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Le manifeste et le caché. La Corée du Nord dans tous ses états

Mais peut-on, pour autant, parler, comme le font la plupart de nos journalistes de décor d’opéra ? Qu’en savent-ils d’ailleurs eux qui en voient encore moins que nous qui n’en voyons pas des masses... Un décor, par définition, c’est factice et sans épaisseur ; cela cache le monde réel pour créer un monde d’illusions. Mais si ce petit monde que nous avons effleuré, n’était pas si petit que cela ? Les dernières données communiquées par Orascom font état de 535 133 abonnés au réseau de téléphones portables Koryolink qui couvre 6 villes dont Pyongyang et 8 routes et voies ferrées.

Loin de moi l’idée de remettre en cause l’existence d’une famine, de pénuries de toutes sortes, de régime totalitaire etc. Mais puisque toutes ces choses ont déjà, mille fois, été dites et redites, pourquoi ne pas, aussi cyniquement que le font nos mentors nord-coréens, oublier tous ces millions de gens qui souffrent et qui meurent, pour nous intéresser un instant à ceux que nous avons croisés.

Par exemple à ce militaire accroupi sur une énorme pile de sacs de riz entassé dans un camion que nous avons doublé. Ha ! Songun ! [1] Quand tu nous tiens ! L’armée est privilégiée. Il faut défendre le pays. On peut supposer qu’elle est en grande partie nourrie. Les fonctionnaires n’ont pas l’air famélique. Il faut que le gouvernement soit fort… S’ils ne passent qu’après les militaires alors il semble qu’il y ait encore de beaux restes…

Ajoutons les épouses, les époux, les enfants et les grands parents et les autres privilégiés de tout acabit. Et on arrive à des chiffres qui ne sont plus seulement ceux d’un décor mais bel et bien ceux d’une économie, injuste certes, délabrée et défaillante, sûrement mais bien réelle. Un peu comme en Chine dans les années 60 quant au régime politique, mais avec des relents d’années 80 quand à l’éveil à un marché socialiste à caractère nord-coréen.

Certains signes sont prémonitoires. Comment ce demi-million de téléphones portables est-il sorti en moins de trois ans du néant ? 5800 abonnés fin 2008, 125 000 en 2010 et 535 000 aujourd’hui. Ne serait-ce pas là un indice qui pourrait nous mettre une puce (ou une carte SIM) à l’oreille. Et ces voitures que l’on comptait à peine à l’unité, dont le nombre a été multiplié dans le même temps par quelques centaines ?

Ces magasins achalandés où toutes sortes de produits importés, horriblement chers, sont pris d’assaut par une petite foule de nantis qui paient en devises sorties de petits portefeuilles plutôt bien remplis ?

Rien de tout ça ne tient dans un décor. Et le vernis craque…

Depuis quand ces gentes demoiselles policières ont elles troqué leur uniforme en sac de patates pour des tenues affriolantes à faire tourner la tête d’un apparatchik endurci ? Ces crèmes cosmétiques et ces petits carrés de soie sont-ils bien en adéquation avec un régime que l’on décrit volontiers comme inhumain ?

Et qui choisit ces petites agentes de la circulation sur des critères aussi évidemment sexistes ? Le ver serait-il dans le fruit ? Si les gens que nous avons rencontrés sont bien au cœur du régime alors le cœur du régime est en train de changer.

Le projet longtemps en faillite de Campenon Bernard, l’hôtel Yanggakdo n’est plus le squelette de béton décharné dont le spectre survolait la ville. C’est un hôtel bourré de chinois (également bourrés pour certains…), avec un casino, une allée de bowling (on ne l’a pas vue mais le prospectus de l’hôtel affirme qu’elle existe) et un salon de massage…

L’hôtel Ryugyong, aussi haut que notre Tour Eiffel, l’autre éléphant blanc de la folie des grandeurs du régime, ce projet colossal qui devait nanifier les efforts sud-coréens lors des jeux olympiques de 1988, colossal navire sidéral de forme pyramidale qui domine Pyongyang de ses 105 étages, est également, sous l’impulsion d’Orascom, en train de décoller.

Tous ces projets qui semblaient faire long feu, se mettent maintenant à détonner !

Ça branle dans le manche ! Ça bouge ! Restons prudent ! Nous crient les autorités françaises. D’accord : mais quand arrêterons-nous de nous gratter le nombril et de nous dandiner d’un pied sur l’autre, en nous demandant s’il serait temps de nous poser la question de savoir si nous devons peut-être y aller ! Le grand voisin chinois a déjà débarqué. Les russes et les anciens pays du bloc de l’Est entretiennent leurs vielles relations.

Il y a là-bas un train qui s’apprête à partir. On monte ou on reste sur le quai ?

Note(s) :

[1Songun : Nom de la politique nationale adoptée après la mort de Kim Il Sung, qui place l’armée en tête de toutes les priorités.


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