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Le public chinois n’a pas vraiment aimé le dernier Mulan de Walt Disney

La sensibilité nationaliste des cinéphiles.

Le film « Les huit cents – 八 佰 », film héroïque chinois sur la guerre sino-japonaise sorti sur les écrans en août a généré 83 millions de $ d’entrées à ses débuts alors que Mulan a plafonné à 20 millions de $.


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Désormais, les réseaux sociaux jettent un regard critique sur la manière dont les étrangers présentent l’authenticité historique chinoise. Avec agacement ou dérision, ils relèvent les clichés d’une vision trop facilement stéréotypée de la Chine et des Chinois. « Trop simple et trop naïve » dit Vivienne Chow, paraphrasant Jiang Zemin dans le SCMP du 14 septembre où elle commentait le film de Niki Caro.

Tel est le contexte confus qui présida à la sortie dans les salles chinoises du film Mulan le 11 septembre et dont l’audience forcément plombée par les restrictions d’occupation des sièges à seulement 50% dues à l’épidémie, fut une déception pour Walt Disney.

Aux sévères contraintes de la censure, s’est probablement rajoutée – rarement relevé par les commentateurs - l’irritation nationaliste d’un public dont les sentiments xénophobes sont attisés par les discours de l’appareil. Résultat, les cinéphiles chinois sont moins disposés à accepter que les étrangers – par les temps qui courent, surtout les Américains - utilisent une vieille légende chinoise édifiante et morale pour réaliser des bénéfices, chez eux.

Surtout si, l’œil rivé à la fois sur l’audience, l’air du temps féministe ou « me too », contraints par les menaces de la censure, leurs contorsions commerciales et politiques les conduisent à modifier l’histoire, à rajouter des personnages et à en supprimer d’autres.

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La déconvenue des producteurs est d’autant plus amère qu’avec une rationalité très scientifique, ils s’étaient appliqués à mettre tous les atouts de leur côté.

S’étant dotés d’un budget de 200 millions de $ - un des plus riches consentis pour leur série d’adaptations en chair et en os de leurs dessins animés -, les studios Disney avaient engagé une équipe de consultants et d’historiens pour être certains de rester dans l’épure historique et fidèles à l’authenticité de la culture.

Ils avaient soumis le script aux autorités chinoises ; obéissant scrupuleusement aux résultats d’un test d’audience du public chinois, ils avaient même coupé la scène d’un baiser de Mulan à Chen Honghui, son ami soldat joué par le néo-zélandais An Yoson.

Une distribution soignée.

Gong Li, est Xian Lang, la sorcière aux pouvoirs magiques et Jason Scott, Boris Khan violent guerrier fédérateur des nomades Ruanran contre l’Empereur. Ils sont les deux anti-héros du film. Alors que dans la légende originale Xian Lang n’existe pas, Nini Caro en fait le versant féminin de Boris Khan. Les deux caractères juxtaposés figurent la synthèse du cruel chef nomade Shan Yu de la légende absent de cette version. Xian Lang est à la fois la part féminine de la puissance maléfique et le symbole de l’affirmation des femmes, quand avant de mourir, elle invite Mulan prendre la place qui lui revient auprès de l’Empereur.


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La distribution fut exceptionnellement soignée avec une majorité d’acteurs masculins familiers des arts martiaux et quelques grandes figures féminines. Le rôle de l’héroïne a été confié à la sino-américaine de 33 ans née à Wuhan, Liu Yifei (nom chinois 刘茜美子 – Liu Ximeizi-), chanteuse et mannequin, très populaire en Chine et diplômée de l’université de cinéma de Pékin. Elle fut choisie après les auditions qui débutèrent en 2016 de 1000 candidates venues de tous les coins du globe.

Le Hong Kongais Donnie Yen 甄子丹 – Zhen Zidan –, 57 ans, acteur, producteur, réalisateur, originaire de Canton, spécialiste des arts martiaux et des grandes fresques historiques à costumes (il incarnait le guerrier « Ciel étoilé » dans « Hero » de Zhang Yinou), joue le rôle du Commandant Tung, à la tête du régiment de Mulan. Le personnage créée par la réalisatrice, présente la face martiale exemplaire du Général Li Shang, absent de la version, quand Chen Honghui en est le volet romantique (voir plus bas).

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L’icône féminine du cinéma chinois, Gong Li 巩俐 qu’on ne présente plus, à 55 ans, toujours protégée des outrages du temps, interprète Xian Lang. Sorcière aux pouvoirs magiques, elle n’existe pas non plus dans la légende. Son personnage connecte le film avec l’air du temps féministe. Rendant l’âme, elle tente, dans son dernier soupir de pousser Mulan dont elle a percé la supercherie, à s’affirmer face à l’empereur : « Prends la place qui te revient ».

La séquence cède à la tendance moderne de rébellion féministe dans un monde dominé par les hommes. Mais la mort prosaïque de la sorcière, tuée d’une seule flèche, alors qu’elle est capable à elle seule de réduire à néant deux bataillons de guerriers, scelle symboliquement la fragilité du combat féministe.

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Jet Li, 李连杰 Li Lien Jie, 57 ans, Chinois acteur, producteur, lui aussi champion d’arts martiaux à Singapour, incarne l’empereur de Chine, présenté comme un souverain bienveillant et reconnaissant à Mulan de l’avoir aidé à préserver l’empire. Habitué des scènes de voltige et de combat martiaux, Jet Li a du s’exercer à l’immobilité impériale, majestueusement assis sur son trône.

Auparavant il s’était imposé dans des rôles plus tourbillonnants et hyperactifs, notamment dans « Il était une fois en Chine » de Tsui Hark où il interprétait Huang (Wong) Fei Hong 黃飛鴻, et avait aussi incarné Wuming (sans nom) dans Hero de Zhang Yimou (2002).

Pour plus de détails voir : « Hero » : retour du wuxiapian en Chine continentale, à la croisée de l’histoire et du discours politique

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An Yoson 安 柚 鑫, 28 ans, néo-zélandais d’origine chinoise, également adepte des arts-martiaux à un haut niveau, incarne le jeune soldat Chen Honghui, qui s’éprend de Mulan.

N’existant pas dans la légende, où se noue en revanche une idylle entre la jeune Mulan et le général Li Shang son chef bien plus âgé, absent de cette version, le personnage du soldat Chen est un artifice de la réalisatrice. Il préserve l’épisode romantique, tout en tenant à distance les possibles controverses du mouvement « me too », qui auraient pu dénoncer une liaison entre une jeune femme et son supérieur.

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Jason Scott Lee, 李截, Li Jie, 54 ans, américain d’origine chinoise, un autre des protagonistes connu pour ses films d’arts martiaux (Dragon, l’histoire de Bruce Lee – 1993-), avait joué Mowgli dans la version à personnages réels du « Livre de la Jungle » de Walt Disney, réalisée par Stephen. Sommers (1994).

Dans cette dernière version de Mulan, il est Böri Khan, le violent fédérateur des nomades contre l’empereur. Avec Xian Lang, la sorcière, il est le second anti-héro du film.

Cherchant à venger la mort de son père, ce chef guerrier nouvelle formule à la tête des nomades Rouran et non pas des Hun comme dans le dessin animé, menaçant lui aussi la grande muraille et l’empire, remplace le brutal et cruel stéréotype Shan Yu disparu dans cette version.

« Vilain » plus subtil, au caractère étudié, appuyé à une histoire personnelle enracinée dans la lutte contre les prédations de terres de l’empire chinois, Boris Khan est le contrepoint de Mulan, sans être totalement répulsif.

Il confère au film un arrière-plan dramatique, tendu par des discours stéréotypés sur l’honneur, la loyauté et le courage, d’où se sont évaporés à la fois l’humour du dessin animé et la délicate sensibilité poétique de la légende.


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