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Le hérisson chinois

Équilibre économique. La Chine donne toutes les apparences d’une croissance enviable, qui permet de disséminer partout des gains de pouvoir d’achat, inégaux mais effectifs. Si ce pays est devenu le premier marché mondial de l’automobile, devant les Etats-Unis, c’est bien parce qu’il y a une classe moyenne qui grandit en nombre et en revenu. Le commerce extérieur est moins excédentaire que par le passé mais continue à tirer l’expansion, avec la consommation et l’investissement qui fait de grands bonds en avant.

Côté croissance, pas de problème donc, si ce n’est qu’elle est trop forte plutôt que trop faible, comme c’est le cas en Europe. Le souci est double : l’inflation et le développement durable.

L’inflation dépasse 5%, ce qui est peu en apparence, mais elle se révèle subversive. Elle pèse sur le revenu des plus faibles, travailleurs nomades des villes et paysans pauvres des campagnes, qui voient à la télévision que d’autres, les sédentaires des villes, s’en sortent beaucoup mieux qu’eux.

Et, même au sein des villes, elle creuse un fossé entre la classe moyenne supérieure qui vit grand train (tout est relatif) et la classe moyenne inférieure des employés et techniciens qui ont de plus en plus de mal à trouver des loyers accessibles. L’inflation est dangereuse dans un pays non démocratique. D’où vient-elle ? Elle a trois origines.

La planche à billets a tourné à plein pour passer le creux de la crise occidentale de 2008-2010 : le crédit a coulé à flots à des taux ridiculement faibles. D’où un serrage de vis par la Banque Centrale mais, même en Chine, les banques locales n’obéissent pas au doigt et à l’œil, tant elles sont liées à des systèmes économiques régionaux qui mènent leur vie autonome.

Les importations de matières premières deviennent plus chères, qu’il s’agisse de l’énergie, des minerais, de l’alimentation. La Chine en est en grande partie responsable, avec sa sidérurgie la plus grande du monde, qui n’est pas particulièrement sobre. Elle pourrait réévaluer sa monnaie, mais elle n’y songe pas.

Et aussi, et surtout, les salaires augmentent ! Cela désole les importateurs américains de textiles et de chaussures « made in China ». Lire les jérémiades de Nike et consorts est du plus haut comique : la Chine est en train de tuer la poule aux œufs d’or : salaires de misère et technologie de pointe faisaient des profits mirifiques. Il est touchant de voir les capitalistes occidentaux rechercher frénétiquement des Chines de substitution au Bangladesh ou au Vietnam. Le néo-colonialisme n’est pas une activité de tout repos !

Pourquoi les salaires augmentent-ils en Chine ? Par la faute de Mister Lewis, un économiste américain, qui a expliqué, il y a plus d’un demi-siècle, que les salaires augmentent quand le surplus de main-d’œuvre s’épuise.

Tant qu’il y a plus de candidats ruraux à l’emploi urbain que de postes de travail disponibles dans les usines, les ouvriers peuvent être payés au salaire de subsistance (de quoi ne pas mourir de faim) avec un bonus pour justifier la migration. Les jeunes japonaises du textile de 1868 à 1960 et les jeunes chinois du même textile de 1979 à 2010 acceptaient ces conditions cruelles. Marx parlait d’une « armée de réserve » qui pesait sur les salaires.

Vient un moment où le réservoir rural s’épuise et où s’ouvre le choix entre un emploi modeste à la campagne et un poste rude à la ville côtière. Pour convaincre des Chinois de se déraciner et faire des centaines de kilomètres pour travailler dur et être mal hébergé, il faut relever les salaires ! CQFD. Merci, Arthur Lewis.


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