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Lettre de Pyongyang par Bernard Delalande. LE MONDE DU SILENCE POUR COUCHE TOT.
Pas un bruit, presque pas de mouvements, pas de vélos, pas ou très peu de véhicules, pas de pollution mise a part une centrale électrique poussive, qui recrache des fumées grises, pas de voix fortes, pas de crachats dans la ville, PYONGYANG, se révèle un eldorado pour écologistes.
L’aéroport pourrait très bien accueillir un marché aux légumes, il en a l’aspect, et les passagers de notre vol doivent en être de grosses pour ce pays. Notre délégation, renforcée un peu plus tard de deux membres éminents, se composait au total de 10 personnes.
Des baroudeurs, des mercenaires, des aventuriers, des gens de terrain, connaissant l’Asie « d’avant », et vivant l’Asie du moment. En un mot, Les meilleurs.
Les 25 kilomètres nous séparant de notre hôtel, se font dans un bus chinois, avec 3 accompagnateurs multilingues, sympathiques.
Le paysage défile, des rizières, des maisons grises et blanches, des piétons, des chèvres. Nous comprendrons en arrivant à l’hôtel, que le cheptel déclinant depuis 25 ans dans le pays, nous allons être les premiers tondus, comme certainement tous les « touristes » de passage. Tout va nous coûter. Et pour garantir la bonne fin de notre voyage, nos passeports sont gardés pour contrôles. Jusqu’à notre départ. Ce n’est pas de la méfiance, mais juste un brin d’intimidation.
Les rues sont larges, bien entretenues, vertes, avec des ginkgos d’automne jaunissants, des érables, des saules pleureurs, et des peupliers. Des passages souterrains aussi, et à tous les carrefours, des « fliquettes » en bleu, chaussures noires, chaussettes blanches, bâton de circulation a la main, et un sourire pour nous, occupées à régler une circulation à peine plus dense que celle d’un croisement en plein désert.
La première nuit, sonorisée par des marteaux piqueurs et une armée d’hommes aux burins et aux marteaux, fut fraiche. Elle fut précédée de notre premier dîner local, dans un restaurant à la façade neutre, mais avec une ambiance intérieure fort sympathique. Excellente nourriture, grillades locales, kimshi, surnom dont un des membres de la délégation fut aussitôt affublé, mélange de bières locales avec des breuvages importés. Le tout ressemblait assez à l’ambiance des années 80 en Chine.
Le lendemain matin nous avons eu droit au petit déjeuner, avec des serveurs un peu psychorigides, des œufs au plat, du pain grillé, et du café à un euro, le tout accompagné d’un buffet offrant un assortiment de plats locaux, où le kimchi tenait une place de choix.
Sans portables ou téléphones mobiles, sans liaisons avec l’extérieur, mais avec la compagnie de bons livres, le séjour dans ce pays peut être régénérant. Nous avons tout de même fêté notre victoire en demi-finale de la coupe du monde de rugby, grâce à la BBC, diffusée dans nos chambres.
Nos accompagnateurs étaient installés dans notre hôtel, à nos frais, ce qui est pratique, pour le contact, mais constitue un handicap certain à la liberté de se déplacer.
Malheureusement pour eux, la France, et le Français en particulier, sont rebelles. Après un ordre d’aller tout droit, nous tournions systématiquement à droite ou à gauche. Décidant, parfois sans préavis, de bouleverser les plans du voyage.
Nos amis, ont fini par accepter ces petites indocilités, ou à tout le moins à les adapter à leur programme de visite. Au prix cependant de nombreux échanges téléphoniques avec des interlocuteurs officiels, restés dans l’ombre.
Le mobile phone semble être la découverte majeure de nos amis. Installé par une société égyptienne, pour seulement 400 000 personnes à ce jour, il couvre la ville et la campagne, au moins sur les axes principaux contrôlés. Pour l’heure il n’est pas encore possible de commander directement une pizza au restaurant italien local, mais ce jour viendra peut-être !
Visite aux collines du nord-ouest à 150 km de la ville. Elles ressemblent à s’y méprendre aux collines de l’ouest de Beijing, avec la même végétation, mais beaucoup moins de monde. Tout est payant, propre, calme, peu d’oiseaux, mais des écureuils.

