à une banque de Chinois d’outre mer.

La polémique qui enfle depuis quelques mois, se développe au milieu d’insistantes rumeurs venant, entre autres, des milieux du renseignement américains, sur les risques d’une possible « nucléarisation » du Myanmar. Cette crainte est aujourd’hui relayée publiquement par le Congrès des Etats-Unis qui souligne les liens de la junte avec la Corée du Nord.


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