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La Chine, le Monde et les flux de capitaux. Quels risques de « découplage » ?

La difficile mutation des moteurs de la croissance.

La persistance de la pauvreté dans une part importante de la population dont 45 millions de très pauvres et la faiblesse des revenus de la « petite classe moyenne » et des ruraux sont les principaux obstacles à la bascule du moteur de la croissance vers la consommation intérieure. Pour Michael Pettis l’installation d’un nouveau paradigme de croissance exigera un transfert massif de richesses de l’État vers les ménages. La prévalence accordée à la centralisation étatique dévoreuse de ressources publiques ne facilitera pas la bascule. (Graphique publié par l’Eco.13/04/2018. Sources Courrier International, Hurun et FMI )


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Prosaïquement, en dépit des affichages, la faiblesse du pouvoir d’achat des ménages est un obstacle à la création à court terme d’un vaste marché intérieur capable de freiner la dépendance aux exportations et aux IDE.

Il est un fait que, sous la surface, le système de distribution des richesses favorise toujours l’État et les riches au détriment des ménages de la classe moyenne.

A la fin août, Michael Pettis, professeur de finance à l’Université de Pékin et observateur de longue date de l’économie chinoise, déclarait que le rééquilibrage de l’économie vers la consommation nécessiterait un transfert massif de richesses de l’État vers les ménages – « un processus qui ne se fera pas facilement ».

Surtout, il faut bien admettre que les tendances centralisatrices de l’actuel appareil, toujours tenté par les regroupements et l’affichage de puissance placent l’économie du pays exactement sur une trajectoire inverse.

Enfin pour continuer l’examen critique de la propagande de l’appareil, parfois reprise sans recul par certains commentateurs, il est nécessaire de considérer l’état des relations économiques entre la Chine et les États-Unis et, partant, la réalité du flux entrant des IDE. En même temps on jettera un œil sur les investissements chinois aux États-Unis et dans le monde.

Chute des IDE chinois à l’étranger. Maintien du flux des IDE vers la Chine.

Selon le rapport de Rhodium Group, repris par le « US-China investment project » (pdf), la première réalité est que, depuis 2016, la frénésie d’investissements chinois aux États-Unis et ailleurs dans le monde faiblit inexorablement. Globalement la valeur totale des F&A chinoises a sévèrement chuté. Elle était de 60 Mds de $ en 2016, année de l’apogée de l’expansion financière chinoise. En juillet 2020, elle était à peine de 5 Mds de $.

Aux États-Unis, conséquence cumulée de la crise épidémique et de la guerre sino-américaine, le premier semestre 2020 a été le point mort bas des investissements chinois depuis neuf ans.

En revanche, mesurés en juillet 2020, les investissements américains en Chine ont augmenté de 6% par rapport à 2019. En même temps, selon le Blog officiel de BNP Paribas, l’intégration des marchés financiers s’est approfondie, résultat de la relative ouverture chinoise à la suite de pressions américaines.

La libéralisation depuis 2019 a entraîné une forte augmentation du nombre d’institutions financières majoritaires ou entièrement étrangères. Ils comprennent de grandes entreprises américaines telles que PayPal, Goldman Sachs, JP Morgan, American Express, Fitch Ratings et S&P Global.

On gardera cependant en mémoire que la pénétration étrangère dans la planète financière chinois se fait sous le contrôle serré de l’appareil. Lire à ce sujet le paragraphe « Les dessous de l’ouverture financière » à la p.4 de l’article : Où en est la reprise économique ?

Les chaînes d’approvisionnement intégrées du monde restent centrées sur la Chine et une grande partie des investissements étrangers vise le marché intérieur chinois. Une enquête de 2019 – c’était avant la pandémie - a révélé que 95% des entreprises américaines investissaient en Chine pour son marché intérieur et 87% n’avaient pas l’intention de partir.

Bien que la pandémie ait commencé à faire évoluer les points de vue, l’inertie est telle qu’un découplage pur et simple des économies sera un processus lent et difficile.

Exemples : Le Japon, la Corée du Sud et Taïwan ont tenté de réduire le risque de concentration en Chine et d’accroître les investissements en Asie du Sud-Est. Cependant, leur stock d’IDE en Chine est resté important. En outre, l’Asie du Sud-Est est profondément intégrée dans les chaînes d’approvisionnement mondiales qui dépendent de la Chine, de sorte qu’une délocalisation en Asie du Sud-est pourrait n’être qu’un trompe-l’œil.

Risque de « découplage » ?

Il reste que l’examen détaillé des situations indique des modifications de comportement.

S’il est exact que nombre de sociétés étrangères n’ont pas quitté la Chine, beaucoup n’y ont pas réinvesti leurs bénéfices. Certaines ont réduit leur exposition. On voit poindre ici et là des signes de défiance. Le gouvernement japonais a créé un fonds de 243,5 milliards de yens pour aider les entreprises japonaises à quitter la Chine. Bien que le montant soit faible (environ 3,5% du total estimé de l’investissement japonais en Chine), le signal et l’incitation sont clairs.

Aux États-Unis, démocrates et républicains ont déclaré vouloir freiner la montée en puissance de la Chine, et découpler l’économie américaine de la Chine est considérée comme un moyen d’y parvenir. Déjà des sociétés telles qu’Apple, Google et Microsoft ont récemment déplacé la production vers le Vietnam et la Thaïlande et envisagent de basculer vers l’Inde et le Mexique.

Enfin, le gouvernement chinois l’a bien compris, le paradigme qui émerge après la pandémie est bien celui d’une « démondialisation » dont l’une des conséquences pourrait être le « découplage » de la Chine au moins dans certains secteurs stratégiques.

A mesure que se creuse la rivalité sino-américaine, la tendance lourde pourrait à long terme conduire à la création de deux blocs commerciaux et technologiques concurrents. Le récent raidissement de Pékin contre Washington à l’occasion du rappel de la guerre de Corée ne plaide pas pour un apaisement dans un avenir prévisible.

Si l’hypothèse se vérifiait, elle modifierait le paysage mondial du commerce et de la technologie et aurait des implications considérables sur les investissements.

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Isabelle Weber note dans The Guardian qu’un réel découplage de la Chine supposerait la réorganisation complète d’une grande partie de la production mondiale.

Il est exact que la guerre commerciale a réduit de 4% la part de la Chine dans les chaînes d’approvisionnement mondiales en ordinateurs et tablettes - le secteur le plus touché. Pour autant, elle continue à produire 45% des exportations mondiales dans ce secteur et 54% de tous les téléphones dans le monde. Pour les meubles, les vêtements et les appareils électroménagers, les parts sont respectivement de 34%, 28% et 42%.

La suite de l’analyse est un rappel historique, en même temps qu’une mise en garde contre une aggravation de la fracture dont les symptômes politiques sont visibles. En Chine, après la mort de Mao, la politique de réforme progressive avait tenu à distance le choc économique, social et politique qui avait frappé l’URSS de plein fouet dans les années 1980 provoquant la chute du régime soviétique.

Notre analyse est qu’aujourd’hui les entêtements politiques qui renvoient en Chine à une forme de National Maoïsme exacerbé où les réformes politiques reculent, sont tels qu’ils pourraient provoquer une dangereuse secousse pour le régime. Mais, il serait vain de croire qu’un ébranlement de grande ampleur en Chine n’aurait aucune conséquence pour l’équilibre du monde.

En Chine même, des intellectuels mettent en garde contre les effets néfastes de la rivalité stratégique en cours. Économiste, ancien conseiller à la Banque centrale, Yu Yonding rappelle la vulnérabilité du pays dont la dépendance directe de la monnaie au Dollar pourrait mettre les banques et le système financier chinois très sévèrement en porte-à-faux.

C’est pourtant le moment que Xi Jinping choisit pour pousser les feux du nationalisme chinois anti-américain en commémorant avec faste et sur un mode très martial, le 70e anniversaire de l’engagement des volontaires chinois dans la guerre de Corée, le 19 octobre 1950.

Dans sa conclusion, isabelle Weber qui ne cache pas son inquiétude, formule l’espoir qu’un grand choc dans les relations américano-chinoises pourra être évité. Espérant un retour aux réalités et à la sagesse, elle exhorte les deux parties à la mesure. Il est urgent dit-elle, que « des deux côtés de la fracture », on s’applique à « imaginer des stratégies réalistes de réconciliation ».


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