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Saisir l’opportunité du départ de l’ISAF. Les difficultés du grand écart.
Il reste qu’au moment même où les Etats-Unis envisagent leur retrait, la Chine s’installe pour durer. Alors que se dessine le départ d’Afghanistan des troupes de l’ISAF et des Etats-Unis, il apparaît que Pékin manœuvre pour asseoir son influence dans la zone par le truchement du Pakistan, tirant partie des tensions qui naissent entre Islamabad et Washington et appuyant son action sur l’efficacité et la souplesse de son pragmatisme économique et commercial.
Il n’est donc pas étonnant que, dès le deuxième jour suivant l’annonce de l’exécution de Ben Laden par les forces spéciales américaines, Pékin ait réagi pour défendre Islamabad contre les accusations de double jeu, pourtant largement fondées, louant « l’excellent travail accompli par le Pakistan pour lutter contre le terrorisme ».
La Chine soulignait aussi, par la voix de Xinhua, et, comme pour minimiser le succès américain, que la menace était loin d’avoir disparu : « Al Qaida ne sera pas affaibli mais deviendra plus agressif, avec son n°2 al-Zawahiri, impliqué dans l’organisation du terrorisme international et des surgeons terroristes capables d’agir séparément ».
Déjà, avant même la mort de Ben Laden, le Premier Ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani avait appelé les dirigeants afghans à s’impliquer plus avec la Chine, critiquant à l’occasion la solution militaire américaine. Aujourd’hui, Pékin donne de la voix pour dénoncer les pressions de Washington sur son allié, la direction chinoise se positionnant clairement du côté d’Islamabad, rejetant les critiques occidentales et indiennes contre le Pakistan, accusé d’avoir échoué dans sa lutte contre le terrorisme.
La période qui s’ouvre, marquée par le départ annoncé de l’ISAF encore facilité par la disparition de Ben Laden, pourrait entraîner un regain de tensions entre New-Delhi, Islamabad et Pékin à propos de leur influence en Afghanistan. Cité par le Beijing Times du 5 mai, un officiel indien expliquait sous couvert d’anonymat : « Le vrai problème est la situation de l’Afghanistan. Personne ne souhaite un retrait précipité de l’ISAF. Il y a encore beaucoup de travail à faire ».
Une déclaration qui heurtait de plein fouet les visées d’Islamabad et de Pékin que New Delhi tente de contrebattre par des projets d’infrastructure concurrents. Avec 1,3 Mds de $ pour financer la construction du nouveau parlement de Kaboul et une autoroute vers l’Iran, l’Inde espère pourtant ne pas compromettre la politique d’apaisement régionale lancée par le Premier Ministre Singh et rester dans le jeu d’une situation marquée par d’inextricables suspicions et intentions cachées.
Alors que Pékin essaye de préserver en même temps son image de puissance douce, ses intérêts en Afghanistan, sa relation avec la Maison Blanche, ainsi que son alliance avec un Pakistan affaibli et menacé d’instabilité, Washington et New-Delhi continuent d’accuser Islamabad de double jeu : « L’inde continuera de regarder vers Washington (...) et à coopérer avec le Pakistan tout en le suspectant de collusion avec les terroristes », expliquait récemment Siddharth Varadarajan, l’un des éditeurs du très respecté journal « The Hindu ».
