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La Zone d’Identification Aérienne chinoise. Symbole de souveraineté et de rivalité avec Tokyo et Washington

Volontés hégémoniques et tentations belliqueuses.

Si on considère la modernisation des forces armées chinoises depuis 20 ans, sur fond de querelle territoriale avec le Japon de Shinzo Abe redevenu plus sûr de lui à l’extérieur, les tensions qui jaillissent de temps à autres n’ont rien d’étonnant. Elles surgissent autour des affirmations de souveraineté chinoises, dont la récente zone d’identification est une expression emblématique, y compris face à Washington.

De l’ordre de la posture symbolique de souveraineté et de puissance, exprimée de manière mimétique - la ZIA, 40 ans après celle du Japon, le porte-avions Liaoning dans le détroit de Taïwan, 18 ans après le Nimitz -, les initiatives chinoises surviennent à un moment crucial de l’histoire du Parti en pleine anxiété réformiste et confronté au défi de sa légitimité politique interne. A quoi le Président Xi Jinping a répondu par un nouvel appel à la renaissance pour la réalisation d’un « rêve chinois », dont les contours flous se cristallisent cependant assez souvent dans l’opinion autour de la puissance militaire.

Un fois de plus, la direction chinoise se trouve placée devant le dilemme interne de contrôler sans perdre la face les crises de nationalisme qu’elle a elle-même attisées. Ces jours-ci, après que le Japon ait envoyé des chasseurs de combat dans la ZIA chinoise, la presse chinoise fourmille d’appels à la rétorsion qui pèsent sur le gouvernement pour l’inciter à « riposter sans faiblir ».

Le Global Times ajoutait : « si la tendance continuait, il y aura sans doute des frictions et des conflits comme c’était le cas durant la guerre froide entre Washington et Moscou. Nous sommes préparés à un affrontement de longue durée avec le Japon ». Mais, la presse du régime, consciente qu’il serait malhabile d’engager simultanément un conflit avec le Japon et les États-Unis, ménage Washington : « Si les États-Unis ne vont pas trop loin, nous ne les prendrons pas pour cible ».

Toute cette effervescence martiale ravive une fois encore chez les observateurs occidentaux les obsédantes questions de l’émergence de la puissance chinoise et de son agressivité. Comme s’il était vraiment possible qu’un ancien empire qui se sent renaître au milieu de si grands défis, traversé par autant de tensions internes sur son régime politique et son rôle dans le monde, puisse rester serein et maître de ses émotions, alors que ses approches directes sont sans cesse l’objet de démonstrations de force de la première puissance occidentale.

A la fois partenaire commercial, en même temps modèle et repoussoir, les États-Unis sont sans conteste le plus grand rival stratégique de la Chine, que tous les chefs militaires de l’APL considèrent d’autant plus comme un ennemi militaire potentiel que, partout, en mer de Chine de l’Est, à Taïwan et en Asie du Sud-est, l’aéronavale des États-Unis affiche sa puissance incontestable qui fait obstacle au désir d’empire des Chinois.

Dans ce contexte, encore traversé par les réminiscences très présentes des humiliations coloniales subies par la Chine, on peut, sans risque de se tromper beaucoup, formuler, l’hypothèse que les démonstrations de force telles que l’étalage ostentatoire des bombardiers B-52 de l’US Air Force, dont la vertu dissuasive à court terme est indubitable, auront pourtant, à la longue, très exactement l’effet inverse : par mimétisme de puissance, ils attiseront la capacité militaire de la Chine et son agressivité.

Ainsi, les deux grands rivaux stratégiques du XXIe siècle sont ils confrontés à un dilemme assez semblable : celui de maîtriser la tentation militaire sous peine d’écorner durablement leur image qui se nourrit, pour l’un des perspectives d’apaisement articulées autour des échanges commerciaux et du sentiment d’appartenir à une communauté de culture asiatique apaisée, pour l’autre de sa victoire sur le Japon en 1945, dont il a, pour l’instant, réussi à transmuter les bénéfices en s’attribuant les rôles de défenseur du droit et de contrepoids rassurant à l’appétit hégémonique de Pékin.

Photo : Bombardier B-52 américain.

Navires de guerre. Itinéraires croisés

(Mise à jour le 18 décembre)

Il n’a pas fallu longtemps pour confirmer que la conjonction – Zone d’identification aérienne (ZIA) et mission du porte-avions Dalian et de 4 navires d’escorte en Mer de Chine du Sud – était non seulement une riposte à l’inflexibilité japonaise sur les Senkaku, mais également un nouveau message à Washington pour signifier une fois de plus que la lourde présence militaire américaine dans la zone était considérée par Pékin comme un intrusion indésirable.

Le 5 décembre 2013, soit 11 jours après l’annonce par la Chine de sa ZIA au large de Ningbo, le croiseur lance-missiles USS Cowpens qui suivait à faible distance la route du Dalian a été forcé de changer de cap pour éviter une collision avec un navire amphibie de la marine chinoise qui tentait de le stopper. Selon le Pentagone, au moment de l’incident les deux bâtiments étaient à moins de 500 m l’un de l’autre.

Il est intéressant de noter les réactions des deux parties. Tout en reconnaissant qu’un contact radio entre deux navires avait permis d’éviter la collision, le Pentagone stigmatise le « comportement inhabituel et peu amical du bâtiment chinois » qui lui avait d’abord demandé par radio de stopper, alors qu’il se trouvait dans les eaux internationales. Ajoutant qu’une note de protestation avait été envoyée au plus haut niveau politique chinois.

Pékin n’a pas réagi officiellement, mais d’intéressants commentaires ont été publiés par des experts militaires chinois dans les médias proches du pouvoir. Le 16 décembre, le Global Time jugeait que la marine américaine prenait depuis longtemps prétexte de la liberté de navigation pour « rôder » aux portes de la Chine et harceler ses navires près des côtes chinoises.

Cité par le China Daily, Su Hao directeur du Centre de recherches sur l’Asie-Pacifique à l’Université des Affaires étrangères expliquait que « les États-Unis devaient reconnaître que l’armée chinoise s’était renforcée et qu’il leur appartenait de réévaluer leurs stratégies de containment ».

La même idée était répétée par un autre article du Global Time estimant que la navigation à proximité du PA chinois ne pouvait pas être considérée comme « un passage inoffensif », mais comme un acte hostile « mettant en cause la sécurité de la nation » (ndlr : selon le droit de la mer l’expression « passage inoffensif » n’est utilisée que pour caractériser le comportement d’un navire dans les eaux territoriales d’un autre état. En haute mer il n’existe aucune restriction autre que la sécurité de la navigation.)

Tant que la marine chinoise considérera la mer de Chine du Sud comme une « mer intérieure », tandis que les marins chinois seront offusqués par les patrouilles de reconnaissance insistantes de la marine américaine, le risque que ce type d’incident se répète sera élevé.

Début mars 2009, deux sous-marins américains non armés le USNS Victorious et le USNS Impeccable en mission de recherche océanographique avaient déjà été harcelés par des navires et aéronefs chinois en mer jaune et en mer de Chine du Sud.


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