Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Editorial

Le 1er octobre, Pékin ouvre une « nouvelle ère de luttes », ne rassure pas l’Occident et compte ses amis

Dramatisation à Hong Kong. Fin de non recevoir à Taipei.

L’exercice d’apaisement à usage international visant à désarmer les critiques à propos de Hong Kong, des Musulmans du Xinjiang, des visées impériales de Pékin en mer de Chine du sud et dans le détroit de Taïwan est d’autant plus ambivalent qu’il s’est accompagné d’une démonstration de forces inédite, tribut payé au nationalisme que le Parti ne cesse d’attiser à l’intérieur pour asseoir sa légitimité politique.

Coïncidence néfaste, alors qu’à Hong Kong où la cérémonie officielle aux couleurs du 1er octobre avait été repliée à l’intérieur du palais des congrès, Tsang Chi-kin, un jeune étudiant de 18 ans manifestant dans le quartier de Tsuen Wan au sud des Nouveaux Territoires aux cris de « ce n’est pas une fête, mais un drame national » a été touché à la poitrine par une balle réelle tirée à bout portant par un policier affirmant qu’il était en situation de légitime défense.

Sa vie n’est pas en danger, mais chez les adeptes des droits et au sein des manifestants, l’événement fut un choc, au milieu d’un regain de tensions provoqué par des dizaines de milliers de Hongkongais ayant défié l’interdiction de descendre dans la rue. (Voir la presse de Hong Kong : ‘Day of mourning’ : Protests erupt around Hong Kong districts as China National Day marred by tear gas, clashes

Londres a aussitôt réagi en soulignant que l’utilisation de munitions réelles pour contrôler une manifestation était disproportionnée, tandis que Bruxelles appelait au calme et à la mesure. Le 3 octobre à Hong Kong, le pouvoir inflexible portait plainte contre le blessé accusé d’agression contre la police.

Une autre réaction aux affirmations de puissance de Pékin est venue de Taïwan.

Répondant à la proposition du discours de Xi Jinping de « protéger la prospérité et la stabilité à Hong Kong et Macao » associée à l’objectif de d’unifier « tous les enfants de la Chine », y compris, dit-il, ceux de Taïwan, la commission des affaires continentales de l’île a répondu par une longue fin de non-recevoir :

« Au cours des 108 dernières années (depuis 1911), la République de Chine est restée un État souverain, prospère et démocratique et les autorités communistes chinoises doivent accepter la réalité internationale que Taïwan ne fait plus partie de la République populaire depuis sa formation (en 1949) » (…) « “Un pays, deux systèmes“ proposé par Pékin pour gérer les relations entre les deux rives du Détroit n’est pas applicable à Taïwan et ne sera jamais accepté par le peuple taïwanais. »

Circonstance aggravante pour Pékin, même le KMT dont la ligne politique est, contrairement à celle de la Présidente indépendantiste élue en 2016, de réunifier la Chine, a rejeté le discours de Xi Jinping : « S’il est vrai que tout en nous opposant à l’indépendance de l’Île en vertu du “consensus de 1992“ reconnaissant le principe d’une seule Chine, nous n’accepterons jamais le schéma « d’un pays deux systèmes ».

Le 1er octobre, Chao Chien-min, doyen du département des sciences sociales à l’Université Cultuelle de Taipei commentait le discours de Xi Jinping en regrettant qu’il n’ait pas pris la mesure des changements survenus dans l’Île depuis qu’en janvier dernier. Jetant un froid dans la classe politique taïwanaise, il avait en effet clamé sa volonté inflexible de réunification sous l’égide « d’un pays deux systèmes », réalisation du rêve chinois pour 2049, laissant de surcroît planer l’usage de la force en cas de déclaration d’indépendance.

Lire : Les défis de l’obsession réunificatrice.

Il est cependant faux d’affirmer, comme le font nombre de commentateurs que la position du n°1 chinois à l’égard de Taïwan serait restée inflexible.

Cette fois, le discours du n°1 du Parti a prudemment laissé de côté le spectre de l’échéance de 2049 et s’est abstenu de critiquer directement le parti indépendantiste de Tsai Ing-wen et ses déclarations anti-chinoises. Ce qui fait dire à Wang Kung-yi, professeur de sciences politiques à l’université cultuelle de Taipei qu’au moins jusqu’à l’échéance de 19e Congrès en 2022, Xi Jinping n’aurait pas recours à des « initiatives extrêmes » pour ramener l’Île dans le giron chinois.

Mal reçue en Occident, la Chine est mieux appréciée ailleurs.

En haussant l’analyse d’un étage force est de constater que le durcissement éloigne la Chine de ses stratégies les plus efficaces d’ambiguïté et d’approche oblique. Abandonnant le flou stratégique permettant de capitaliser sur la « puissance douce » en contraste avec le militarisme américain, il place le pays dans une position de confrontation directe avec nombre de pays occidentaux, à laquelle Pékin n’a rien à gagner.

Une enquête du PEW Research Center conduite du 13 mai au 29 août 2019 auprès de 34 904 personnes donne une image contrastée de la manière dont est vue la Chine dans le monde. Bien que la majorité des sondés dans les différents pays s’accordent à dire que l’influence de la Chine sur la scène mondiale s’est nettement accrue, l’augmentation de son poids stratégique global ne s’est pas nécessairement traduite par une opinion favorable.

*

A l’exception de la Grèce (51% d’opinions favorables) et de quelques pays des PECO (Bulgarie, Lituanie, Pologne, Hongrie), les majorités des pays d’Europe occidentale ont une perception défavorable, allant de 53% en Espagne à 70% en Suède (en hausse de 17 points par rapport à 2018, et de +11% aux Pays Bas et au Royaume Uni).

Les opinions négatives sur la Chine prévalent également aux États-Unis et au Canada, où respectivement 60% et 67% voient le pays de manière défavorable. Dans les deux pays, c’est l’opinion la plus négative recueillie par les sondages du Centre depuis sa création. Les résultats reflètent aussi la plus grande variation d’une année sur l’autre, conséquence de la guerre commerciale et de l’affaire Huawei

De même, la Chine est moins bien appréciée par la plupart de ses voisins de la région Asie-Pacifique.

Au Japon, 85% déclarent avoir une opinion défavorable – l’appréciation la plus négative de tous les pays étudiés. Plus de la moitié des sondés en Corée du Sud (63%), en Australie (57%) et aux Philippines (54%) partagent ce sentiment. L’appréciation de la Chine s’est également dégradée au cours de 2019. En Indonésie, l’évolution négative récente a été particulièrement marquée avec une hausse des opinions défavorables de 17 points de pourcentage. A propos de l’Indonésie, lire la note n°3 de Dialogue de sourds à Singapour.

*

Hors Europe et États-Unis, les opinions sont plus partagées, parfois franchement positives voire enthousiastes comme en Russie avec 71% d’opinions favorables. 57% d’Ukrainiens partagent ces vues. Au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Afrique subsaharienne ce sont les opinions favorables qui dominent, dans des pourcentages allant de 46% en Afrique du Sud à 70% au Nigeria.

Enfin, globalement les jeunes ont une vue positive de la Chine. Dans 20 pays, les sondés de 18 à 29 ans ont des opinions plus favorables que ceux âgés de 50 ans et plus. Au Brésil, par exemple, les deux tiers (67%) des jeunes adultes ont une opinion positive de la Chine, alors que seulement 40% des plus âgés partagent cet avis.

Des écarts importants existent également en Lituanie (où les points de vue des jeunes adultes sont plus favorables de 25 points), au Mexique (+23 points), en Indonésie (+21), en Australie (+21), en Pologne (+21) et en Ukraine (+20 points).

L’image proposée par PEW est cependant incomplète. Tout au plus peut-elle proposer une tendance. Dans de nombreux pays, en effet, notamment en Asie Pacifique, en Europe de l’Est et en Amérique Latine, les personnes âgées de 50 ans et plus sont moins susceptibles de donner leur avis sur la Chine. Environ un tiers ou plus des personnes âgées en Indonésie, en Ukraine, en Argentine, au Mexique, en Tunisie et au Brésil n’ont pas souhaité donner leur avis.

L’enquête qui montre un ralliement à la Chine des opinions non occidentales recoupe l’appui que Pékin avait reçu des autorités de nombre de pays – allant de la Russie à la Corée du Nord, en passant une vingtaine de pays africains, du Moyen Orient et d’Asie - quand 18 pays européens, rejoints par le Japon, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, avaient publiquement dénoncé à l’ONU le traitement que Pékin fait subir aux Ouïghour au Xinjiang.

S’il est vrai que cette nébuleuse pro-chinoise est hétéroclite et ambigüe, assez souvent appuyée à des intérêts sonnants et trébuchants, il n’en reste pas moins qu’elle existe, contredisant certaines analyses occidentales spéculant sur l’isolement de Pékin.

Lire : Controverses globales autour du traitement des Ouïghour. Pékin rallie un soutien hétéroclite et brouille la solidarité des musulmans.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

En Chine, Cheng Li-wun, accuse Lai Qing De de fomenter la guerre et célèbre la paix « d’Une seule Chine » prônée par Xi Jinping

La diplomatie de conciliation des contraires à l’épreuve de la guerre en Iran

Chine – Iran. Contre l’Occident, l’alliance de l’agnostique et du martyr

Le durcissement anti-occidental et les risques du Cheval de Feu

La longue saga du rapprochement révolutionnaire entre Caracas, Pékin et Téhéran