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Le G7 et l’OTAN ciblent la Chine qui se crispe. Quelques dessous de cartes

Dissonances chinoises.

Les temps et les rapports de forces ont changé. Quand Deng Xiaoping, en haut avec le président Carter en janvier 1979 à Washington, recherchait la caution de Washington, 43 ans plus tard, Xi Jinping relève le défi de l’Amérique. Ce faisant, il tourne le dos à l’héritage pragmatique du « petit timonier » qui recommandait la prudence et la modestie stratégiques.


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Après plusieurs années d’une affirmation de puissance sans mesure, Xi Jinping vient de prêcher la mise en veilleuse de la stratégie « des loups guerriers » pour apaiser les tensions avec l’Ouest et rendre la Chine « aimable et respectable » (lire : Xi Jinping met en scène une très aléatoire volte-face stratégique. Elle n’est pas sans risques.).

En arrière-plan resurgit la pensée pragmatique héritée de Deng Xiaoping, que les investissements étrangers, la coopération technologique et les marchés des pays du G7, notamment ceux d’Europe et des États-Unis, principales destinations des exportations chinoises, sont parmi les plus efficaces vecteurs du développement, de la création d’emplois et de l’innovation.

La prise de conscience vient-elle trop tard ?

En tous cas, Xi Jinping semble comprendre que la célébration du 100e anniversaire du Parti au milieu de fortes tensions avec l’Occident anticipées par le pragmatisme visionnaire de Deng, pourrait traduire un échec en même temps qu’elle porterait un potentiel d’accident stratégique.

Pour l’instant, face à ce que Pékin perçoit comme une très injuste agression publique des pays occidentaux, du Japon et de la plus formidable alliance militaire des temps modernes, l’appel à l’apaisement de Xi Jinping est en tous cas resté lettre morte.

La rémanence nationaliste, obstacle au pragmatisme stratégique.

Le puissant nationaliste attisé par Xi Jinping, souvent en référence aux humiliations infligées à la Chine au XIXe siècle, est aujourd’hui un obstacle interne à plus de pragmatisme en politique étrangère.


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Impossible à négocier en interne avec une opinion publique au nationalisme échauffé par la propagande et le « rêve de renaissance », l’appel à la mesure diplomatique et à la détente a été submergé par les réflexes de riposte du tac au tac et, dans le droit fil du discours de Yang Jiechi à Anchorage qui affirmait avec insistances son déni que l’Amérique serait qualifiée pour faire la leçon à la Chine. « 美国没资格居高临下同中国说话 (lire le § : « La violence verbale des échanges publics » de notre article Il y a cinquante ans, le rêve d’Henry Kissinger).

La volonté de riposte s’est d’abord exprimée légalement, par l’adoption à l’ANP, le 10 juin, d’une loi permettant de réprimer les « personnes ou entreprises » ayant adhéré ou facilité l’application de sanctions à des personnes ou des sociétés chinoises. La panoplie des mesures punitives s’appliquant aussi aux familles, comprend le refus des visas, l’expulsion, éventuellement la prison et la confiscation de biens.

Le 15 juin, peu après la déclaration du G7 ciblant la Chine en appelant à la « stabilité dans le détroit de Taïwan », 28 appareils de l’armée de l’air chinoise, incluant, selon Taipei, « des chasseurs de combat et des bombardiers à capacité nucléaire », ont pénétré à l’intérieur de la zone d’identification de défense aérienne de l’Île.

Lors d’une conférence de presse à Pékin, Ma Xiaoguang, porte-parole du bureau des affaires taïwanaises, rejetait la faute sur l’actuelle direction de politique du DPP qui, dit-il « agissait en connivence avec des pays étrangers en vue d’obtenir un indépendance formelle ».

En même temps, les ambassadeurs chinois en Grande Bretagne et auprès de l’UE, ripostaient avec véhémence aux déclarations du G7 et de l’OTAN. Le 14 juin l’ambassade à Londres accusait les « Sept » d’interférer dans les affaires intérieures chinoises par « des mensonges, des rumeurs et des accusations sans fondement. »

Le lendemain, depuis son ambassade à Bruxelles, Pékin accusait l’OTAN d’exagérer la menace et de calomnier la Chine.

La longue prise de position, qui passait sous silence la puissante augmentation des capacités offensives classiques ou nucléaires de l’APL, rappelait, non sans mauvaise foi, que la politique de défense chinoise était par essence « défensive, 防御政策, justifiée, 正当, raisonnable 合理, ouverte 公开et transparente 透明 ».

Il ajoutait cependant « Nous ne poserons de défi systématique à personne, 我们不会对谁形成‘系统性挑战, mais si quelqu’un veut nous défier, nous ne resterons pas indifférents. 但如果谁要对我们进行‘系统性挑战’, 我们不会无动于衷. »

Mais la plus claire contradiction à l’injonction d’apaisement de Xi Jinping qui recommandait à ses diplomates de tenter le difficile grand écart entre l’exigence de « faire respecter » la Chine, tout en restant « aimable », vint de l’ambassadeur de Chine en France, Lu Shaye.

En France, le moins diplomate des ambassadeurs chinois.

Lu Shaye coutumier des provocations sans nuance éloignant son style des « rondeurs » diplomatiques. Prenant le contrepied des injonctions à l’apaisement international récemment prônées par Xi Jinping il confirme la pertinence de la diplomatie du « Loup guerrier » contre ce qu’il appelle les agressions de l’Occident.


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Interprétant à sa manière la recommandation de Deng Xiaoping, oubliant les pressions militaires de Pékin en mer de Chine du Sud et dans le détroit de Taïwan, passant sous silence le harcèlement des démocrates à Hong Kong et des Musulmans au Xinjiang, à l’origine des défiances anti-chinoises du G7 et de l’OTAN, Lu Shaye ambassadeur de Chine en France, a, le 17 juin, vertement fait l’apologie d’une diplomatie agressive, en répondant au site d’information en ligne Guancha 观察 网.

En substance : « L’Occident a lancé une guerre d‘opinion contre nous. Comment ne pas riposter ? » (…) « Dans le passé la Chine avait gardé un profil bas. Aujourd’hui, sa force et son statut sont tels que la pression croissante contre nous a suscité son besoin de réagir. »

Il ajouta que la conjonction de ces facteurs – augmentation de la puissance chinoise et agression de l’Ouest - avait fait que Pékin s’était, par la force des choses, détourné des conseils de Deng Xiaoping « 韬光养晦 - cachez votre éclat (de puissance) cultivez l’ombre » -.

Au demeurant dit-il, le rappel du conseil de Deng, oublie sa deuxième partie « 有所作为 you suo zuo wei, » faisant référence à l’intention de « faire la différence (par la puissance) ». Disant cela, LU Shaye passe sous silence que, selon Deng, la modestie discrète est précisément la condition d’une suprématie globale que l’actuelle direction politique, brûlant les étapes avec agressivité, affiche peut-être prématurément.

Quoi qu’il en soit, dit-il à contre-courant de Xi Jinping, la « diplomatie offensive du “loup guerrier“ est une riposte justifiée aux critiques de l’Occident. C’est notre nouveau style diplomatique. Le monde devra s’y habituer. »


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