›› Lectures et opinions
Sur la route, le long de rivières peu affectées par la pollution, des orpailleurs. La Corée du nord semble être très riche de ce métal. Des campagnes entretenues, des récoltes de riz en cours, des contrôles policiers à tous les embranchements pour les routes transversales, peu de voitures, quelques vélos, qui, dans la ville même, sont interdits.
De la ville ancienne de Pyongyang, il ne reste rien sauf la « porte de la cloche ». Détruite par les guerres ou par l’urbanisme doctrinaire local, tout porte l’empreinte du JUCHE, cette idéologie fermée et obtuse de l’autosuffisance renfrognée. Le Grand Leader, le père de tous les enfants coréens est omniprésent.
Avec ses collines, ses larges avenues, ses fleuves, le cadre est plutôt agréable. Un défaut d’ambiance, une certaine apathie empruntée, et, surtout, le regard de la population, qui n’a pas un air très joyeux jettent cependant un voile sur ce paysage.
Les hommes sont ternes, regards fixes, allure rigide ; les femmes sont un peu plus souriantes, les enfants très discrets. Nous sentons les tensions sociales, et la dureté de la vie. La marche est le sport obligatoire de la ville. Deux lignes de métro, des tramways pleins mais sans « désirs », des bus. Pas de poubelles, car il n’y a rien à jeter. Pas de bancs pour s’asseoir non plus, car il doit être interdit de ne pas marcher.
Il n’y a pas de vélos, mais pas non plus de brouettes. Les Chinois ont du déposer un brevet pour leur interdire d’utiliser la roue. Il va falloir se renseigner auprès de l’INPI [2] pour savoir ! Tout se fait au brancard, ou à la main. La construction de bâtiments relève de méthodes ancestrales locales, non apprises à l’école de Bouygues.
L’initiation continue. Nous allons ce jour nous recueillir devant le Grand Leader. Douche obligatoire, cheveux propres, cravate, du respect, du sérieux, ce qui ne sera pas facile à tenir pour notre délégation, du fait de la dissipation de quelques uns.
Il nous a fallu transformer nos larmes de rires, en pleurs adaptés à la solennité ampoulée du lieu. Ce n’est pas Lourdes, ni Pampelune, mais froid, austère, grandiose.
Même le Pentagone ne doit pas avoir ce genre d’appareils de contrôle. Nous sommes disséqués par des scanners, analysés par des chromatographes, espionnés par des cameras, fouillés comme des voyous dans le métro.
Après des kilomètres de tapis roulants ou d’escalators, nous voici dans la première salle. Une énorme statue blanche du grand leader, derrière une image digne de « soleil vert », un film mythique des années 70.
Ensuite, passage dans un karcher à air très pulsé, pour retirer tous les derniers miasmes de notre corps, et entrée dans LE LIEU. Ayant, la veille, écrasé le Pays de Galles au rugby, la délégation n’arrive pas à déterminer si la poupée face à nous est de cire ou de son, la France du Rugby est là, victorieuse, mais tout de même impressionnée.
L’épreuve est terminée, le miracle n’a pas eu lieu, mais nos accompagnateurs sont contents, le rite est préservé.
Retour bucolique par la ville, visite de musées, de palais, de lieux historiques, foulés à une époque par le grand leader, et rencontre dans le hall de l’hôtel avec notre représentant diplomatique dans ce pays du silence. Fort sympathique, sans budget, ce qui a alourdi la note de nos différents repas, nous découvrons ce personnage, qui devra faire preuve d’une grande richesse intérieure, ou entrecouper son séjour par de nombreux voyages a Beijing, pour tenir le choc.
Nous passerons une soirée très agréable, devant l’orchestre symphonique de Corée du nord, brillant et entraînant. Carmen, interprétée de manière énergique a fait réagir tous les membres de notre délégation. Un bon moment pour les privilégiés que nous sommes.
Nous approchons du but de notre mission, à savoir la 7e foire internationale de Pyongyang. En fait elle avait l’allure d’une foire locale digne de la province du Guizhou en 1985. La tâche sera rude pour la rendre plus « internationale ».
Plusieurs rendez-vous professionnels tout de même, mais pas de documents précis sur les lois, ou l’organisation économique du pays. Peut-être que, pour le moment, il n’existe ni économie ni organisation.
La rencontre avec le président de la chambre de commerce locale nous a semblé pragmatique et franche. Il n’a pas manqué de nous dire que les dernières 25 années avaient été catastrophiques pour la Corée du nord, mais que, depuis 5 ans le régime recherchait les voies de l’ouverture. Un appel à l’aide, dans tous les domaines, y compris dans celui des semences agricoles.
Pour le reste nous n’avons évidemment rien vu. On ne nous a rien demandé non plus, à condition que nos sorties de l’hôtel soient cantonnées au pâté de maisons qui l’entourait. Après la grande rue principale, plus d’éclairage urbain. Les sorties et les entrées de la ville sont contrôlées deux fois. Tout contact avec des ONG locales ou internationales nous a été refusé. Quant au programme nucléaire, ou aux équipements d’enrichissement d’uranium, ils étaient aussi éloignés de nous que la nébuleuse d’Andromède.
Note(s) :
[2] Institut National de Propriété Industrielle
