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La Chine, le Tibet, les monastères et la foi des peuples

Les étendues vertes au fond des vallées, véritables oasis dans ces étendues désertiques et minérales, sont cultivées à l’ancienne par des paysans aux visages burinés, perchés sur des herses de fortune. Ils conduisent des attelages de yaks parés de tissus rouge vif, minces tâches de couleurs gaies dans ces paysages où domine l’ocre de la terre nue, parfois creusée par l’eau claire d’un torrent. Le long des chemins creux, entre les champs d’orge et de pommes de terre, les familles stockent les bouses de yaks séchées, seul combustible dans ces régions désolées et froides, victimes de la déforestation sauvage. Elles brûlent sans dégager d’odeur, mais en produisant une épaisse fumée.

Malgré la proportion grandissante de Han - seulement 5% de la population du Tibet, mais plus de 60% de celle de Lhassa -, on est encore loin de l’invasion inopportune de karaokés ou de bars louches, parfois décrite dans certains reportages. A Lhassa, la masse du Potala est imposante et diffuse toujours, en dépit de l’absence du Dalai Lama, le mysticisme et la ferveur d’une religion encore onmiprésente. Certains de ses aspects « englue » encore le peuple dans des pratiques moyen-âgeuses d’allégeance aux moines qui renvoient aux racines théocratique du pays, dont les monastères qui accumulent les dons, profitent amplement.

Dans l’atmosphère de caverne des temples et des monastères que les économies d’énergie plongent dans le noir, pélerins et moines baignent dans une crasse enkystée depuis des lustres. L’air est imprégné de l’odeur rance du beurre de yak, combustible des milliers de bougies, dont les petites flammes jaunes dansent autour des innombrables statues de Boudha, Bodhisatvas, ou des photos de révérends disparus. Dans ces lieux aux portes monumentales tendues d’immenses et épaisses toiles noires en poil de yak tissé, décorées de larges symboles blancs, figures géométriques entrelacées symbolisant le « lien », souffle encore la mystique religieuse des temps anciens et se presse une humanité d’un autre âge, vêtue de sombre, très solidaire, peu loquace et encore très introvertie.

Les pélerins qui viennent souvent en famille, avancent en longues files silencieuses et pressées, marmonant des suppliques, tournant sans fin leurs moulins à prières autour des grandes statues des Boudhas couvertes d’or, se prosternant devant les majestueux tombeaux richement décorés de pierres semi-précieuses, où dominent les turquoises venues de l’Inde voisine, et qui enferment à jamais les dépouilles des révérends disparus. Les plus jeunes femmes portent souvent un enfant sur leur dos, emmailloté dans un riche tissu brodé qui tranche avec la couleur triste de leur vêtement. Tous se hissent à tour de rôle sur les courtes marches glissantes au pied des autels pour verser dans les grandes vasques aux petites bougies blanches - témoins d’une ferveur presque compulsive - leur part de beurre de yak, offrande apportée dans de grands pots à lait.

Souvent les campagnes, encores pauvres, n’ont pas de chauffage l’hiver et les habitudes alimentaires restent arriérées - farine d’orge malaxée qui est également la nourriture des yaks l’hiver, pommes de terre, choux, viande séchée de yak et de mouton au goût âcre, alcool d’orge légèrement acidulé, thé alourdi de beurre de yak -. Dans les petites villes de l’intérieur, les ressources sont maigres, les magasins indigents, les habitants à la peau brûlée par le froid et le soleil, pauvrement habillés de couleurs tristes, s’agglutinent autour des bouteilles d’alcool d’orge et proposent aux touristes un misérable bric-à- brac de colifichets de mauvaise qualité.


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