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Le Cambodge sous influence

L’activisme irrésistible de la Chine.

L’affaiblissement progressif de l’état de droit, où plus aucune des institutions qui sont la marque de la démocratie n’est indépendante ( l’appareil judiciaire, le conseil supérieur de la magistrature, le pouvoir législatif, la commission électorale sont aux ordres), et où les voix critiques de la société civile sont progressivement placées sous contrôle, selon un schéma qui rappelle la priorité absolue conférée à l’exigence de stabilité politique par le Parti communiste chinois, créent un contexte où Pékin évolue comme un poisson dans l’eau, transformant progressivement le pays en une excroissance économique, qui s’inscrit, tout comme le Myanmar, dans sa stratégie de développement de ses provinces du sud et du sud-ouest.

Comme l’avait fait en 1965 le Prince Sihanouk, le Parti du Peuple et Hun Sen se tournent résolument vers la Chine. Cette fois le système de pouvoir cambodgien devient, sous couvert de démocratie, une réplique du schéma chinois, gouverné par l’emprise de puissantes connexions affairistes, à la fois moteurs de la croissance et citadelles qui protègent les intérêts acquis des familles et des clans.

Depuis 2004, la Chine est le premier investisseur au Cambodge. Selon l’agence Xinhua, de 1994 à 2011 le stock des investissements chinois cumulés s’élève à 8,8 Mds de $, soit près de 25% du PNB du pays, en hausse très rapide. Au cours de la seule année 2011, ils ont augmenté de 72% (chiffres officiels cambodgiens) et leur montant est désormais deux fois supérieur à ceux de la Corée (2e investisseur avec 4 Mds de $) ou de l’Union Européenne (n°3 avec 3,6 Mds de $), très loin devant les investissements américains ou japonais, dont les stocks cumulés sont respectivement 30 et 60 fois moins importants que ceux de la Chine.

Les points d’application des engagements chinois sont multiples. Appuyés par des prêts à faible taux, ils se veulent non seulement une assistance au développement dans les domaines de l’infrastructure, des transports, de l’énergie, des télécom, de la conservation hydrique, mais également un appui aux entreprises chinoises le plus souvent publiques, agissant sous une couverture privée, dans les secteurs des mines, de l’agriculture et du tourisme.

Les entreprises chinoises sont en effet parmi les plus grands bénéficiaires des concessions agro-industrielles, minières ou touristiques que le Cambodge a, au cours des années, cédées à des investisseurs étrangers. Leur surface totale est aujourd’hui estimée à plus de 4 millions d’hectares, soit 22% de la superficie du pays, supérieure à celle de la Belgique. Elle s’élargit rapidement puisque le total des surfaces allouées à été multiplié par 6 en 2010 et 2011.

A cet égard, la concession de 34 000 hectares, attribuée à une société immobilière de Tianjin dans le parc national protégé de Botum Sakor, au sud de Koh Kong, dans le Sud-ouest du pays, mérite une attention particulière. En contradiction avec la loi foncière du Cambodge qui interdit les concessions dépassant 10 000 hectares, elle a bénéficié d’un aménagement légal par le truchement d’un décret royal en 2008.

Dans cette ancienne jungle sauvage, le paysage se transforme au rythme des engins de terrassement sur le point d’achever une voie rapide de 64 km ouvrant l’accès à un zone de loisirs chinoise, comprenant casinos et boîtes de nuit, dont l’entrée est désormais protégée par l’armée royale et la gendarmerie cambodgiennes. Les projets du groupe chinois, qui prévoit d’engager près de 4 Mds de $ dans cette aventure, sont pharaoniques et comportent un port pour bateaux de croisière et un aéroport, en même temps qu’un barrage hydroélectrique à construire sur une autre concession de 9 000 hectares.

Cette politique d’attribution de terres, par le truchement de baux emphytéotiques de 99 ans, à l’œuvre à grande échelle dans le Cambodge, et source de revenus occultes de l’oligarchie, menace l’équilibre social et environnemental du pays, encore en grande partie agraire, où les revenus de plus de 70% de la population dépendent encore de la terre. Dans le cas présent, elle affecte les activités traditionnelles de pêche de centaines de familles, marginalisées par les évictions, sans compensation équitable.

Alors que les populations déplacées commencent à donner de la voix, critiquant l’activisme économique des groupes chinois encouragés par la classe politique au pouvoir, le risque existe que se cristallise un sentiment antichinois, homothétique de celui qui se développe aujourd’hui au Myanmar autour de la construction du barrage de Myistone et des pipelines reliant le golfe du Bengale au Yunnan.

Pékin favorise dans son arrière cour traditionnelle un schéma de développement, lui-même aujourd’hui contesté en Chine par une partie de la classe politique qui critique les investissements massifs d’infrastructure et de projets industriels ou touristiques, favorisant une corruption massive, au détriment des exigences sociales de la santé, de l’éducation, et de l’aide aux défavorisés ou aux personnes âgées.


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